SCENE XU
Les précédents, SENNEVJLLE.
SENNEviLLE, à part. Un tète-à-tète!. J'arrive à temps. (Faut.) Eh bien, Jasmin, que faites-vous donc? je vous cherchais.
LIS!-;. Ah! laissez-le, do grâce. Un instant plus tard, et j'allais devenir sa i onfidonte.
SENNEviLLE. Commout ! il se serait permis?.,
LISE. Je le défends d^abord. 11 est amoureux, et l'amour ne regarde pas à l'étiquette,
SE.NNEViLLE, inquiet. Ah! il a parlé d'amour.
BEAiXLAiR. Oui, Monsieur, j'ai parlé d'amour.
SENNEviLLE. J'y suis : quehiue passion d'antichambre ! quelque Nérine! quelque Marton! [Vivemont.) Votre femme de cliambre, je parierais; elle est vraiment jolie,
LISE. Quoi ! ce serait là celte personne qu'il a vue en entrant dans le château, et qui soudain,,.
SENNEviLLE, Justomeut; j'avais déjà cru remarquer!,. Mais pourquoi. Jasmin, ne m'avez-vous pas parlé? Aviezvous quelques raisons secrètes de me cacher vos pi'ojets? Vous deviez être sur de mon consentement,
BEAiCLAiR. Trop de bontés.
SEN>EviLLE, à IJse . Sans doute il venait vous demander la main do colle qu'il aime; et j'espère que vous ne la lui refusiM'oz pas.
LISE. Non, certainement; mais j'avoue qu'un amour au=si ïubit a lieu de m'étonner.
BEAVCLAiR. Os amours-là doivent pourtant moins vous étonner que tout autre, Mademoiselle. Mais rassurez-vous, mon attachomiMit i>our Marton n'est pas aussi extraordinaire que Monsieur veut bien le croire,
SENNEviLLE, Conimcut? vous n'aimez que médiocrement et vous songez à épouser?
BEALCLAU5. Mais jc nc vois dans cet établissement qu'un moyen de rester auprès de Madame et de vous. Monsieur, D'ailleurs, comme vous me le disiez encore hier, l'hymen n'est plus un esclavage. Est-on 1ns de vivre garçon, on fait une spéculation conjugale qui vous donne un état, une consistance dans le monde. Qu'on s'aime ou qu'on nc .s'aime pas, que les humeurs se conviennent ou qu'elles soient innimpatibles, c'est moins que rien; l'important est de trouver quelques rapports d'intérêts ou de fortune. On se contraint jusqu'à la signature du contrat; nuis, le marché conclu, chacun reprend ses habitudes, chacun vil à sa manière, de son côté. Vous me 1' disiez : Monsieur court les sociétés, les spectacles, les bals; Madame en fait autant, et si le hasard veut que les deux époux se rencontrent, ils si; connaissent à p^'iu', leur entrevue a tout le piquant de la nouveauté. On s'aimerait près |ue, si ce n'était h; décorum. LISE, « Sennevillc. Comment, Monsieur?., SEXNEviLLE, Moi, Mademoiselle, que je meure si jamiis j'ai eu cette pensée, et je veux qu'il vous avoue!,.
BEAUCLAIR. Quoi! ne m'avez-vous pas répété cent fuis. hier encore?. . {Voyant Senneville qui le menace.) Non, non, vous ne m'avez rien dit : Mademoiselle, il ne ma rien dit ; c'est moi qui ai tout invent;. Que je suis maladroit ! LISE, à part. Ah ! comme je m'étais trompée ! SENXEViLLE. Nou, Ma iemoisellc, gardez-vous de cioiie... [Apercecant venir d'Estival.)