‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 445 sur 783 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LA UICl.NE ET LES IVv.MES DE SA SUIE, entrant par la pnte à

dioile; S;;icN!-:uiiS de l\ cour et .MKMie-.Ks o i-ahleue.m, entrant par le fond. Les dames titrées voit se ranger en cercle, et .s'asseoir à droite; ABKJAIL et q-"lqves De.mo:- SELLESD'noNNEUR.fe tiennent d^bjul rlprrii'reelhs. Agauchc, et sur le devant du théâtre, B0LINfif5R0KE et quelques . Membres du parlement. A droite, L\ iJl flUESSE observe toutes les dames. Du même côté, M \SH \M et quelques Officiers.

LA DUCHESSE, à part , et regardant toutes les dames. L".quelle?.. Ji; ne puis deviner... {A la reine qui s'approche.) Je vais faire préparer le jeu de la relue...

LA RE'NE, cherchant des yeux Masham. A merveille... (.1 part.) Je ne hi vois pas.

LA DUCHESSE, « voix haute. Le tri de la reine! {S'apnrochant de la reine, et à voix basse.) Les réclamalions devenaient si fortes, (pi'il a f diu, pour !:i forme S\'ulemcnt, envoyer une invitation au mar pus de Torcy.

LA REINE, sans l'écouter, et cherchant toujours. tr^.?-bicri ! . . [Apercevant Masham.) C'est lui !..

LA DUCHESSE. Cela contentera l'opposition.

LA REINE, regardant Masham. Oui... et cela fera pliisir à Abigaïl...

LA DUCHESSE, arec ?'ron;>. Vraim ni?.. [Lo dwhesse do:iff des ordres pour le jeu de la reine. Pendant ce temps, un membre du parlement s'est approché, à giu:he, du groupe où se tient Bolingbroke.)

LE MEMBRE DU PARLEMENT. Oui, Mcssicurs, je sjls dc l)onn.' part que toutes les ncgoeia'i ms s inl rompues.

BOLINGBROKE. VoUS Cl'OyCZ?..

LE MRMBi'.E DU PARLEMENT. Lc Crédit de la duchesse est tel, que ra;nba,>;sadeur n'a pas été admis.

BOLi.NGBaoKE. C'est ino'Jï!..

LE MEMBRE DU PARLEMENT. Et il p irt demain, s^ns avoir ménii pu voir la reine.

lUN Maître des céuémomes, annonçant. Monsieur l'ambissideur, marquis de Torcy ! [Elonnement g'nérai ; touf le monde se lève et le salue. Bj'ingbroke va au-devant de lui, l- prend par la main, et le présmte à la reine.)

LA REINE, d'un air gracieux. Monsieur 1 a-nbaSsadeur, soyez le bienvenu; nous avons grand pi lisir à vous recevoir.

LA DUCHESSE, bas, à la r.'ine. Rien de plus... de grde.*, prenez garde !

La reine, se tournant vers Bolingbroke, qui est de l'autre col', lui dit ù demi-voix : Je savais que cette invitation irmis serait agréable, et vous voyez ;i!ie q laiid je le peux...

BOLi.NGBaoKE, s'inclinaut arec respect. .\h.! Madame... que de b in!és!..

LE MAUQUis, bas, à Bolingbrok". Je reçois à i'iiista il une lefre à mon hôtel.

B LiNGititOKE, de mc'me. Je le .sais...

LE M\Rouis, (/(' mém-. Cela va di>nc bien?

BOLLNCBR.)KE, de m^mc. Cela va mieux... mais bie it*t. je l'espère...

LE MARQUIS, de même. Quelque grand changement S'irventt dans la p ililiipie de la reine?..

BOLiNGBr.oivE, de nvJnu\ Celi dépendra pour nous...

L": MARQUIS, de mcme. Du parlement ou d'S mini-tres?

noLiNc.BuoKE. cV Hic/n^. Non,d'n:i allié bien liPT... et bien fragile... [On vient d'apptrier au milieu du th^rc une table de tri, et l'on a disposé un fa'it''Uil et deur rhaiSfS.)

