SCÈNE XX
Les PRÉCÉDENTS, TIENNE f TE,
TiENNETTE, accourant, sans voir le colonel. Monsieur les voilà! les voilai
FLTET. Qui donc?
TIENNETTE. Eli bien! les pâtissiers, les traiteurs, les glaciers, les limonadiers! que sais-je. Tout ce que ce monsieur qui est si farce a commandé pour le repas que ces messieurs doivent lui payer ce soir.
TOUS. Comment! le repas?
TIENNETTE, à Emcst. Jacqucs a remis à monsieur le colonel la lettre que vous m'aviez donnée pour lui.
LE COLONEL, à jart. Ma lettre, serait-ce celle?..
TIENNETTE. Ah, jnon Dieu! le voilà!
LE COLONEL. Ah çà ! m'cxpliqucra-t-on ce que signifie tout ceci? Qui diable ètes-vous, monsieur l'enragé, qui faites venir des pâtissiers, des traiteurs; qui m'annoncez des revues d'un général qui heureusement n'arrive pas, et qui enfin rendez muet et tranquille un régiment de démons, que j'ai l'honneur de commander?
ERNEST. Mon colonel, je suis un de ces pauvres provinciaux sur le compte desquels on cherche toujours à se divertir: dans ce moment-ci, ces messieurs s'amusaient à mes dépens.
LE COLONEL. Eh bien ! je ne m'en serais pas douté.
ERNEST. Demandez plutôt à Mademoiselle [Voyant Nina qui arrive.) qui, mi(;ux que personne, vous dira qui je suis.
NINA. Qui, moi? je craindrais trop de me tromper. C'est Tiennette seule qui vous connaît.
TIENNETTE. Point du tout. C'cst uu jcunc homme de Paris : c'est un ami de ces messieurs.
FUTET. A d'autres : c'est le diable !
ERNEST, Pas tout à fait, et puisqu'il faut vous le dire...
Air : lime faudra quitter l'empire.
Mon père et vous, d'un heureux mariage.
Aviez conçu l'espoir flatteur.
Mais j'aurai fait un long voyage
(Montrant Théodore et Nina.)
Pour assister à leur bonheur.
Oui, j'aime mieux en homme sage.
De ces messieurs pour éviter les traits, Les divertir avant le mariage
Que de les amuser après.
LE COLONEL, aiix officiers. Messieurs, une pareille plaisanterie,.,
ERNEST. Est bien permise, colonel : je suis militaire comme ces messieurs, A ce titre, s'il veulent bien me pardonner de ne point m'ètre laissé attraper, la belle Nina d'avoir voulu un instant troubler son bonheur, monsieur Futet d'avoir un peu alarmé sa jalousie, vous, colonel, d'avoir interrompu un déjeuner de corps, que le dîner de ces messieurs va remplacer, nous n'aurons rien à nous reprocher.
FUTET, Comment! la carriole de Melun?
ERNEST. Je ne vais jamais en caiTiole.
DROLicHON. Et le petit chien, pas plus haut que cela?
ERNEST. 11 court eucorc.
FUTET. Eh quoi, ma femme !..
MADAME FUTET. Pouvais-fu douter de moi? [A part, regardant Ernest.) J'étais bien sûre que ce n'était pas lui.
ERNEST. Ah! nous avons aussi à Limoges quelques plaisanteries pour les jours gras, et si ces messieurs veulent bien m'accorder leur amitié...
TOUS. Monsieur...
ERNEST. S'ils me jugent digne de m'associer à eux, nous chercherons, ensemble, quelques bons tours pour passer gaiement le carnaval.
VAUDEVILLE
Air : Que Pantin, etc.
Célébrons le carnaval.
Le <lélire
Qu'il inspire; Célébrons le carnaval :
Des pUiisirs c'est le signal.
MADAME FUTET.
Air : Un soir que, sous son ombrage.
Pauvres humains, dans la vie, Qu'on vous joue, hélasl de tours :
La fortune, la folie.
Et plus encor les amours.
En vain, d'avance on se vante
Qu'un minois se présente,
Encore un d'attrapé.
Célébrons, etc.
JULES
L'amour nous ravit les belles; Bientôt l'hymen nous les rend; Car l'hymen est auprès d'elles Notre allié le plus grand.
Chacun, dans l'espoir précoce.
D'un succès antici[)é, Peut dire à chaque noce.
Encore un d'attrapé.
Célébrons, etc.
LE NOUVEAU POURCEAUGNAG.
tiennettë.
Quand j'étais petite fille,
L's amants n' songeaient pas à moi;
J' devins un peu plus gentille :
L'un d'eux me lorgna, je croi.
Maintenant rieu ue m'échappe.
D' moi plus d'un est occupé.
A chaque grâce que j'attrape,
Encore un d'attrapé.
Célébrons, etc-.
De tout ce qui m'environne A quoi bon m'inquiéter?
Les ans que le ciel me donne, Je les prends sans compter.
Des jours qui forment ma vie.
Bien loin de m'étre occupé.
Chaque soir je m'écrie :
Encore un d'attrapé. Célébrons, etc.
FLTET.
Dès qu'on park ou qu'on dispute, Pour échauffer je suis là.
Hier, dans une dispute, Certain sot m'aposlrojiha, Mais voyez le bon apôtre, Ce couj) floiit il m'a frappé,
Il était pour un autre.
(Se frottant les maiia.)
Encore un d'attrapé.
Célébrons, etc.
NINA, au public.
A la critique on échappe Dans ces jours où tout est bien.
Si la pièce est une attrape.
Silence! n'en dites rien.
Pour que tout Paris s'avise, Comme vous, n'être attrapé
Et qu'à chacun l'on dise :
Encore un il attrapé.
Célébrons, etc.
VIM.AT LT (\'% I.MPRlMKf 1{S ET KlUTiaiRS.
ŒllfRES ( OMPLETES DE 11. EIKJE^E mWU