SCÈNE XL Les PRÉCÉDENTS, MAD.\5iE FUTET
MADAME FUTET.
AiR : Oli! oh! oh! ah! ah! ûh!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Qui m'enseignera L'infidèle
Qu'en vain j'appelle?
Ah! ah! ah: ahl ah! ah! ah! ah!
Ce perfide-là.
Qui donc me le rendra?
Ah! dans le siècle où nous sommes,
A quoi donc sert la vertu!
Oui, notre sexe est perdu.
Tant qu'existeront les hommes.
Oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah! ah;
Qui m'enseignera L'infidèle
Qu'en vain j'appelle 1 Oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah! ah î
Ce perfide-là, Qui donc ici me le rendra?
FUTET. Heim! joue-t-ellc son rôle!
MADAME FUTET. Est-ll Vrai quc madame de Vorseuil donne sa fille à un monsieur de Roufignac?
THÉODORE, montrant Ernest. Le voici lui-même.
MADAME FUTET. Ah! Dicu, c^ést bicH lui! c^est trop lui ! Soutenez-moi, je Vous prié.
ERNEST. Qu'est-ce qu'elle a donc?
MADAME FUTET, 5e rclcvaut. Ce que j'ai? peifide ! Tu ne me connais pas? après la promesse de mariage que tu m'as faite!
Air : Jeunes fille:!, jeunes garçons. C'est ta coupable trahison Qui seule égara ma failjlessc.
Pour toi j'ai perdu ma jeunesse.
Pour toi j'ai perdu ma raison;
J'ai perdu, quelle école!
Le sort qui m'était dû :
J'ai perdu la vertu!
ERNF.ST.
Vous n'avez pas perdu La parole.
THÉODORE. Comment, Monsieur! o?or faire la cour à ma cousine lorsque vous avez déjà...
FUTET, bas, à sa femme. C'est bien, c'est bien. {Haut.) Le fait est que si vous avez déjà...
MADAME FUTET. Parle, perfide ; oserais-tu le nier? et mon souvenir est-il banni de la mémoire, après toutes les bontés que j'ai rues pour loi?
ERNEST. En elfet. Serait-ce possible? Eh oui ! je crois reconiiaitre...
LE NOUVEAU POURGpAUGNAC.
FUTET, à part. 11 reconnaît ma femnoe! c'est charmant! est-il bête! est-il bête!
ERNEST. C'est vrai ; Madame a raison. Moi, d'abord, je ne mens jamais. Mais je vous ai si peu vue! Cette carriole était si obscure ; et puis ça ne s'est pas passé comme vous le dites.
TOUS. Comment! comment!
ERNEST. J'aime mieux tout vous raconter; (A Futet.) et c'est vous que je prends pour juge. Il y a environ six mois...
MADAME FUTET. Monsicur...
ERNEST. Oui, oui. Madame, il y a six mois; j'allais à Melun.
FLTET. A Melun!..
ERNEST. Je me trouvai tête à tête, dans une petite carriole, avec une femme charmante, dont je ne pouvais pas distinguer les traits.
FUTET. Une carriole !
ERNEST. Je reconnais maintenant que c'est Madame.
FUTET. C'est Madame !
EKNEST. Je suis trop honnête homme pour ne pas le dire tout haut. Mais je vous demande si c'est ma faute. En carriole le sentiment va si vite.
FUTET, à sa femme. Morbleu! Madame...
ERNEST. Mais je n'ai rien promis; dites-le vousmême.
FUTET. Eh bien! avais-je tort d'être jaloux ? (^ i?rnest.) Monsieur, ça ne se terminera pas ainsi.
ERNEST. Oh ! moi, je n'ai pas de rancune.
FUTET. Je vous dis. Monsieur, que ça ne peut pas se terminer ainsi; et nous verrons...
ERNEST. Est-ce qu'il voudrait revenir ù notre querelle de tout à l'heure? Eh bien! soit. Kh garde î
FUTET. 11 ne s'agit pas décela, .apprenez que Madame est mariée; qu'elle a un mari respectable.
ERNEST. C'est bien agréable pour lui!
MADAME FUTET, à Emcst. Mais, Monsieur... (^4 son mari.) Mais , mon ami...
FUTET. Fi , Madame!..
JULES, à Ernest. Cela n'empêche pas. Monsieur, que votre conduite ne soit très-immorale, très-blâmable. Croyez, mon cher Futet, que nous prenons sincèrement part à votre malheur. Mais vous serez vengé ; il n'épousera pas mademoiselle Nina. Nous allons répandre partout son aventure.
THÉODORE. Oui, je vais la raconter à tout le monde; et voici ma cousine elle-même à qui nous allons tout apprendre.