‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 402 sur 783 · SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

SCÈNE XIL

ALBERTINE, DULISTEL, LÉOPOLD, sortant du cabinet à gaucfie.

LÉopoLD, froidement et à demi-voix, à Albertine. Pardon, Madame, de paraître ici... sans vos ordres... Monsieur votre mari vous a dit le motif qui m'y faisait rester encore?

ALBERTINE. Non... Moiisicur ; ilestlàplougédanssescalculs.

LÉOPOLD, d Dulistel, qui est toujours à droite et qui écrit. (^onuneiil, Monsieur, vous n'avez pas fait part à Madame de la demande que j'ai eu l'honneur de vous faire?..

DULISTEL. Plus qu'uu chifirc, et j'ai fini... [Toujours le crayon à la main et repassant c? qu'il vient d'écrire.) Oui... chère amie... M. Léi'pnKl de MondeviUe nous demande en mariage mademoisiUe Cœlie, ma belle-sœur...

ALBERTINE. 0 cicl !..

LÉopoLD, l'examinant. D'où vient ce trouble!

DULISTEL. Comme son tuteur, vous sentezque j'ai ditoui... un beau parti, un jeune hommoqui a du crédit dans le département où je veux ètro député, et puis un amoureux qui est pressé; car il voulait termin r à l'instant même; il fal-

LA PASSION SECRÈTE

lait envoyer chez mon notaire pour rédiger les conditions, et je l'ai décidé, non sans peine, à attendre jusqu'à ce soir.

ALBERTi.NE, à son mari. Ce soir!.. Mais vous savez, Monsieur... que ma sœur...

DULisTEL. Est presque sans fortune... il le sait, je le lui ai dit. [Corrigeant son papier.) C'est un huit au lieu d'un sept... Je lui ai dit que toute sa dot consistait dans les quarante mille francs que tu avais là dans ton secrétaire, et que tu peux me remettre...

ALBERTI^E, à part. Je me sens mourir...

DULISTEL, calculant toujours. Ou ce soir au prétendu luimême, en signant le contrat...

ALBERTiNE, pâle et tremblante. Ce soir...

DULISTEL. C'est lui qui l'a voulu ainsi; et, puisque nous avons une soirée, elle servira à quelque chose.

LÉopoLD, qui a toujours observé Albertine. Monsieur... elle se trouve mal...

DULISTEL. Qui donc?

LÉopoLD, courant à Albertine. Votre femme.

ALBERTINE, brusqucment. Non, Monsieur... non, ce n'est rien . . . un étourdisseraent. . . un éblouissement. . . je me trouve à merveille.

DULISTEL, avec impatience. Eh! Madame... je ne sais plus ce que j'ai retenu... et il me faut recommencer ma colonne. {Il remonte le théâtre, et Léopold, qui était à gauche du spectateur, passe à la droite en regardant Albertine, qui vient de s'asseoir près du secrétaire. Les acteurs sont dans l'ordre suivant : Albertine, Dulistel, Léopold.)

LÉOPOLD, regardant Albertine. Un pareil trouble à l'annonce de ce mariage... me serais-je abusé?., et, sans se l'avouer à elle-même, m'aimerait-el!e?.. oui, oui, c'est cela, et cette demande que je viens de faire... [Se rapprochant de Dulistel.) Il faut tout rompre. Monsieur... Dieu! c'est Cœlie!

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