Lv DUCHESSE, de l'aufrc oUè, et s'adressaut à h reine. Qnille>sonl les pei-sounes que Sa Majesté veut bien désigner pour si's partners?

LA REINE. Qui vous voudicz... clioisisscz vous-même.

i.\ DuciiKSSE. Lady .\bercrombie...

i.\ RUINE. Non ! {.]tontrant une dame qui est près d'&tte.) Ladv Alb niu-le.

LE VERRE D'EAU

i.AUv u.'ii.M\uLE. Jo iviiiiTit! Vutrc M ijeslc!..

i.A iHCHKSSK, à part. Et moi aussi. [RuiardmU latlij Albcmarlf.) l'ar ce moyen, cIIj ih; lui pulra pas. {Haut.) Et pour 11 Iruisiomo personne?

LA t^El^^:. La troisième? — Eh mais!.. [Apercevant le marquis (le Torcij, (pii s'approche d'elle.) nionsienr Tambassadiui'.,. [Moucdwiit (jénéral cl'étuniirm"nt et de joie de Bo- Uiiijhroke .)

LA DLCiiEssF., hus, à la reine, avec reproche. \'u p.ucil choix... une pareille préférence...

LA itKi.M:, de même. Qu'importe !

LA DLT.iiKssi;, de mcme. Voyez reffet que cel.i produit*.

LA klim;, de mcme. Il falhtit choisir vous-même.

LA incHKss!., de mcme. On va penser... on va croire...

LA r.KiM:, de même. Tout ce cja^on voudrai [Le marquis de Torcji, qui a remis son chapeau à un des g^ns de sa suite, présdde sa main à la reine, qu'il conduit à la table du tri, et s'assied entre elle et ladij Albemarle. La duch'sse , toujours ohsercani, s'éloiqne de la table avec humeur, et passe du côté gauche.)

uoLiNGiîr.OKE, près d'elle , et à voix basse. C'e^t trop gé éreux^ duchesse... Vous faiics troj) bien les cîiosis... l ■ m wfpiis, aihnis an jeu de la rein:, le mircjuis faisant la pirlie (le Si Mijrsié; c'est plus que je m; demandais...

LA Di'ciiEssE, avec dépit. Et plus que ji' n'aurais voulu...

uoLiNGBitoKi:. Ce qui ne m'empêche pis de vous en savoir !c même gré I d'an'aat qu'il est homme à profiter do celte fiveur... il a de l'esprit... Et tenez, il a l'air de causer d'une minière fort aim ihlr... avec Si Majesté.

LA DuciiEss;. E'.ielfet... [EU" veut faire un pas.)

BOLi.NOBROKK. la retenant. Mais, au lieu de les interrompre, nous ferons mieux d'observer et d'écouter... car voici, je cr.iis, l; moment.

LA DuciiKSSH. Oui... mais aujune de ces dames...

LA REINE, jouant toujours, et ayant l'air de répondre au marquis. Vons avez raison, monsieur le mu'(|uis, il f .it, dansée silon... une ehileur éloulfante... [Avec émotion, et s'adressant à Masham.) Monsieur Madiam! (.l/rts/ia/u s'incline.) je vous demanderai un verre d'eau!

LA DUCHESSE, poussaut wi cri, et faisant un pas vers la reine. 0 ciel !

LA REINE. Qu'avez-vous donc, duchesse?

LA DUCHESSE, furicusc et cherchant à se contenir. Ce que j'ai... cequej'ai... quoi! Voire Majesté... il serait pos-ihle...

LA liEiNE, toujours assise et se retournant. Que voulez-vous dire, et d'où vient cet emportement ?

LA DUCHESSE. Il Serait possible que Votre Majesté oubliai à, ce point...

coLiNGunoKE El LE MARQUIS, voulant la calmer. Madame la duchesse!..

