‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 499 sur 783 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

GERMAIN, M, DE SENNEVILLE, plus(i:ius domestiques portant une valise et d'autres paijucts.

(.y.\[M.ws,entrantle prritiier. Voyons lui pi;u ceM.de Hcauclair, (pli se fait si longtemps attendre.

SENNEviLLE, uux doiiicstiijties. Grand merci, mes amis. {Leur donnant de l'argent.) Ten:>z, et buvez a nri sautt!'. [L'S domestiques sortent.)

GEioiAi:^, à part. Il s'annonce Lien.

sl■^^Kvn.LE, à Germain. Voulez-vous prévenir M. d'Estival que M. de Beauclair, son gendre...

CEiîMAiN, le regardant. Comment! ne me troni[)é-je pas? Monsieur de Senneville!

SENNEViLi.E, vivement, et à voix basse. Tais-toi, malheureux! Qui es-tu? D'où me connais-tu?

GERMAIN. Monsieur le colonel ne se rappelle pas mes traits. J'étais portier à Paris, rue du Helder, chez cette jiune comtesse où monsieur le colonel allait si souvent, et d'où il sortait si tard.

SENNEVii.i.E. Ali! oui, (krmaiu? [Souriant.) Un fripon.

(;EnMAI^. C'est cela, mon colon(M. J'avais l'honneur de vous ouvrir la porte.

SENNEVILLE. Traître ! tu ne l'ouvrais pas que pour moi ; mais tu peux me servir, et ^'oublie tout.

GEiiMAiN. Monsieur est bien généreux!

SE.NNEViLLE, vivement, pendant toute celle scène. J'ai vu Lise avec sa tante une fois à Paris, il y a trois mois, au bal de l'andiassadeur. Jolie, aimable, modeste, chacun s'empressait autour d'elle. Rien qu'en la voyant danser, je l'adorai. Dès que j'eus causé avec elle, je jurai (ju'elle .serait ma femme.

GEiiMAiN. Que neparliez-vous? Vingt mille écus de rentes, colonel, et neveu du ministre...

SENNEVILLE. Eu rentrant clicz moi, à (luatre heures du matin, je trouve des ordres de mou oncle : depuis trois mois j'ai parcouru toute la France: enlin, je suis envoyé en mission à Strasbourg. J'arrive, et me voilà.

(iEiiMAiN. Au fait, il n'y a pas de temps perdu.

SENNEVILLE. Mou lu'ite, grand bavard, m'apprend que mademoiselle d'Estival doit se mariera .M. do Ueauclair, jeune officier fran(;,ais; qu'on n'a jamais vu le futur; mais l'aniilié, la parenté, les convenances, (jne sais-je enlin? que tout est d'accord, et (pi'on n'attend plus que le prétendu. Je laisse notre h(jte au milieu de son récit; je remonte en voiture, j'entre au château, je me dis Beauclair, tout m'est ouvert; tu m'introduis, et je te dois la réussite de mon projet.

GEKMAiN. Ma foi, Monsieur, je n'en ai pas vu de i)Ius extravagant. A chaque instant notre époux peut arriver. On ratlendait hiei'.

SENNEVILLE. Taiit luiouv! c'est (pi'un accident l'a retenu. A qui n'en arrive-t-il pas en voyage? Moi-nièuie, Tavaiitderiiière nuit, (pielle aventure! Ce serait um; bonne fenluiie [)our un faiseur de loinans! A minuit, nu temps atl'reux ! Je dormais, lorsq.uj ma voiture est renversée par celle d'un

voyageur qui se fâche encore contre raespo.-lilloiis, (lit<iu'on l'a relardé, m'insulte moi-m(ime, met l'épéeàla miiii. J'en fais autant. La nuit était noire en diable; le pied me glisse; m')n adversaire croit m'avoir tué, remonte en voilure, me laisse là, et court encore.

GEiLMAiN. Eh bien ! vous n'avez pas pu courir après lui?

SENNEVILLE. Ah! il uc m'écliappcra pas. Ma chaise renversée, six heures d'avance, impossible de ralteindrc; mais, arrivé à la ville voisine, <,'ncure tout bouillant de cejlère, je donne, de la [larl du ministre, l'ordre de l'arrêter; et, des que rinsolent sera saisi, j'irai lui demander satisfaction de son procédé.

GEitMAiN, Savez-vous son nom? Avez-vous son signalement?..

SEN^iEVii-LE. Non; mais un homme qui se rend à Sti asbourg, on ne le manquera jias.

GERMAIN. C'est bien. Que n'avez-vous aussi quelque bon ordre du ministre pour cuipèclier M. de Beauclair d'arriver! car enfin tout se découvrira.

SENNEVILLE. Qu'iuiportc? jc Serai le premier venu; le premier j'aurai dit à Lisi; (pie je ne puis vivn; sans elle; ipie depuis trois mois je l'aime, je l'adore. Me cnjyanl son futur, elle ne s'ofFensera pas d'un tel aveu. A moins (juc son cienr n'ait parlé pour un autre, une jeune per.-onnc est toujours disposée à voir favorablement celui (|uc ses paivnls lui destinent; elle s'( fforcede le trouver aimable; (die cherche à l'aimer, cl songe si die p(Hivait commencer à en prendrcl'habitude. On me découvrira, je le .sais; mais le coup sera porté, riuqiression sera produite, cl Beauclair arrivera trop lard.

GEUMAiN. D'accord ; excepté que cela finira par un coup d'épée, et que .\l. de Beauclair... Le connai.ssez-vous?

SENNEVILLE. Oiii, j'ai counu dans mes campagnes un .M. de Beauclair fort aimable; j;; me suis même Irouvé avec lui danmne situation assez piipiante. Nous étion- rivaux sans le savoir, (d, comme !eclievali(!r de Grannuont, il in'(d)lige.i de lui servir de doniestiepie, et de garder son cheval pendant qu'il en contait à ma belle.

GEioiAiN. Je Vdus connais; vous vous êtes fâché?

SENNEVILLE. Poinl du tout; le tour m'a paru plaisant, ol je lui renvoyai son cheval, en lui promettant de lui rendre la pareille si j'en trouvais l'occasion.

GERMAIN. Il ne saurait s'en présenter de plus belle, car voici mademoiselle Lise avec son père.

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