SCÈNE VII
Les précédents; LA DUCHESSE, sortant de l'appartement adroite. — La duchesse, apercevant Bolingbroke et Abigaïl, fait à celle-ci une révérence ironique. — Abigaïl la lui rend et sort. Bolingbroke est resté placé entre les deux
dam es .
LOLiNGBîiOKE, avec ironie. Grâce au ciel ! la voix du sang agit enfin! et vous voil'i à merveille avec votre parente!., cela me donne de l'espoir pour moi!
LA DUCHESSE, rfe mpHiP. Eli efïèt, vous m'avez prédit qu'un jour nous finirions par nous aimer.
BOLINGBROKE, galamment. J'ai déjà commencé! et vous. Madame?
La duchesse. Je n'en suis encore qu'à l'admiration pour votre adresse et vos talents.
BOLINGBROKE. Vous poupricz ajoutcT pour ma loyauté... j'ai tenu lidelement toutes mes pri)messes de l'autre jour!
LA DUCHESSE. Et iiioi, Ics iiiiennes! j'ai nommé la personne avec qui vous étiez tout à l'heure en tète-à-téte, et la voilà placée, par vous, près de la reine, pour épier mes desseins et servir les vôtres.
BOLINGBROKE. Comment vous rien cacher? vous avez tant d'esprit!
LA DUCHESSE. J'ai (lu moiiiscelui de déjouer vos tentatives, et miss .\bigaïl, qui , d'après vos ordres, a voulu faire inviter ce soir le marquis de Torcy...
BOLINGBROKE. J'ai cu tort... ce n'était pas à elle... c'est à vous, M.idame, que je devais m'adrcsser... et je le fais... [S'approchant de la table et g prenant une lettre imprimée.) Voici des lettres d'inviiatiou, que vous, surinleudante de la maison royale, avez seule le droit d'envoyer... et je suis persuadé que vous me rendrez ce service.
La DUCHESSE, riant. Vraiment, Milord!.. un service., à vous?
BOLINGBROKE. Bien entendu (ju'en échange je vous en rendrai un auire plus grand encore... c'est notre seule manière de traiter ensemble! Tout l'avantage pour vous... deux cenis pour cent de bénéfice... comme pour mes dettes.
LA DUCHESSE. Miloi'd aui'ait-il encore intercepté ou acheté ([ueliiue billet. Je le préviens que j'ai pris des mesures gé-
LE VERRE D'EAL^
ncri'.K s et flôfiiiilivcs cnnlre 11- i\ Idiir d'un p ircil moyen. J'ai plusieurs Ictlios charinaiitcs de milady vicomîcs c do BolJDpbi'oke votre fei)im(\.. (A (hm'-voix et en confidence.) Je les ai obtenues de lord Eveiidaie...
tOLi.NCBBOKE, clc mcvie et souriant. Au prix coulant, sans doute?
LA DUCHESSE, aveccolcrp. Mo:;sieur...
tOMNGi;p,OKE. N'importe le moyen!., vous les avez... et je ne (irétcnds pas vous les ravir... ni vous me!;a-er en aucune sorîe!.. au coiitraire, quoirpie la trêve soit expirée ..je veux agir comme si elle durait encore, et vous donner, d:ms votre in!érèt, un avis...
i.A DuriiEssE, avec ironie. Qui me sera agréable?
i:OLi>T.i!noKE, souriant. Je ne le pense pis! et c'est peutêtre pour re'a que je vous le donne. {A demi-voix.) Vous avez ur.e rivale!
LA DLCiiESSE, vivemenl. Que voulez-vous dire?
i;oLr>GBKOKE. Il y a une lady à la cour, une noble dame, qui a des vues sur le petit Masliam. Les preuves, je les ai. Je sais riieur.e, le moment, le signal du rendez-vous
LA DUCHESSE, tremblante de colcir-. Vous iiie trompez...
I50L^^GUR0KE, froidement. Je dis vrai... aussi vrai que vousmcrilcl'atlenricz ce soir chez vous,aprèslc ccrclcdela reine...
LA DUCHESSE. 0 cicl !
coLi>.GBROKE. C'cst là, sans doute, ce que l'on veut empèclicr... car on tient à vous le disputer... à l'emporlcr sur vous... Adieu, Madau:e. {Il veut sortir par laporlc à (jawhe.)
LA DicHESSE, avec colère, et le suivant jusque p es de la table qui est à gauche. Ce que vous disiez tout à l'neure... le lieu... du r<'ndez-vous?.. le signal?., parlez!
BOLi.NGBFîOKE, lui présentant la plume, qu'il prend sur la tahl". Dés que vous aurez écrit celle invitation au marquis de Torcy; [Im duch(sse se met vivement à la table.) invitation de i'orme et de convenance... qui, en accord int au ni:ir- (|iiis les égards et les lionneui's qui lui sont dus, vous permet le icjetcr .-^cs propositions et de continuer la guerre avec lui... comme avec moi... [Voyant qw la i-ttre est cachetée, il sonne. Un valet de pied parait ; il lui donne la i^ltre.) Ce bil!i:i au marqui-; de Torcy... hôtel de l'Ami) issade... vis-.":vi.s le [Kihis... [Le valet de pied sort.) 11 l'aur.i dans cin ] minutes.
LA DUCHESSE. Eh bien! Milord... cette personne...
Boi.i.\GEROKE. Elle doit èlrc i;-i ce soir, au c 'rcle de la rciue.
L\ DUCHESSE. Lady .Mbemarle, ou lady Elvvortli... j'en suis sùie.
BoLiNGUKOKE, avec intention. J'igmre son nom; mais bien'.nt nous pourrons laconnùtre.. .car si elle peu', échapper à si.'s surveillants, si elle est libre, si le rendez-vous avec Jla-ham doit avoir lien ce soir... voici le signd convenu entr.; eux...
LA DUCHESSE, ovec impatience . Ac'ievez... aciievez, degràcc !
EOLiNGBBOKE. Ccttc personiic demandera tout haut à .Mashauj un verre d'eau.
LA DUCHESSE. Ici même... ce soir... •
BOLLNGUBOKE. Oui vraimcul... et vous pourrez vo r par vou.s-:nème si mc^ renseignements sont evacis.
LA DUCHESSE, avcc colcrc . .Ml! niallifur èi eux... je ne n;énagi rr.i rien...
laiLi.NGuuoKE, à part. J'y compte bien!
LA DUCHESSE. Et (juaud, tlevaiit tout- 1 1 cour, je devrais Irs iléuias lucr...
r()iiN(;BueKE.Mn(léirZ'VOii-... V liii la r ■ine et C!\s daiies...