‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 453 sur 783 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les précédents. Abigdil va ouvrir les portes du fond. — Paraissent LA DUCHESSE DE MARLBOROUGH et plusieurs Seigneurs de la cour; BOLINGBHOKE, entre après eux. — Abigdil va également ouvrir la porte à droite, d'où sortent plusieurs Demoiselles d'honneur.

LA REINE. Qui ose ainsi, à cette heure... dans mes appartements... Ciel! la duchesse... Une pareille audace!..

LA DUCHESSE, regardant autour d'elle dans l'appartement. Me sera pardonnée par Votre Majesté. . car il s'agit d'importantes nouvelles... d'où dépend le salut de l'Étal !

LA REINE, auec impatience. Lesquelles?

LA DUCHESSE, examinant toujours l'appartement . Des nouvelles qui mettent en rumeur... et agitent toute la ville... (A part, regardant le balcon.) 11 ne peut être que l'i. [Haut.) Lord Marlborough m'apprend que l'armée française vient d'attaquer à Denain les lignes du prince Eugène, et a remporté une victoire complète.

BOi.iNGBROKE, froidement. C'est vrai!

LA DUCHESSE, courant à la fenêtre, Ahigdû fait qurlqws pas pour la retenir et se trouve ainsi placée entre la duche.'ise et la reine. Tenez... entendez-vous lescris furieux de ce peuple?

BOLiNGBROKE. Qui demande la paix!..

LA DUCHESSE, qui vient d'ouvrir la fenêtre, et poussant un cri. Ah!., monsieur Masham... dans l'appartement de la reine!..

LA REINE, à part, et voyant paraître Ma.^ham. C/csl fait de moi!

ABIGAÏL, bas, à la reine. Non!., je l'espère!.. [Tombant à genoux.) Grâce, Madame!., grâce!., c'est moi qui, à votre, insu... l'avais reçu cette nuit...

LA DUCHESSE, avec colère. Quelle audace!.. Vous osez soutenir...

ABIGAÏL, bais.mnt les yeux. La vérité!

MASHAM, s'inclinant. Que Sa M ijcslé nous punisse tous deux !

LA REINE, bas, à Bolingbroke. Boling'brokc , sauvez-nou>!

BOLINGBROKE, s'avançant vers les seigneurs de la cour qui sont dans le fond , et prenant le milieu du théâtre. Permettez?.. J'ai à vous dire...

LA DUCHESSE, s'adressant à Bolingbrok". Et moi... je de-

manderai à. Milord, comment un prisonnier confn; à sa garde est libre en ce momi,'nt,et par quel motif?

BOLINGBROKE, .Se tournant vers l'assemblée . Un motif auquel vous auriez touscédi'; comme moi, Milords! M. Masli;im m'a demandé, sur sa parole et sur son honneur de gt-ntilhomine, la permission di; faire ses adieux à Abigaïl Churchill! sa femme...

LA REINE ET LA DUCHESSE, poussant uncri. 0 cielî..

LA REINE, avec agitation. Messieurs!.. Messieurs!.. {Leur faisant signe de s'éloigner.) Un instant... je vous prie!.. {Us s'éloignent tous de quelques pas; la reine reste seule sur le devant du théâtre avec Bolingbroke.)

LA REINE, à demi-voix. .\h! qu'avez-vous fait?..

BOuyGMRùKE, de même. Vous m'avez dit de vous sauver... {A la reine qui ne peut cacher son émotion.) .\llons, ma souveraine... et puis, fallait-il laisser déshonorer cette jeune fille qui venait de se dévouer pour Votre Majesté?

LA REINE, avec courage et comme ayant pris sa résolution. Non!., (/l (/enu-yo/x.) dites-leur d'approcher. {Bolingbroke fait un signe ; Abigaïl et Masham, qui s'étaient tenus à l'écart, s'avancent timidement.)

LA REINE, avec émotion et à voix basse, à Abigaïl. Abigaïl... ce que vous venez d'entendre... il faut que cela soit... ne le démentez pas... Encore cette preuve de dévouement... et ma reconnaissance, mon amitié vous sont à jamais acquises. . .

ABIGAÏL, à la reine, avec épanchement. Ah! Madame... si vous saviez...

BOLINGBROKE, lui coupant la porw^f. Silence!.. {Il fait un signe à Masham, qui a .son tour s'élance près delà reine.)

LA REINE. Quant à vous, Masham...

BOLINGBROKE, bas, o Masham... Refusez!

LA REINE. Je sais que d'autres idées, peut-être... mais, par le dévouement (jue vous lui portez... votre reine vous le demande...

MASHAM. Moi, Madame...

LA REINE. Elle vous l'ordonuc ! {Tous deux s'indineut et passent à droite du théâtre. S'adressant aux per.sonnes de la cour et prenant le milieu du théâtre ; Milords et Messieurs, les graves événements que madame la duchesse vient de nous apprendre vont hâter des mesures que nous méditons depuis longtemps. Sir Harlev, comte d'Oxford, et lord Bolingbroke, mes nouveaux ministres, vous expliqueront d<!main nos iiit(Mitions. Nous rappelons milord duc de Marlborough dont le talent et les services deviennent désormais inutiles, et décidée à une paix honorable , nous entendons que, dans le plus bref délai , les conférences s'ouvrent à Utrecht, entre nos plénipotentiaires et ceux de la France.

BOLINGBROKE, qui cst plocé à droite entre Masham et Abigaïl ; bas, a Abigaïl. Eh bien ! Abigaïl... mon système n'a-til pas raison?Lord Marlboroug renversé. . . l'Eunqie pacifiée...

MASHAM, lui remettant les papiers que la rein- a signés. Bolingbroke, ministre!...

BOLINGBROKE. Et lout Cela grâce à un verre d'eau !

Page 1