‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 405 sur 783 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DULISTEL, pww CŒLIE.

DULISTEL. C'est, le diable m'emporte! un héros de roman... un paladin... Si celui-là entend Jamais les affaires !.. il fait bien de se marier, il n'est bon qu'à cela... Ah ! voici l'autre héroïne... Déjà prête, ma chère belle-,sœur!

coELiE. Je ne suis jamais longue à ma toilette.

DULISTEL. C'est que vous n'êtes pas coquette.

cŒLiE. Peut-être bien, mais à quoi bon?.. Je n'ai besoin de plaire à personne.

DULISTEL. Il ne faut pas dire cela ce soir!.. (.4 part.) Je puis bien, sans maiiquerà ma parole, lui parler avec adresse, vaguement, et en générai... (Haut.) C.o'lie... venez donc ici !..

coEi.iE. Quel air de ilnesse et de mystère! est-ce que vous avez une confidence à me faire?

DULISTEL. C'est possible : que diriez-vous si l'on vous proposait de vous marier?

f.ŒLu:. Est-ce étonnant?.. Et vous aussi! Voilà jtréeisémeut la question que ma sœur m'a faite il y a une iieure.

DULISTEL. Et que lui avez-vous répondu?., eh i»ien?..

coELiE, après un instant de silence. Que je ne voulais pas !.. et alors elle m'a embrassée avec joie!..

DULISTEL. Elle vous a embrassée?..

cfHa.iE. Oui, vraiment! et je craignais que vous n'en fissiez autant. Voilà pourquoi j'hésitais à répondre.

DULISTEL, avec colère. Il s'agit bien d«i cela!., il vous sied bien de refuser, de faire la fière, à vous qui êtes sans fortune, qui n'avez rien. Eh! pourquoi ne voulez-vous pas?., pourquoi refusez -Vous votre bonheur?

<:(*:im:, reculant avec effroi. Ah! mon Dieu!., il me fait peur... [Tremblante.) Parce que je n'aime pas les maris méchants... qui se mettent en colère... et comme je ne vois qu; cela tous les jours, j'aime mieux renoncer au bonheur... et ne pas nu; Uiarier...

iJiLiSTEL. Silence donc?

COELIE, à VOIX haute. J'; inic mieux rester fille!..

DULISTEL, à demi-voix Voulez-vous ne pas parler si haut?

COELIE. Ah ! mon Dieu !

DULISTEL, à part, et la orenanl par la main. Si près de ce petit salon d'où l'on pci.t tout entendre... [L'emmenant de l'autre côté à gauche, et à voix basse.) Savez-vous, imprudente que vous êtes, qu'un superbe parti se présente pour vous en ce moment?

COELIE. Peu m'importe.

DULISTEL. Qu'un jeune homme qui tient à être aimé pour lui-même... vous demande en mariage?..

cŒLiE. Je n'en veux pas!

DULISTEL. Que ce jeune homme est M. Léopold de Mondeville!..

CŒLIE, poussant un cri et mettant la main sur son cœur, et toute tremblante de joie. Ah!., qu'avcz-vous dit?., est-ce bien vrai?., répétez encore... répétez ce nom-là...

DULISTEL. Léopold !

coEUE, vivement. Je veux bien... mon beau-frère... je veux bien...

DULISTEL. Vous savez qu'il est riche !..

COELIE, vivement. Je ne tiens pas aux richesses...

DULISTEL. Et il vous rccounaît une dot de cinquante mille écus.

COELIE, de même et sans l'écouter. C'est égal!., je veux bien ! . . Quoi ! c'est lui, vous en êtes bien sûr ?. . 0 mon Dieu ! . . mon Dieu ! je suis folle... je perds la tête... c'est mal !.. je ne devrais pas être contente, surtout devant quelqu'un... vous n'en direz rien... vous ne lui direz pas!

DULISTEL. Non eertainemcut.. . (^'c st ma femme... (.1 part. Elle aura beau dire et beau faire maintenant... [Regardant Albertine , Cœlie et la porte du cabinet où est L'opdd.) Je poux les laisser, je crois, tous les trois... eu famille, (// sort par le fond.)

Page 1