‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 428 sur 783 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ABIGAÏL, s''ule, et regardant sortir la reine. Ali ! que je la plains!.. M. de Siint-Jean avait raison... il les connaît bien... ce n'est pas celle-là qui est reine... c'est l'autre !.. et je me laisserais protéger, c'est-à-dire tyranniser par elle... Plutôt mourir!.. Je rcîuserai... Et cependant maintenant plus que jamais nous aurions besoin d'amis et de protecteurs... car depuis hier... depuis le départ d'Aithur... j(; n'ai pas vu M. de Saint-Jean... Je ne sais ce qu'il devient... île sorte que j'ai |)eui" toute seule... {Avec effroi.) C'est ici, dans le palais de la reine, dans les jardins de Saint-James... avec un grand seigneur, sans doute, qu'il .s'est bittu... 11 n'y a pas de grâce à espérer... et s'il n'a pas déjà g.igné le continent... c'en est fait de ses jours. Ah! je ne deminde plus rien pour moi, mon Dieu!., et j'avais tort de me i)'aindre... L'abandon, la misère, j'accepte tout sans murmurer. Qu'il

LE VEBRE D'EAC.

soitsanvr. (|iril vive! et je renonce au boiilicur... je renonce à mon mariairo.

SGiNE V.

BOLINGBROKE, ABIGAÎL.

coi.iNGiîROKE, qui ost entré avant la fhi do la scène précédente.FA\\ pourquoi donc? palsamhleu 1 moi, je ne renonce àrien ..

ABiGAÏL. Ah! monsieur Henri, vous voilà... vinciî... venez... je suis bien niallieurcuso, tout est contre moi... tout m'abandonne.

EOLi.NGBROKE, fjakmcnt. C'est dans ces moments là que mes amis me voient arriver. Voyons, ma petite Alngaïl, qu'y a-t-il?

ABiG.AÏi.. Il y a que celte fortune que vous nous aviez pi-omise...

BOLiNGBP.OKE. Elle a tenu parole... elle est venue nxaieau rendez-vou--.

ABIGAÏL, étonnée. Comment cela?

BOLiNCGnoKE. Nc VOUS ai-jo pas parle du lord Richard Bolinjri)ruk(', mon cou.>in?

ADiGAÏr.. Non vraiment.

BOLiNGBnoKE. Lc jiKis impitovablc de mes créanciers, quoiqu'il fût comme moi de l'opposition ! C'est lui qui avait vendu mes dettes à la duchesse de Marlborough. Du reifc, l'èire le plus nul, le plus incapable.

ABiG.uL. Je ne croirai jamais (pi'il fût de la famille.

BOLINGBROKE. Il cu était Ic chcf. .\ lui tous les bicn.s... à luirimniense fortune des Bolingbroko...

ABiG.\ÏL. Eh bien! ce cousin...

BOLINGBROKE, liant. Regardczmoi bien. ÎS"ai-je pas l'air d'un héritier?

ABIGAÏL, Vous, monsieur de Saint-Jean?..

BOLINGBROKE. Moi-même... maintenant lord Henri de Saint- Jean , vicomte de Bolingbroke, seul et dernier membre de cette illustre famille, et possesseur d'un superbe héritage^ pour lequel je viens demander justice à la reine.

ABIGAÏL. Comment cela?

BOLINGBROKE, lui montrant la porte du fond qui s'ouvre. Avec mes honorables collègues que voici... les principaux membres de l'opposition.

ABIGAÏL. Et pouriiuoi donc?

BOLINGBROKE, à denii-voix. Outr.:; l'héritage, mon cousin laisse encore des espérances... cellei d'une ément'} dont sa mort sera peut-être lu cause; c'est le premier service qu'il rend à noire parti... et jamiis, à cjup sûr, il n'aura fait aulanlde bruit de son vivant. Silence ! c'est la reine.

SGÈNIi: VI.

ABIC AIL, à droite du spectateur, pi.rslEi'RS Seignevus et Dames oe la corn viennent se pincer près d'elle. SIR II.VR- LEY ET LES Mkmi!I\i:s m: i.'(>i'PitsiTioN,à gaurhf, se (/roupent axdour de lîOLlNCiJROKE, EV HEINE^ lA DUCHESSE DE RlAREBOROltiH et plusiei rs Dames d'honneir sortent des appartements, à droite, et se placent au milieu du thédtrc.

BOLINGBROKE, cherchant ses expressions , et s'e/forçant de s'échaulJ'er. Madame, c'est un sincère ami de son pays, cl de plus uri p.irent dé.-olé, qui accourt, au nom de h patrie on pliur,-.. demander justice et vengeance. Le d'fenseur de nus libertés, lord Bichard, vicomte de Btdinirbr ike, mon noble

cousin... bio)', dans votre palais... et dans fes jardins de Sainf-James...

