‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 519 sur 783 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

[Au lever durideau, M. Godard est devant une table et écrit. Mesdames Benoist, Renard et Durozeau sont assises à gauche, et travaillent à la layette en causant.)

M. GODARD, écrivant. « M. Godard, marchand rub.inier,

« rue Saint-Denis, a l'honneur de vous faire part que ma- « dami; Godard, son épouse, vient d'accoucher heureuse- « ment d'ini garçon.

« La more et l'enfant se portent biun. »

Voilà le cent soixanto-tceizième; j'en alla main fatiguée.

MADAME BENOIST. C'cst conime je vous le di.*;, ma chère madame Rruard, ce petit garçon-là me ressemble à s'y mé-

LE PARRAIN

pri'iuh'O. Ce iiY'St p;is parce que je suis si grainriiiere; mais c'est tout mon polirait.

M. (;oDAni). Laissez (Imic, il a tout mon profil.

MADAME RENARD, C'esl-à-clirG celui (le votre femme; ow plutùf, voulez-vous que je ^ous dise à qui il ressemble? à M. Durand, ce vieux g-arcon qui demeure ici dans la maison, an priMiiier.

M. COUARD, .«c levant. Qu'est-ce que vou? dites là, mulanie Renard? Point de pareilles plaisanteries, s'il vous plaît.

MADAME RENARD. Je ledis, parce que c'est frapi)ant.

M. GODARD. C/est ce qui vous trompe, entendez-vous; lunu fils me ressemble, et il doit nie réassembler, parce qu'enfin... Je sais ce que je dis, et ce n'est pas après douze ans de mariage...

MADAME BENOiST. AUons, n'allcz-vous pas vous fâcher, mon cher Godard?

M. GODARD. Non, c'cst qu'on sait combien j'ai d'affaires anjourd'liui. Mes billets de faire part qui ne sont pas liiiis; le pari'ain de mon fils qui n'est pas encore trouvé; l'accou chée (pii veut que je lui fasse un cadeau; une lettre de cliatigi; à payer ce m;itin, et l'enfant qui ne tctte pas. Et c'est au milieu de ces tracas de toute e.spice qu'on vient me rompre li tète de M. Durand; M. Durand, que nous connaissons à peine, qui a quelquefois salué ma fennue sur l'escalier, et qui n'a jamais fait que la rei^arder.

MADAME RENARD. Eli bien! c'cst ce que j(.' voulais dii'e, un regard.

TOUTES LES FEMMES. Sans doute, c'est un regard.

MADAME BENOisT. Eli! oui, mon gendre, cela se voit tous les jours. Il n'y a rien de plus raisonnable et de plus Iranquillis nt que les regards. Demandez à ces dames. .Mais vous voilà toujours affairé, toujours effrayé du moindre embarras, et vous donnant toujours beaucoup de mal sur place, sans faire un pas pour en sortir. Voyons le i)lus pressé Vous occupcz-vons du parrain?

M. GODARD. El) non, puisque voilà trois de mes parents el amis intimes qui ont refusé tout net. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien cet enfant-là me donne de peine. Un enfant frais et vermeil qui est tout mon portrait.

MADAME nENOisT. Eh ! il s'agit bien de cela. Quant à la marraine, elle ne sera pas difficile à trouver. On sait que pour. le premier enfant c'est toujours la grand'racre, c'est de droit.

M. GODARD. Du tout, du tout; le choix est déjà fixé, la proposition a été faite et acceptée.

MADAME BENOisT. Voilà, par cxcmple, ce que je ne souffrirai piiinl; n'est-il pas vrai, Mesdames?

M. GODARD. Allons, u'allcz-vous pas encore me mettre un nouvel embarras sur les bras? Vouloir que; je fasse un afTront à madame de Saint-Ange, la femme d'un banquier! un banquier (le la rue du Monl-lUanc! ma meilleure pratique! CertainiMUcnt, Mesdames, (juand la Chans-^ée-d'Antin est assez bonne pour venir rue Saint-Denis, on doit s'estimei' trop heureux.

MADAME RENOisT. Oui, uni! fiMumc à é(piipage qui sera marraine de votre fils! Et Dieu sait comme on va jaser! iiarce que vous sentez bien ([ue les grandes dames... Si je vous racontais à ce sujet l'hisioire que nous a dite hier mailaine Prudent, la sage-femme...

TOUTES LES FEMMES, 6(' Icoaitt ct écoutcint. Unc histoire !

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