SCÈNE III
ALHERTINE. COi-i.IE.
coia.n:. .Ma sœur... ma sanu', tu ne sais pas?,, viens donc vite... que je te dise... car je n'y tiens plus... j'en suffoque... Embrasse-moi d'abord.
.vLUEUTiNE. Qu'est-ce donc?..
LÉoi'OLD, enir'ouvranl la porte du cabinet à droite, et apercevant Albertine. C'est elle... mais Cœlieest encore là.,, attendons! \lt referme la porte, ipii reste tout contre.]
coi'LiE. qui vient d'embrasser sa sa'ur. On me dema'ideen mariauv...
LA PASSION SECRÈTE
Ai.HiaiTiNE, froidement. Puisque tu es déculée à refuser...
(OEI.IE, avec joie. Mais c'est que c'est Léopold...
ALUKuTiNE, froidement. Qu'importe?., tu m'as tlil que lu ne voulais pas de mari...
coELiK, avec effusion. Je ne voulais que lui ; et comme c'était impossible, j'étais décidée à refuser tous les partis, âne j. mais me marier, pour continuer à l'aimer toute seule! .Vais que je pleurais, que j'étais malheureuse, quand je me dif'tt s ; Lui, il faudra bien qu'il épouse quelqu'un!., il a tant de bonnes qualités, tant de mérite! et puis cette maudite fortune qui était venue par là-dessus... Le jour, j'étais gaie... indiiïérente...on ne s'apercevait de rien! qui fait atîentionà une jeune fdle?.. personne!.. [A demi-voix.) Mais, des que j'étais seule, ma sœur, j'étais avec lui... il ne me quittait pas; je ne rêvais qu'à lui.
.\LBERTi>iE, avec effroi. 0 ciel!..
coEUE. C'est bien mal!., je le sais; je m'en accusais, je me le reprochais sans cesse; et si vous saviez quels tourments de renfermer dans son cœur un secieî qu'tm n'ose avouer à personne, et qu'on voudrait se cacher à soi-même!.. Mais désormais je puis le dire à vous, à tout le monde... même à lui!., non pas maintenant... oh! bien sûr! et dùtil m'accuser d'indifférence... il n'en saura rien, il ne s'en doutera pas; mais, une fuis sa femme, quel Ixinlicur de lui dire : Je vous aime! Et penser que ce bonbeur-là n'est plus un crime, que c'est permis !.. que c'est un devoir... Ah! ma sœur, il y a de quoi perdre la raison.
ALBERTi.NE, souriout avec effort. Cela commence !..
ccELiE. C'est vrai! et s'il me voyait ainsi, il romprait le mariage! {Regardant Albertine.) Eh! mais, qu'avcz-vous donc? vous ne partagez pas ma joie... vous êtes troublée... inquiète...
ALBERTINE. Oui... j'en conviens... et si l'espèce d'enivrement où je te vois pouvait laisser encore quelque place dans ton cœur à ton amitié pour moi...
caLiE. Oh! toujours... toujours, quoi qu'il arrive!..
ALBERTINE. Jc te dirais : Si lu veux me rendre un grand service... un service d'où dépend mon bonheur... et le tien... car tu ne serais pas heureuse en voyant mes tourments et mes craintes..
coELiE. Des craintes!., et sur qui? parlez; que voulezvous de moi? que faut-il faire?
ALBERTiAE. As-lu VU Léopold?.. t'a-t-il fait sa demande?
cctuE, tristeiiïent. Eh ! mon Dieu, non !.. pas encore I il paraît qu'il n'a parlé qu'à mon beau-frère !
ALBERTINE. Eh bien ! tout à l'heure... ce soir probablement il te déclarera...
COELIE, avec joie. Vous croyez !..
ALBERTLNE. Eh bicu ! ce que je veux de toi,., c'est de ne pas lui répondre sur-k -champ... mais d'éluder... de difïérer... de demander du temps... uu ou deux jours seulement.
coELiE. Mais il croira que je ne veux pas...
ALBEKTiNE, avec iwpaticnce. Eh bien! qu'importe?
COELIE, 7mïceme7it. Mais c'est que je veux bien !. . eh ! pourquoi, je vous en prie, pourquoi différer encore?
ALBERTINE. Jc vcux pour toi... daus ton intérêt... prendre quelques informations indispensables... m'assurer de ton prétendu... de son caractère.
COELIE, vivement. Il est excellent...
ALi'.ERTiNE. C'cst possiblc, ct jc Ic crois... mais il peut a\oir quelques défauts.
coFLiE, de même. Aucun, ma sœur; il n'en a aucun; depuis le temjis que nous le connaissons, je ne lui en ai pas vu un seul.
ALBERTINE. Eh! uiou Dicu ! tous les hommes en sont là : parfaits avant le mariage, et puis à peine le contrat est-il signé...
cœLiE, avec crainte. Vous croyez!..
ALPERTiNE. Eufiu, je te le répète, si ce n'est pour toi... c'est pour moi, pour ma sécurité, que je te supplie en grâce de dilfércr.
cœLiE. C'est si difficile !
ALBERTINE, vivcment. Eh bien! réponds-lui, cela ne peut l'ofTenser, que cela dépend de moi, et que tu ne peux sans ma permission...
cccLiE, de même. Mais vous permettrez... n'est-ce pas?..
ALBERTINE. JC tC Ic jurc!
CŒLiE. Ça sera-t-il bien long?..
ALBERTINE. Non... demain... après-demain!., ce soir peutêtre... !-i je sais ce que je veux savoir. cœLiE. Ah! tâchez... je vous en prie.
ALBERTINE. avcc chaleiir. Eh! jc le désire plus que toi !