‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 454 sur 783 · SCÈNE PREiMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREiMIÈRE

LOLIVE, ROSE.

ROSE, faisant entrer Lolive. C'est toi, Lolive? Pour un valet (le chambre de grand seigneur, comme tu es matinal! Peste! levé avant dix heures!

LOLIVE. J'ai su hier que vous deviez descendre à cet hôtel, et j'accours réclamer ta foi et le prix de onze mois de soupirs...

ROSE. Ah çà! tu m'as donc été d'une fulélité...

LOLIVE. Effroyable; cela me fait du tort dans les antichambres : ma dmstance est passée en proverbe, et l'on ne m'appelle plus que le Céladon de la livrée. Quant à toi, je ne te fais pas de questions sur ce chapilre-!à.

Air de Julie.

L i confiance est la vertu première

Et d'un amant et d'un mari :

Tendre ou jaloux, infidèle ou sincère,

Rien n'empêche d'être trahi.

Et comment soulever le voile

Qui nous cache la vérité?

Qu'un autre croie à la fidélité.

Moi je ne crois qu'à mon étoile.

RUSE. Impertinent! tu pourrais supposer...

LOLIVE. Du tout; en province il faut bien être fidèle, on n'a que cela à faire. Que voulais-tu m'annoncer?

ROSE. Que M. Franval, nirn maître, le plus honnête cl le plus riche armateur de Bordeaux, vient à Paris marier sa tille; et que celle-ci, qui m'aime beaucoup, m'a promis une dot le jour où l'on signerait son contrat.

LOLIVE. Une dot! c'est à merveille. Je ne te demande pas quelle est la somme.

Ro^E. Mille écus.

LOLIVE, avec exaltation. Peu m'importe: l'amour coniptet-il les billets de banque? {Froidement.) Est-ce comptant?

ROSE Oui.

LOLIVE. Tant mieux, parce que premier valet de chambre d'un grand seigneur, de M. le comte de Saint-Marcel, tu sens que je ne pouvais former une alliance sans y trouver dequo' soutenir mon rang; tu as une dot, tout est dit, je t'accordama main.

ROSE, soupirant. Ah ! Lolive, le mariage de ma maîtresse n'est pas encore fait.

LOLIVE. Qui pourrait l'empêcher?

ROSE. Je ne sais; pendant le voyage, j'ai cru remarquer quelque mésintelligence entre le père et la fille. Mademoi- .selle Lucie est triste, inquiète, et je crains qu'un obstacle...

LOLIVE, vivement. Un obstacle ! il n'y en a pas, il ne peut pas y en avoir; ma tendresse, notre bonheur, mille écus comptant, il faut absolument que ce mariage se fasse. Rose, l'honneur, la délicatesse, tout vous fait un devoir de tromper le père s'il le faut; et si vous avez besoin de moi...

ROSE. Encore faut-il savoir de quoi il s'agit; justement mademoiselle Lucie va venir; je t'engagerais bien à rester, mais je crains que ton maître, M. de Saint-Marcel, ne l'attende.

LOLIVE. Mon maître ! oh ! je le forme.

Air : Un homme pour faire un tab'eau.

Maint solliciteur chaque jour Imi)lore humblement sa présence ; Mais de mon cher maître à mon tour J'exerce aussi la patience.

Si chez lui l'on attend, dit-on, Il attend son valet de chambre.

Et c'est dans son propre salon Que je lui fais faire antichambre.

D'ailleurs, aujourd'hui j'ai ma journée a moi; madame la comtesse est indisposée; une aventure hier au bal masqué... je te conterai cela. Voici notre belle affligée; de la fermeté, Rose, et songez qu'il y va pour vous d'une fortune et d'un mari.

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