‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 552 sur 783 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Les précédems, M. et MADAME PHILIBERT, AMÉLIE.

pniLiPERT. Oui, ma femme, oui, ma chère Amélie, malgré l'ordunnance du médecin, je viens de faire une promenade qui m'a fait du bien.

VICTOR, courant à lui. Ah ! mon oncle !

MARGUERITE. Ah! lUun bon maître !

PHiLiuERT, Eh bien! qu'y a-t-il donc? [Les regardant.) Pour inic promenade que j'ai faite, n'y a-t-il pas de quoi s'effrayei?

MADAME riiiLUfERT. Pourquoi ne pas nous prévenir?

AMÉLIE. Oui, mon père, je vous aurais donné le bras.

MARGUERITE, El daus celtc promenade, il n'y a eu rien de...

PHILIBERT. Un peu de fatigue, et voilà tout.

MARGUERITE ET AMÉLIE, approchant un siège. Mais asseyez-vous donc. [Philibert s\jssied. A côté de lui, à gauche, Victor se tient debout, les yeux baissés; à droite, madame Phdiberl, Amélie, et les autres personnages.)

PHiLiiiERT. Comme je vous le disais, cette sortie -là m'a élé trè.-^-utile, et en même temps très -agréable, car j'ai rencontré près du Jardin Turc, où j'étais a>sis, un de iios voisins qui m'a raconté une histoirefort extraordinaire, arrivée dans le quartier.

MADAME PHILIBERT. Uiie histoipe ! racontez-nous cela, mon ami.

PHILIBERT. Volontiers. Un jeune étourdi ne comptant pas as^ezsur la tendresse de son père... [Bas, et serrant la main de Victor.) oui, de son père, [Haut.) avait eu l'imprudence de se risquer au jeu.

PHILIBERT MARIÉ

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iLiuriT Un plaisit ! c'éUil bien un de'oir. — ^'cène 1.

AMÉLIE. Au jeu!

PHILIBERT, vivement. Un moment d'erreur, d'cntraînement... ce n'était pas encore une habitude, mais cela pouvait le devenir. Entouré de fripons, d'intrigants, de femmes trop aimables, il y avait tout à craindre de sa jeunesse, de son inexpérience. Que fait le père pour l'arracher à des dangers qu'il connaissait mieux que personne? il va trouver ces gens-là, ne craint pas de se comprometlrc avec eux.

MADAME PHILIBERT. Cela a bicu dù lui coûter?

PHILIBERT. Pas tant que vous le croyez. {Se reprenant.) Parce qu'il aimait son fils, [Tenant la main de Victor.) et surtout parce que celui-ci l'aimait trop, pour ne pas rougir de la position où il avait mis son père. [A Victor, qui fait un geste.) Oh! ce n'est rien encore, voici le plus intéressant; le jeune homme avait un duel.

AMÉLIE ET MADAME PHILIBERT, avec effroi. Il Serait possible !

PHILIBERT. Pour uu ricu, une niaiserie; mais il avait affaire à un de ces spadassins, qui font métier de

chercher querelle à tout le monde , et qui ont la lâcheté de se croire braves parce qu'ils sont adroits.

MARGUERITE, joignant les mains. Voyez-vous ça '

PHILIBERT. Impossible d'arranger une pareilie affaire; c'eût été faire du tort au tils, peut-être même lui en susciter vingt autres pareilles; et c'était ce Joui" même à trois heures qu'on devait se battre.

MADAME PHILIBERT ET AMÉLIE, avcc cffroi. So battre !

PHILIBERT. Que fait le père?

VICTOR, à part. Grand Dieu !

PHILIBERT. Il va avant Theure du rendez-vous trouver son homme, dans un li(U public, où il était ccitain de le rencoutrcr.Sur le plus léger prétexte, il lui cherche querelle et prend la place de son fils.

MADAMI^ PHILIBERT, AMÉLIE ET MARGLERITE. 0 cicl !

