‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 504 sur 783 · BEAUCLAIR, D'ESTIVAL · texte numérisé non relu

BEAUCLAIR, D'ESTIVAL

b'ESTiv.\L, à part. Moï\ gendre avait envie d'épouser ?a future; moi, je ne serais pas fâché de connaitie un peu mon gendre. Si je faisais jaser son domestique! Mais le drôle m.e paraît ne pas manquer d'esprit : il faut s'y prendre avec adresse. [Haut.) Tu m'as l'air de te plaiic au service tic ton maître?

BEALT.LAiR. Pcut-jl cu être autrement? Monsieur est si gai, si spirituel!.. D'ailleurs, moi, j'aime li'S jeunes gens.

d'estival. C'est comuic moi, j'ai toujiturs été du [)arti des fils contre les pères, et je compte bien {pi'avec mon gendre nous ferons encore des tours de jeunesse, [likint et affectant une grande gaieté pendant toute cettu scène.) Ah! ah! ah! c'est que je m'en suis permis de fort plaisants. Ah ! ah !..

nEAUci.AUt, affectant de rire aussi. Ali! ah!.. Je vois que Mon>icur était un rusé compère.

d'estival. Oui, et, quoi qu'il arrivât, je m'en tirais toujours de la façon la plus gaie. Ah! ah!

BEAiCLAiR. Et mon maître, donc!.. Il \ a bien peu de temps que je suis à son service; mais j'en ai vu de belles! Je me rappelle une aventure de créanciers. Ah ! ah !

d'estival. Ah! ah! des créanciers .. J'aime beaucoup les scènes de créanciers; c'était mon foit. Ali eà, des créanciers! U ne pa'e donc pas ses dettes?

BEAi'CLAni. Est-ce (|ue vois prenez mon maître pour un h<nmni> sans éducation? cninmi; si vons-mènie autrefuis... Ah! ah!

d'estival. C'est juste. Ali! ali ! ah! J Vu faisais bien d'autres, moi. Mais conte-moi son aventui'e.

UEAicLAïu. M'y voilà... Il revviiait du jeu ; il avait perdu tout son argent. Non, non, attendez donc... Je me trompe, c'est un autre jour; ce jour-là il avait gagne.

d'estival, riant de niauraise Inum'ur. Ah! il joue et il gagne. Ah ! ah !

iiE.MCLAiR. Pas souvent. Mais c'est bien plus drùlc ipiaii 1 il perd ; il faut entiMidre alors coiiiiiie il jure .. C'est admirable. Mais ce jour-là douc il était en gain, à telles enseignes qu'il m'avait payé mes gages; je me li; rappelle, paire que c'est la seule fois. Il faut vous dire, pour l'intelligence de rhistoircj que le matin il m'avait chargé de porter un billet chez la comtesse, et que, par erreur, je le remisa la baronne.

d'esiival. Comment donc! une comtesse? un ; baromii;?.. (A part.) Morbliu !

BEAiCLAïu. Ah! ah! Je g.ige que dans votie temps vous avez fait aussi plus d'une conquête.

d'estival. Oui, oui, je me reconnais là; ni is il est donc

généralement aime?

cEACCLAin. C'est une fureur, on se l'arrache. Les femmes le craiginMit, et bs lnnumes ne peuvent pas le souffrir. C'est le jeune homme le |)lus à la mode de Paris. Eh ! parbleu, j'ai là une lettre d'une femme à laquelle j'étais chargé de répondre; vous seiit(>z qu'il ne peut pas suffire à tout. {Lui donnant une lettre, et lui faisant lire l'adresse.) A Mrmsieur de Beauclair... Quel feu! Vous verrez le délire de la passion ! le vague du M'iitiment! ah ! ah ! vous connaissez cela?

d'estival, en riant. Oui, oui, j'en ai reçu plus d'une.

BEAUCLAIR. Mais l'avenlnre qui a fait le plu- de bruit, et qui va vous faire bien rire... C'est dernièrement... Je vous le dirai, parce que vous conn lissez les acteurs. Ah! ah! Un de .ses amis devait se marier. Il i;rrive à li idicedu futur qu'on ne connaissait pas, et séduit la fille en présen c même du pèie... (Cherchant.) Un monsieur de... oh! vous le connaissez, un bon homme, un tres-bon homme.. J'ai là son nom, je le tiens...

SGÈ.NE X.

Les précédents, LISE.

LISE. Mon père, je venais vous dire que plusieurs visites...

i!EAUCL\iR, toujours CI d'Estivul. Et le plus plaisant, c'e t que le jour même... [Feignant d'apercevoir Lise.) Pardon! pardon ! je n'oserais pas devant Mademoiselle.

d'estival. Ah ! ah ! j'entends, Va m'attendre à deu.x pas. Ma fille ne doit pas savoir...

BEAUCLAIR. Ouî, Mnusieur, jc VOUS SUIS... C'est que mon maîlre m'a donné quelques ordres. [A part.) Diable! j'aime mieux rester avec la fille.

d'estival, à part. Oielle adresse à moi de l'avoir fait parler! Ah! M. de Beauclair, qui jamais aurait dit?.... Allons, achevons de niinstiuire. (.1 Lise.' Reste, reste, mon entant ! je reviens dans l'instant... (.4 Beaiulair.) Ah! comme nous allons rire!

BEAUCLAIR. Oui, Mousicur, Hous allonsTire. (lïEstivalsort.)

Page 1