‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 570 sur 783 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

THÉODORE, LÉON, JULES, et plusieurs Officiers de hussards, assis autour d'une table, et figurant un conseil de guerre.

TOUS, parlant à la fois. Moi, Messieurs, je pense, et mou avis est que d'abord...

JULES. Eli! Me sieurs, un peu de silence; on ne peut juger sans entendre, et si vous parijjzjytôus ensemble... -.,; -11,1/

THÉODORE. C'est à moi de vous expliquer... JULES. jNon, les amoureux sont trop bavards. [Se levant.) Voici le fait :

Air du vaudeville de la Robe et les Bottes.

Théodore aime sa cousine, Qui tout bas brûle aussi pour lui}* '"y* Mais pour un autre on la destine, '■^'''' "'•'^ Et cet autre arrive aujourd'hui- Sur son hymen il vient, en homme sage. Pour implorer vos secours, vos avis, Persuadé qu'en fait de mariage On doit toujours compter sur ses amis.

J'ai dit.

LEON

Air : Adieu, je vous fuis, bois charmant.

Eh bien! Messieurs, qu'en pensez-vous?

Permettrons-nous qu'à nos yeux même Un autre soit l'heureux époux De la jeune beauté qu'il aime?

JULES

Nous seuls, puisqu'on veut la ravir, Serons ses protecteurs suprêmes...

Et plutôt que de le souffrir.

Nous l'épouserions tous nous-mêmes!

THÉODORE. Mes amis, mes généreux amis, c'en est trop.

JULES. Non, voilà comme nous sommes. Mais nous aurions bien du malheur si, entre nous, nous ne trouvions pas quelque moyen de renvoyer le futur dans sa province.

THÉODORE. Pensez-y donc, Messieurs; un prétendu de Limoges, et qui se nomme monsieur de Roufignac.

TOUS. De Roufignac !

JULES. De Roufignac ! Voilà qui rime terriblement bien à Pourceaugnac. Et quel homme est-re?

THÉODORE. C'est cc qu'on ne sait pas précisément. Mais songez, de grâce, qu'il arrive aujourd'hui, et qu'il n'y a pas de temps à perdre.

JULES. Voyons donc quelque moyen bien extravagant. Si nous... non, cela ne vaut rien.

THÉODORE. Nous pourrious... Oh ! ce serait trop fort.

LÉON. Je le tiens... Nous n'avons qu'à... non, cela pourrait compromettre. . .

JULES. Allons, voilà de beaux moyens! Eh! Messieurs, au lieu de nous creuser la lèlc à chercher des inventions nouvelles, des farces ingénieuses pour éconduire un prétendu, n'avons-nous pas sous la main ce qu'il nous faut? Nous avons tous assisté ce soir à la représentation de Monsieur de Pourceaugnac; voilà nos moyens tout trouvés ; les farces de Molière en vaknt bien d'autres.

THÉODiiRE. Laissez donc, c'est tiop usé.

JULES. Bah ! avec des changements et des additions, voilà comme on fait du neuf; c'est la mode d'ailleurs, et l'on a trouvé plus commode de refaire Molière que de l'imiter.

Air : Un homme pour faire un tableau.

Des Cottins qu'il peignit si bien, Nous voyons la race renaître; Mais d'un crayon tel que le sien Nul encor ne s'est rendu maître.

Des hypocrites et des sots On craindrait moins le caractère, Si tous nos tartufes nouveaux Faisaient naître un nouveau Molière.

THÉODORE. Ma fui! faute de mieux, tenons-nou.s-en donc à Molière. Va pour monsieur de Pourceaugnac.

TOUS. Va pour monsieur de Pourceaugnac.

JULES. Adopté à la majorité. Aujourd'liui l'arrivée du futur, demain son départ, et nous marions Théodore le mardi gras.

THÉODORE. Comme tu y vas!

Air : Il n'est pas temps de vous quitter. Se marier un mardi gras !

Vit-on jamais rien de semblable?

LE NOUVEAU POURGEAUGNAG.

JULES

Eh! mon cher ami, pourquoi pas!

L'à-propos me semble admirable.

Ce mardi gras qui voit la i-'aîté fuir D'un jour d'hymen m'ollre l'emblème.

C'est encore un jour de plaisir; Mais c'est la veille du carême.

11 ne reste plus qu'à distribuer nos rôles. Si encore nous avions ici notre cher Fuict et sa digne épouse ! ce sont eux qui nous seconderaient merveilleusement. Mais ce cher pei'cepteur des contributions est à Paris {lopuis ce matin. Quel dommage ! lui qui i)asse sa \ie à faire des tours, des malicos : quelle fèlc pour lui ! Il sait pourtant la situation oii nous nous trouvons; il avait promis de nous seconder. Eh! qu'cnlends-je? le voici !

SGÈNE II.

Les préckdents ; FUTET.

FUTET.

Air : Lorsque le Champagne.

Pour fuir l'humeur noire, Jouer chaque jour Un tour; • Chanter, rire et boire^ C'est là le fait De Futet.

Nul sot ne m'échappe; Sur chacun je drape; Tous les jours j'attrape Nouvel original.

Eiifln sur la terre.

Par mon savoir-faire.

Mon année entière Est un vrai carnaval.

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