PHILIBERT. Rassurez vous , il est un Dieu pour les pères, comme pour les oncles; celui-ci a le bonheur de blesser son adversaire an brasdroit, et de manière à ce (|ue de sa vie il ne lunirra se servir de son épée.

AMELIE. Et Ci; bou pèi'e, que lui est-il arrivé ?

PHILIBERT, relevant le parement de sa manche qui est

PHILIBERT MAIUIi.

du côté de Victor. Rien... une simple égratigtiure. ( Victor se précipite sur la main de son oncle , et la baise.)

PHiLiEEKT, faisant signe à Victor de se contenir, et se tournant ucrs sa femme pour lui cacher son neveu. Un instant, ce n'est pas fini.

Ain fin vaudeville de Vadé.

L'esprit joyeux, le cœur content.

Il retourne dans son mi'iiagc ; 11 revoit son (ils rcpLiiliinl Qui lui inoniet d'être plus sage.

.luL'ez <pii-l bonheur est le sien, JMa;s le plus diflicile ;i croire, Su liile, son épouse...

MADAMK l'UIMUERT LT AMÉLIE.

Eli bien!

PHILIBERT

Ne se doutcut viaimeiit de rien...

Et voilà toute mon histoire.

UN DOMESTIQUE. Monsicui', Ic (Uiicr est servi, et les huîtres sont sur l.i table.

PHILIBERT, à Amélie et à madame Philibert. Excellente nouvelle; vous e^^avez. niarlame Philibert , que c'est pour vous; en récompense, vous nous permettrez à table de nous occuper de nos projets de mariage; bientôt vous n'aurez plus, je l'espère, de prévention contre Victor, qui, de sou côté, j'en suis sûr, se soumettra à toutes les épreuves que nous voudrons exiger. r-\^ ,'"

VICTOR. Oui . je ferai tout au monde pour me teHth'iî^ digne de ma cousine [Donnant la mainà PhdiheH.] tl\, de mon père.

l'UK.iiiEUT. De ton père, tu as raison; allons, allons, ' il table. [Madame Phdihvrt et Amélie remontent le tliédtre pour sortir : pendant ce temps, Chopard, Victor ei Marguerite redescendent et entourent Philibert.)

VICTOR. Ah! mon oncle!

MARGiEuiTE. Mon bou maître!

CHOPARD. Mon élève!

.MADAME PHiLiRERT, dcius lo fond. Eh bien ! qu'avczvous donc, et pourquoi ne veniz-vous pas?

PHILIBERT. Rien, c'est qu'iU ^ont enchantés du petit diiier de fauiille que nous allons faire, et surtout de ce que personne (6\'/Ta«</rtmfl//i(/f Victor.) ne maïKpie au rendez-vous.

VAUDEVILLE

Ain du vaoduville do l'Intérieur de l'étude.

PUILIBEUT.

Si nous voulons de la jeunesse Foi nier l'i-sprit, cra::ncr le cœur, Ne donnons point à la saircsse L'air farouche, le ton grondeur.

Loui de s'aimer d'un ton sévère.

Moi je pense qu'il faut souvent.

Lorsque l'on veut être bon père.

Se rappeler qu'on fut enfant.

VICTOR

Regardant toujours en arrière.

Maints barbo'ns de mauvaise humeur ^'oudraicnt nous ferm r la carrière Et de la gloire et de l'honneur.

Sous des lauriers héréditaires Nous marcherons dans tous les temps; Si la gloire élevait nos pères, Elle berce encor leurs enfants.

MARGIERITE.

Que j'aime cette noble dame Qui. toujours la plume à la main.

Ou dans un cuntc ou dans un dr.ime, Nous rapiiftllc monsieur Berquini Ses œuvres ne sont pas légères ; Par SCS aciions et ses romans EUo avait amusé les pères, Elle amuse encor les enfants.

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