SCÈNE XVIÏ
Les PRÉCÉDENTS : U.\ VALET, LOLIVE, en habit brodé, le cltap^au à plumes sous le bras.
LE vALzr, annonçant. M. de Saint-Marcel.
LOLIVE, d'un air d'aisance. Eh bien! qu'est-ce? qu'v at-il ?
M. DE SAINT-MARCEL, à part. Quc vois-jc ! c'est ce fripon de Lolive, mon valet de chambre.
LOLIVE. Nous voici bien du monde... Serviteur, Mes-ieiirs. Bonjour, mon cher Edouard.
EDOUARD. C'est vous, uiou dvT protecteur! J'avoue (|ue celte fois je n'y comptais plus. Mon étoile avait pâli, et vous f.iites bien de venir à mon secours. Je vous présente à mon bi'au-pèrc et à monsieur votre frère.
LOLIVE s'avance d'un air dégaçfé, et apercevant M. de Saint- Marcel. Dieu ! mon maître !
M. DE SAiNT-MARCEL, à part. Et avec mon habit brodé!
FRANVAL, étonnj. Ils se reconnaissent. {Edouard, Franval, Loliv et Lucie restent tniis immobiles de surprise.)
M. DE sAiNT-\i\i!(:r.L. Quol tibleau! personne n'y est plus.
LE MKNÏiiUR VÉRIDIQfF.
Venons à leur secours, car ils ne s'en tireraient jamais. [Allant à Lolive.) Eh bien! mou cher frère !
TOUS. Son ft'crè!
M. DE SAINT-MARCEL. Pourcjuoi cc trouble, cet emtiarras? Vous vouliez donc me f.iire un mystère de votre arrivée?
EDOUARD. Conimenl! Muiisit ur, c'est votre frère, Théodore de Saint-Marcel, f|ui revient d'Angleterre?
M. DE SAi.M-.MARCEL. Eli oui ! cst CC (|tie Cela ne vous arrange pas?
EDOUARD. Si vraiment; nuis aujourd'hui, e'es! comme un fait exprès, je n'invente que des vérités. Ce n'est pis ma faut', Iteau-pèrc; mais en conscience, vous è'.es ohligi' de me doimer yolre fille.
M. DE SAINT-MARCEL, riant. Oui, Monsieur; il faut con-enlir à celte union. Vous n'avez plus de mcnsi.mges à lui reprocher.
FRANVAL. Excepté cclui de la recette d(; Mars >il!e.
M. DE SAiM-.MARCEL. La voici; c'est le présent denoeeque je lui destinais.
LUCIE. Comment! il se pourrait....
EDOUARD. Ah ! je parie que c'est vrai ; tout est vrai auiourd'hui. Ainsi, beau-père, consentez, tout le monde vous en supplie.
FRANVAL. Je suis sùr qu'on me trompe.
LOLivE. Et moi aussi.
M. DE SAiXT-MARCEL. Et moi aussi ; et cependant vous consentez...
FRAîsvAL. 11 le faut bien, ne fût-ce que par curioMté, et uour avoir le root de l'énigme.
LOLivE, i'Aant son chapeau. Vivat! La parole de Monsieur vaut de l'or. Je reprends la livrée, et mets aux pieds de Rofctle M. Guillaume Lenoir, milord Cook-Brook, et bien plus, le fidèle Lolive, valet de chambre de monsieur le comte.
EDOUARD. Comment, coquin, c'était toi?
FRANVAL. Fais dunc l'étonné.
EDOUARD. Je vous jure que je n'en savais rien, et que je ne le connaissais pas.
FRAisvAL. Encore! par exemple, c'est là le plus difBcile à croire.
LUCIE. Et cependant, mon père, c'est la vérité; nous vous mettrons au fait de tout.
ÉDOiJABB. Le ciel m'est témoin que, si j'en al imposé aujourd'hui, c'était iiour la dernière fois, et à mon c irp.s défendant. Oui, Monsieur, oui, mon cher prolecteur, je jure de me corriger, de ne plus retomber dans un défaut dont je vois ti'op les dangers. Lolive, je me souviendrai de la leçon; je le promets une récom|)ense.
LOLIVE. Bien siu'!
LUCIE, lui donnant une bourse. Et moi je te la donne.
LOLIVE. C'est encore mieux. {Pesant la bourse.)
^ien u'^U ^CdiVi que le vrai, le vrai -sculi est aimable.
VAUDEVILLE
De vérités trop redoiitubli-s
L'ntn' ur-propie peut s'o(rus>,T;
La Fontaine a su i;ar dus lilil;.s
Le corrigi-r sans 1j bli-sscr.
ans un charuiL- liuurcux il noqs {iloD^o Par sa douce naivut-'.
Et c'est à l'aide du mensonge Qu'il fait passer la vjril'-.
Si les beîl' s ont <l s cip'.ic s, C'est afin (lu'on les ainie plu*.
Si l'on est faux . c'est qu • les vices Rapportent i^lns «pie Ls vcrtu>.
Si maint Crésus que l'eiinni rou:.^e Par ses courtisans est flatté, C'est qu'on traiine avec le meusouge Bien i>lus qu'avec la vérité.