‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 568 sur 783 · MATHILDE, GUSTAVE · texte numérisé non relu

MATHILDE, GUSTAVE

MATHU-DE. Comment ! Monsieur, voilà l'accueil que vous me faites, moi qui arrive de Paris pour vous délivrer?

GUSTAVE, interdit. Non, non, ma bonne amie. Vous arrivez à l'instant même, n'est-ce pas?

MATHILDE, lui prenant la main. Pourquoi cette question?

GUSTAVE, regardant samain. Mais pour... Mathilde, où est votre anneau?

MATHILDE. Mou ami, est-ce à vous de me le demander?

GUSTAVE. Comment! Madame, il me semble que c'est assez naturel.

MATHILDE, tendrement. Ingrat! puisque je ne le porte pas, vous savez bien qu'il n'y a qu'une personne qui puisse l'avoir. [Le voyant à sa înain.) Eli! tenez, le voici.

GUSTAVE. Comment! Madame, il est dîne vrai, c'est vous qui cette nuit...

MATHILDE. Vous eu doutcz cucorc ? oui. Monsieur, j'étais venue hier au soir, je croyais que vous n'étiez occupé que de votre Mathilde.

GUSTAVE. Ah ! je devine tout. (.1 part.) C'est ce petit coquin-là, qui, sans s'en douter... ah, il a une étoile malheureuse !

MATHILDE, avec bontè. Ne vous désolez pas, mon ami, je ne vous ft^ai pas de reproches, je sens trop que votre situation mérite des ménagements.

GUSTAVE. Vous ètcs trop bonne; mais moi, je ne me le pardonnerai jamais. Écoutez, Mathilde, je ne VOUS demande qu'une chose pour ma punition, c'est

MÉMOIRES D'UN COLONEL DE HUSSARDS

de me répéter bien exactement tout ce que je vous ai dit cette nuit.

MATiiu.DE, baissant les yeux. Vous le dire, quand je voudrais l'oublier? .''^

GUSTAVE, Û part. Ali, mon Dieu ! [Haut.) Je crois me souvenir d'abord que vous m'avez repou.ssé.

MATHiLDE. Oh ! iiou, quoiquB je fusse bien en colère.

Air : Il n'est pas temps de nous quitter. Pour moi jnsez quelle douleur, Vous voir aimer une autre belle!

Heureusement qu'un votre ardeui Vous m'êtes demeuré fidèle.

GUSTAVE, à part, avec joie. J'ai été fidèle!

MATHILDE

Jamais je ne vous aurais vu, Si vous aviez plus loin porté l'audace. (îusTAVE, transporté.

Ah! quel bonlieur!

{A part.)

J'étais perdu.

Si j'avais occupé sa place.

{Il se jette aux genoux de Malliilde et lui baise la main.)

Ma chère Mathilde ! vous me pardonnez?

Page 1