‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 427 sur 783 · L.\. REINE. Moi... duchesse · texte numérisé non relu

L.\. REINE. Moi... duchesse

LA DUCHESSE, souriunt. .\h ! vous m'avez fort mil accueillie... j'ai vu que j'étais eh disgràc,\

LA REINE. Ne m'en veuillez pas, duchesse, j'ai aujourd'hui les nerfs dans un état d'agacemcat...

LE VKRRE D'EAU

LA DLCHESSK. Doiit je (Icviiio U caiisc... Votre Majesté aura reçu quelque fàdieuse nouvelle?..

LA REINE. Non vraiment...

LA DUCHESSE. Qu'clie vout me liisscr ignorer de peur de m'affliger ou de niMnquiéter.,. Je connais sa bonté...

LA REiJiE. Vous êtes dans Terreur.

LA DUCHESSE. Je Tai vu... Car à mon arrivée, vous avez caché un papier avec un empressement... et une émotion tels... qu'ilm'a éléf'acile de devinerque cela me concernait... moi...

LA REINE Non, duchesse... je vous le jure... Il s'agit tout uniment d'une jeune fille... [Tirant la lettre de son sein.) qui m'est recommandée |)ar cette lettre... une jeune fille que je veux... que je di'sire placer auprès de moi...

LA DUCHESSE, souriaut. En vérité'., rien de niii'iix aloi's... et si Votre Majesté veut i)ermettrc...

LA REiNE^ serrant la lettre. C'est inutile... je vous en ai déjà parlé... c'est 1 1 petite Abigaïi.

LA DUCHESSE, à part. 0 ciel!.. {Haut.) Et celui qui vous la recommande si vivement?..

LA RENE. Peu importe... j'ai promis de ne pas le immmer... et de ne pas montrer sa lettre.

LA DUCHESSE. A Cela seul ... je le deviuc!.. c'est M. de Saint- Jean.

LA RELNE, troublée. Je ne dis pas que...

LA DUCHESSE, Vivement. C'est lui. Madame, j'en suis sûre...

LA REINE. Eh bien ! oui... c'est la vérité!

LA DUCHESSE, avec une colère qu'elle s'efforce de contenir. Ah! je comprends que nos emiemis l'emportent, puisque notre reine nous livre à eux, air moment où nous combattons pour elle... Oui, Madaini-, aujourd'hui même ;i été présenté au pnlement le ijill qui rappelle en AngleteiTC le prince Edouard, votre frère,' et qui le déclare après vous l'héritier du trône. Ce bill, qui déjà soulève la ri'pugnance de la nation et les murmures du peuple, c'est nous qui le soutenons contre Hi'iiri de Saint-Jean et le parti de l'opposition, au ris(|ue d'y perdre notre poi»uiarité, et j)lus tard notre pouvoir. Vdilà ce que nous faisons pour notre souveraine; et elle, loin de nous seconder, entretient pendant ce temps des correspondances secrètes avec nos adversaires déclarés; et c'est poui' eux enfin qu'elle nous abandonne et nous trahit...

LA REINE, « part, avec impalicnce. Encore une scène de plaintes et de jalousie... en voilà pour toute la journée. (Haut.) Eh ! non, duchesse... tout cela n'existe que dans votn; imagination, qui dénature et exagère tout. Cette correspondance n'a rien de politique, et ce (|u'elle renferme est d'uiK." nature telle...

LA DUCHESSE. {)uv Votre Majesté er.iint de un; l.i montrer...

LA REINE, avec impatience. Par égird pour vous. [La lui donnant.) (Marelle eontieiilde, faits (jue vous ne |)ouvez nier.

LA DUCHESSE, parcourant la lettre. N'e,>t-ce que cela? l'attaque est peu redoutabh'.

LA HEINE. .Ne vous ètes-vOiis pas opposée à l'ailmissi m d'Abigaïl !

LA DUCHESSE. El c'cst cr quc je ft.'i'ai encore de tout mon crédit auprès de Votre .Mijcsté.

LA itEiNE. il n'(!st donc pis vrai, coinine on l'assure, (ju'elle est votre cousine?..

LA DUCHESSE. Si, .Madame... j'en conviens, je r.ivouc liaiiteiuent; c'est pour cela même que je n'ai point voulu la I)lacer auprès de vous. On m'accuse ilepuis si longtemps, moj surinlendante de votre maison, de donner tous les emplois à mes amis, à mes parents, à mes créatures; de u'i ntouivr Votre Majesté que de nui lamiile ou de gens à mi dévolioii ; nommer Abigai'l serait donner contre moi un prétexte de plus à la calomnie; et Votre .Majesté est trop juste et trop généreuse pour ne pis me comprendre.

LA RE\yE, avec embarras et à moitié cu)ivanHUt'. Oui cer-

tainement... je lompri-uds bien... maisj'aurais voulu cependant que cette piuvri' Abi.'ail...

LA DUCHESSE. Ah! sovr/ tiaiiquille sur son sort... je lui trouverai loin de vous, loin de Londres, une position brillante et honorable. C'est ma cousine, c'est ma parente.

LA HEINE. A la borne heure...