ABIGAÏL, à part. 0 ciel!..

BOLiNGuncKE. A été frappe en duel... si l'on peut appeler duel... un combat sans témoins, où son adversaire, pro'.cgc dans sa fuite, a été soustrait à l'aclion des lol«...

uv DUCHESSE. Permettez...

BOLINGBROKE. Ef commcnt nc pas croire alors que ceux qui l'ont fait évader sont ceux ijui avaient armé son bris...ciimment re pas croire que le ministère... {A la duchesse et aiuc seigneurs qui tèmoi'jnent l^ur impatience et haH<;stnt les épaules.) Oui, Madame, je l'accus:^, et les cris du peup'e irrité parlent encore |)lus haut que moi... j'ac?usc les ministres...j'arcuso leurs partisans... leiirsamis... je nc comoio |»ersiinne, mais j'accuse tout le monde... d'avoir voulu se défaire, pai' trahison, d'un adversiire aus>i redoutable que bird Ricliard Bolingbroko, et je viens déclanr à Sa M ijesté, que si des troubles sérieux éclatent aujourd'hui dans .sa cqiit.ilc, ce n'est pas à nous, ses fidèles sujets, qu'elle doit s'en prendre... nuis à ceux qui l'entourent, et dont l'opinion publique réclama depuis longti'inps le renvoi!..

LA DUCHESSE, froidement, .\vez-vous terminé?

BOLINGBROKE. Oui, M.idune.

LA DUCHESSE. Maintenant voici la vérité... prouvée parles rapports authentiques que j'ai reçus ce malin.

ABIGAÏL, à part. Je meurs d'effroi.

LA DUCHESSE. Il cst malhcureu.'cmcnt trop vrai... qu'hier, dans une allée du parc de Siint-JuncA... 1 )r.l Ric-h;r I s'est battu en duel...

BOLINGBROKE. AvCC qui?

LA DUCHESSE. .\vec un cavalier dont il ignorait lui-même le nom... et la demeure...

BOLINGBROKE. Jc demande à Votre .Mije>té si ci-Ii est vraisemblable...

LA DUCHESSE. Cela est copenlant... ce sont les deriiiér:.s paroles de lord Richard entendues parle peu de per.so:mc5 qui étiient là... des employés du pal.iis... que vous pouvez voir et interroger...

BOLINGBROKE. Jo uo doutc poiut (le Icur réponse!.. L's places honorables qu'ils occupent en sont un sûr garant. Ma s cntin... si. comme madame la duchosso le prétend, le véritable coupable est échapi)é, sans qu'on l'aperçût, ce qui supp(>serait une grande connaissance des appartements et détours du palais, comment se fait-il qu'on n'ait |U'is aucune mesure pour le découvrir?

ABIGAÏL, à part. C'est fut de nous!

noLiNGBHOKE. Comment .se fait-il que no.is soyons obligés de stimuler le zèle, d'ordinaire si actif, de m.adame la surintendante, qui, pir sa charge, a l'entière surveillance et la haute main dans la mii-on de la reine... comment les ordres les plus sévères ne sont-ils pis déjà donnés?..

LA DUCHESSE, lls le SOllt!

ABIGAÏL, à part. Ociel!

LA DUCHESSE. Sa Majesté vient de prescriiv les mesures les plus rigoureuses dans cette ordounance...

LA REINE. Dont nous confions l'exéeulion à madame la duclies>e [La remettant à Iiolin(jliroke.\ et à vous, monsieur de Saint-Jean... je V(hi\ dire mvlord Bulingbroko, à (|iii ce titre, et les liens du sang qui vous unis aient au défunt, impo.sent plus qu'à tout autre le devoir de poursuivre et de l)Uiiir le coupable.

LA DUCHESSE. Ou lie dira plus, je l'espcre, (]ue nous le protégeons et que nous voulons le soustraire à votre vengeance.

LA REINE. Mylord et Messieurs, ètes-vous saisfaits?

BtiLiNGBuoKE. Toujours, quaui on a vu Voir' .Majesté (îl qu'on a pu s'en faire enten Ire. [La rf-ine salue </'• ta main UoUntj'irokc et ses coUèjucs qui s'i'uiinent pr>i fondement, et

LE VERRE D^EAU

rentre avec la (lu:h?sse cts''S femmes (hvis ses appartements, àih'oite. Le reste de la foule s'écoule parles pvtes du foti'l.)

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