LADï ALBEMARLE. G'est manquer de respect à la reine.

LA REINE, avec dignité. Quoi donc, qu'ai-je oublié?

LA DUCHESSE, troublée et cherchant à se remettre. Les droits... l'éiiquette... les prérogatives des différentes charges du iialais... C'est à une de vos femuics qu'appartient le droit de présenter à Votre Mijes!é...

Lv REINE, t'<o/}?ï('c. Tant de bruit p lur cida! (Se retournanl vers la table de jeu.) Eh bi n 1 duehess.', doniiez-L-niui vnusmème...

LA DUCHESSE, Stupéfaite. Moi!

BOLiNCiîi'.OKE, rt la duchesse, à qui Masham présente en ce moment le plateau. Je conviens, duchesse, qu'être obligé.' de pré.senter vous-même... là, devant eux... c'est encore p!us piquant...

LA DUCHESSE, se Contenant à p: ine, et pi-enant le plaleai que Masham lui pré.sente. Ah î

LA REINE, avi'c impatience. Eh bien. Madame... ni'avezvius entendue? et ce dr.jit réel une ave: tant d'inslanc •...

[Im dw:hesse.d'un-- miin tremblante de colère, l.ti présente le verre d'eau qui glisse sur le pla["aii et tombe sur la robe de la reine.)

LA REINE, se levant avec vivacité. Âli 1 vou< èt;s d'une maladresse... [Tout le monde se lèv \ et Abtga'd descend à dnite, près de la reine.)

LA DUCHESSE. C'cst la promlire fois que Sa Majesté me parle ainsi.

LA REINE, avec aigreur. Cela pr mv mon in lulgence!

LA DUCHESSE, de mcmc. Après 1 s servi -es q le je lui ai rendus.

LA REINE, de mente. Et que je sus la-s; de ni''ente:idre reprocher.

LA DUCHESSE. Jc uc les iinpos'^ point à Votra Majesté, et s'ils lui suit importuns., je lui oITrc ma démission.

LA REINE. Je l'accepte!

LA DUCHESSE, « pirt. 0 cicl !..

LA REINE. Je nev.âus reliens plus... Mil irJset Mesdames... VOUS pouvez vous retirer.

BOLiNCBROKE, bas,à la duchcssc . Duchesse, il faut céder!..

LA duch:;sse, à part, avec colère. Jamais !.. Et Mash un... et ce rendez-v.ius... non, il n'aura pas la-u! [Hiut, àli reine.) E'icore un mot, Midam*!.. En rcniellant à Vo're Majesté ma place de s irintend.nte... je 1 li djis compte d;'S derniers ordres dont elle m'avait chargée.

BOLiNGBUOKE, à part. Quo \vut-;lle faiie?

LA DUCHESSE, montrant Bjlingbroke. Sur la p'ainted; Milord etdeses collègues de l'opposition, vous m'avez ordonné de di'couvrir l'adversaire de Riidiard Bo!ing!)rok.c...

BOLiNGBROKE, à part. 0 ciel !

LV DUCHESSE, à Boliugbroke. C'est vous maintenant qui en ré|.o ;dez, car je vous le livre. Arrêtez doncetsilr-le-;iiarap monsieur .Masham, que voici !

LA REiJiE, avec f/oui'^ur... Masham !.. il serait vrai!..

MASHAM, baissant la tête. Oï\, Madame !..

LA DUCHESSE, contemplant la douleur de la reine, et bas, à Bolingbrok\ Je suis vengée!..

BOLiNGîiROKE, de même et avec joie. Mais nous l'empoi'lotls !

LA DUCHESSE, fieremvd. Pas encore. Messieurs! [Sur un geste de la reine, Bolingbroke reçoit l'ép'^e que Masham lui présente. — La reine, appuyée sur Abijaïl, rentre dans ses appartements et la duchesse sort par le fond. — Lci toiie tombe.)

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