LA DUCHESSE. Et puis d'ailIcurs, l'intérêt que Votre Majesté daigne lui porter... Je suis si heureuse quand je puis prévenir ou deviner ses in'entions... C'est comme ce jeune homni"... cet enseigne dans les gardes, quel'autre jour Votre Majesté avait eu l'air de me recommander.

LA REINE. .Moi?., ipjidonc?

LA DUCHESSE. Lc petit .M asham.doHt elle m'avaitfait l'éloge.

LA REINE, avec un peu d'énvdion. Oui, c'est vrai, un jeune militaire, qui tous les malins me lit le journal des modes.

LA DUCHESSE. J'ai trouvé moven de le faire pa.sser officier aux gardes. Une occasion admirable, dont pi'rsomie ne se •loutait, pas même le maréchal... qui a signé presque sans le savoir... et ce matin le nouveau capitaine viendra remercier Votre .Majesté

LA REINE, avec joie. .\h ' il virn Ira!

LA DUCHESSE. Je l'ai mis sur la lis'.e d'audience.

LA REINE. C'est bien! je le' recevrai. Mais si les j<»urnaux de l'opposition crient à l'injustice, à la faveur...

LA DUCHESSE. C'cst le maréchal... cale regarde... ce n'est plus un emploi dans voire mai.Mjn.

LA REINE, allant s'asseoir pri's de la table, à gauch". C'est juste!

LA DUCHESSE. Vous voyc'Z bieiiquequaud cela est possible, je suis la première à vous seconder.

LA REINE, assise, et se tournant vers elle. Vous êtes si bonne!

LA DUCHESSE, debout, prés du fauteuil. Mon Dieu non ! au contraire... je le sens bien... mais j'aim; tant Votre Majesté, je lui suis si dévouée...

LA REINE, à part. .Vpr.s tout, c'est vrai!

LA DUCHESSE. Et les ro'.s ont si peu il'amis véritables!.. d'amis qui ne craignent pas de les fâcher... de les heurter, de les contrarier... Que voiilez-vou-;, je ne sus ni flatter... ni tromper... je ne sais (|u'aimer...

LA REINE. Oui, vous avez raison, duchesse, l'amitié est une douce chose...

LA DUCHESSE. .N'cst-il p.as vrai?.. Qu'importe b' caractère? le cœur est tout... [La reine lui tend la main qw la du"hesse porte à ses lèvres.) Votre .Majesté me promet qu'il ne sera plus question de cette affaire... elle a pensé me faire pcrdi-e vos bonnes grâces... elle m'a rendue si malheureuse...

LA REINE. Et moi aussi !

i.\ DUCHESSE. Le souvenir en serait trop pénible. Qu'elle soit à jamais oubliée!

LA REINE. Je vous Ic promcts.

LA DUCHESSE. Aiusi. c'cst convoiiu... vousne reverrez plus cette i)elile .Vbigaïl?..

Lv REINE. Cert liui'meiii.

SCÈ.NE m.

Lis pu-cedents, THOMPSON. AMI(;.ML.

riioMi'soN. Miss .\bigaïl Ciiuivlidl!

Lv DicHLSsE, (/ part, et s'éloignant. 0 liel !

LA liuyE, av:c embarras. .Ku m un nt même où nous en parlions... c'est un singulier liasarl.

ARiGAiL. Votre .Maji'sié ma ordoiuié de nr rendre auprès d'.lle...

LA REINE. C'est-à-dire... ordo;iné... j'ai dit qui> je désirais... J'ai dit : Voyez si cette jeune persoine...

LE VERRE D'EAU

A.ElHcRinaTIIÏ.

lA DICUESSE. Soil. (£,7c lui terid la main que BolingÙToUe porte à sea lèvres.) — Ado 2, sctne 10.

LA DUCHESSE. C'est juslc... il faut bien que Votre .Majesté la voie, pour lui aiuioncer que sa deiuandi:' ne peut être i'.lmise...

je n'aurais jamais osé... c'est Sa et dans sa b tulé... a daigne me

mais des raisons majeures... des

AiJir.AÏL. Ma demande Majesté qui d'elle-même proposer...

LA REINE. C'est vrai!., considérations politiques...

ABiGAÏL, souriant. Pour moi!..

La reine. M'obligent à regret... à renoncer à un rêve que j'aurais été heureuse... de réaliser... Ce u't-st [)liis niui... c'est madame la duchesse, votre parente... qui dé.sormais se charge de votre sort... Elle m'a promis pour vous... loin de Londres... une position honorable... {Avec diynité, passant près de la duchesse et prenant le milieu du théâtre.) et j'y eonqite.

ABIGAÏL, à part. 0 ciel !

LA DUCHESSE. Jc ui'cu occuperai... dés aujourd'lini... .1 Abifjaïl.) Attendez-moi, je vous parlerai en sortant de ili z la reme... à qui mon devoir est d'obéir en tout...

LA REINE, à demi-coix, à Abi(jdil. I\emerc;ez-I i dune'.. {Abifjaïl reste immobile; mais pendant (pic la duchesse re-

monte le th'''àtre, elle baise vivement la main de la reine.) ABIGAÏL, à part. Pauvre femme! {La reine s'éluitjne avec la duchesse par la porte à droite.)

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