‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 598 sur 783 · SCENE Vil · texte numérisé non relu

SCENE Vil

Les PBÉctDENTs, KLAREMBERG, entrant par la porte du fond, à droite.

KLAREMBERG. La pcîte soit dcs étourdis!., ils vont, ils vont comme la foudre, brisant, lenversant tout sur leur passage, culbutant les paisibles voyageurs, sans s'inq'iiéter seulement du danger, du m illieur, qui... que...

ZIZIANOW. M. deKkuemberg!

KLAREMBERG. Le pr.ucc ZiziaHow !

ZIZIANOW, gaiement. Conim.nt! ce traîneau que mon kibitth a renversé aux portes du château, c'était le vôtre!

KLAREMBERG. Oui, niou priuce ! deux pieds de neige pardessus la tète !

zmx^iow, lui serrant la main. Comme onse rencontre!., un ami!., un trésorier! car vous êtes le mien! je suis votre obligé... {Aux officiers qui l'entourent.) Je vous présente M. Klaremberg,u!i riche banquier alleni aid, qui a toujours des capitaux au service de ses amis!

TOUS LES OFFICIERS, passant prés de lui et lui donnant la main. Monsieur... Monsieur, je suis le vùtre.

ZIZIANOW. Je vous croyais à Saint-Pétersbourg, près de l'empereur.

KLAREMBERG. Qui m'a fait aussi Thonuiur de me lourhor dans la main !

ZIZIANOW. Vous devez eu être lier; car cela prouve, mon cher... *

KLAREMBERG. Qu'il a besoin d'argent!

ZIZIANOW. C'est juste ! ce nouvel emprunt dont parlait la gazette de la cour, et pour lequel il vous offre les conditions les plus avantageuses : douze pour cent, je crois...

KLAREMBERG. Plus encore! et par-dessus le marché, le titre de comte, la croix de Sainl-Wladimir, et celle de Neuski...

ZIZIANOW. Vous acceptez!

KL.ÀREMBERG. J'aircfusé!

ZIZIANOW. De tels honneurs!..

KLAREMBERG. Ilsme reviendraient trop cher!., car le czar Pierre III, votre empereur, ne me paraît pas des plus solides sur son trône !

ZIZIANOW, haussant les épaules. Allons donc !

KLAREMBERG. Quc vuuliz-vous? les écus Ont un instinct naturel de conservation ([ui les avertit du danger!

ZIZIANOW, riant. Pourtant vous m'avez prêté... et plusieurs fois .. à moi!

KLAREMBERG, de même. On a des jours de bravoure... ou d'imprudence...

ZIZIANOW, riant. Vous avez de l'esprit!

KLAREMBERG. Quoiquc banquier!

ZIZIANOW. Et nous ne nous quitterons pas ainsi' Vous resterez à dîner avec nous dans ce château...

KLAREMBERG. Qui CSt à VOUS !

ZIZIANOW. Non! mais comme colonel d'un régiment qui vient tenir garnison sur la frontière. .

KLAREMBERG. Tout vous appartifut ! vous êtes les maîtres!

ZIZIANOW, .«owrianf. A peu près!

KLAREMBERG. Et les autres!., les vrais!., qui sout-ils?

LISANKA, s'avançant et faisant la révérence. Les Polovvski... dont il ne reste qu'une seule et dernière héritière, la jirincesse Polowska, ma marraine !

ZIZIANOW, avec crainte. Ah! diable! vous dites la princesse Polowska... Est-ce qi'elle est ici?

LISANKA. Non, colonel...

ZIZIANOW, de même. Est-ce qu'elle y vient souvent?

LISANKA. Hélas, non! elle n'a pas revu ce domaine depuis qu'elle m'a tenu sur les fonts de baptême... c'esl-à» ilire depuis dix-huit ans au moins!

ZIZIANOW. Cela me rassure!

KLAREMBERG. PourqUOi ?

ZIZIANOW. Connaissez-vous la princesse Polowska? KLAREMBERG Je HIC SUIS rencontré avec sa mère, une ois, à la cour, dans une occasion que jamais je n'oublierai; mais la princesse actuelle... je ne la connais pas. . zizi.\NOw. Eh bien, moi qui vous parle, j'ai dû l'épouser !

KLAREMBERG. VoUS, COlonel.'

ZIZIANOW. Oui, Messieurs. Notre auguste empereur Pierre III, qui m'honore de quelques bontés, voulait absolument me faire revenir de mon gouvernement de Novogorod pour me marier à la jeune Polowska, dame d'honneur et favorite de sa femme, l'impératrice Catherine.

KLAREMBERG. Il me Semble que c'était là un beau et riche mariage.

ZIZIANOW. Maintenant!., mais alors il y avait deux frères qui depuis, heureusement. . et bien d'autres obstacles qui subsistent toujours... D'abord la jeune princesse boitait horriblement...

KI.AREMRERG. En Vérité...

ZIZIANOW. Ce ne serait rien ! on en est quille pour ne pas danser aux bals de la cour. Miis elle ne se contente pas d'être boiteuse, elle est bossue!

KLAREMBERG, ctonné. .\h! bail!

LISANKA, qui s'est approchée de lui et à demi-voix. Eh oui... ma pauvre mairaine est comme ça... {Haussant l'épaule.) Mon père, qui a été souvent à Saint-Pétersbourg pour lui porter ses fermages, me l'a assuré...

KLAREMBERG, rappcunt SCS souveuirs. Mais en etfel. . en elFct .. je me rappelle maintenant en avoir entendu parler!., une bossue qui ne manqua ni de caractère, ni d esprit, car votre empereur, qui ne se pique guère de galanterie, lui ayant dit brutalement un soir : Eh! mais. Dieu me pardonne ! princesse Polowska, vous êtes bossue ! Elle lui répondit froidement : « Oui sire! .. mais Votre « Majesté est le premier homme qui m'en ait fait aperce- « voir!.. »

ZIZIANOW. Justement! Outre ses qualités jihysitiues, elle est railleuse et moqueuse; je savais tout cela! et prudem-

LA DAME DE PIQUE

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