‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 625 sur 783 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

IISANKA, ROSKAW, entrant par le fond.

ROSKAw, apercevant Lisanka et courant après elle. Lisanka!

LISANKA. Roskaw !

ROSKAW. Oui, moi!

LISANKA. Toi, aux eaux de Carlsbad ! toi que je croyais perdu à jamais! Pourquoi disparaître du château et des mines de Polowsk... pourquoi nous quitter'?

ROSKAW. Bien malgré moi... Ah! la princesse avait raison en disant que son secret et son anneau portaient malheur à qui les possédait !

LISANKA, haussant les épaules. Qu'est-ce que tout cela signifie?

ROSKAW. Que pendant un instant, j'ai eu dans ma main tous les trésors du monde... ces trois cartes gagnantes et cette bague dont il suffit de retourner le chaton...

LISANKA. Tu as perdu la tète!

ROSKAW. Maintenant, oui! mais alors, j'avais toute ma raison, j'en suis sur! Le soir était venu, je sortais de la mine, me demandant en moi-même comliieu je mettrais d'argent sur chaque carte... ce que je ferais des richesses que j'allais gagner... et surtout où je les cacherais... lorsqu'on traversant le bois de sapins, on s'élance sur moi, et avant que j'aie pu me défendre, ou m'avait renversé à terre, un bâillon dans la bouche, un bandeau sur les yeux.

LISANKA. Pauvre Roskaw!

ROSKAW. Ça n'est rien.

LISANKA. Maltraité... blessé peut-être!

ROSKAW. Cane serait rien, ils m'avaient pris mon anneau.

LISANKA; avec chagrin. Notre anneau de fiançailles...

ROSKAW, acec impatience. Ce ne serait...

LISANKA, vicement et avec reproche. Comment, Monsieur '(•

ROSKAW. Ce ne serait rien.... pour eux... ils avaient d'autres idées... Ils m'ont arraché... ma bague... mon talisman... sans lequel les trois cartes gagnantes deviennent inutiles... puis me roulant dans un kibitch jusqu'au deLi de la frontière... on m'a dit à l'oreille., marche devant toi. . marche!., car si jamais tu remetsles pieds en Russie, lu es mort!..

LISANKA. Ah mon Dieu! et quels étaient ces gens-là?

ROSKAW. Est-ce que je sais?

LISANKA. Des voleurs...

ROSKAW. Non .. car ils m'ont glissé dans ma poche une bourse de six cents roubles...

LISANKA. Que tu as encore?..

ROSKAW. Que j'avais... que je n'ai plus...

LISANKA. On te l'a reprise?..

ROSKAW. Oui... d'autres...

LISANKA. D'autres voleurs? .

ROSKAW. C'est possible.... Ici à Carlsbad, là-bas, un grand tapis vert... vois-tu, Lisanka, chacun met la somme qu'il veut, sur trois cartes de son choix, étalées sur la table... puis le banquier prend un autre jeu à lui!., il tire en disant : Te le carte gagne! telle carte perd... et le trois... le dix .. et la dame de pique... n'oublie pas ces trois cartes- là. . le trois .. le dix... etla dame de pique... avec elles on doit toujours gagner...

LISANKA. Tu as donc gagné?

ROSKAW, avec impatience. J'ai tout perdu! cela devait être... ne t'ai-je pas déjà dit que je n'avais plus la bague qu'il suffit de retourner pour rendre ces trois cartes toutesimissantes'i'.. Alors, ne pouvant m'enrichir ici, comme joueur... j'ai demandé à y rester comme valet.

LISANKA. Pour vivre?

ROSKAW. Oui... et pour voir jouer!.. Je suis là, tous les soirs, non pas dans les salons de bal... mais dans celui du jeu! je vois avec délice, avec rage... tout ce monde qui s'enrichit...

LISANKA. Et ceux qul se ruinent?..

ROSKAW. Je ne les vois pas.

LISANKA. Mon pauvre Roskaw! tu es fou!

ROSKAW, portant la main à son front. Tu as peut-être raison!..

PREMIER COUPLET

Le trois... le dix... et la dame de pique.

Trio fatal!., qui me poursuit!

Et que partout une main fantastique A mes yeux trace jour et nuit...

Même dans l'ombre il étincelle.

Car c'est Belzébuth qui m'appelle Et le montre avec son flambeau :

« Roskaw ! . . Roskaw !.. »

{Baissant la tète d'un air de compassion.) Satan a brouillé son cerveau :

Il est fou, le pauvre Roskaw !

Roskaw, Roskaw l Pauvre Roskaw !

DEUXIÈME COUPLET

J'entends le bruit de l'argent qui résonne!

Des monceaux d'or sont devant moi.

Puis une voix me dit : Je te les donne ! Prends-les, ces trésors sont à toi.

Regarde Lisanka.

Au fond du cœur alors s'éveille Doux souvenir qui me conseille.

Et me montre un chemin nouveau :

« Roskaw 1 Roskaw ! »

{Avec tristesse.) Ah! c'en est fait de sou cerveau!

Il est fou le pauvre Roskaw !

Roskaw ! Roskaw !

Pauvre Roskaw !

ENSE.MBLE.

Ah! c'en est fait de son cerveau f Il est fou le pauvre Roskaw !

Roskaw ! Roskaw !

Pauvre Roskaw !

{Au dehors o)i entend appeler : Roskaiv! Roskaiv!)

LA DAME DE PIQUE

LISANKA. Entends-tu?., on t'appelle!

ROSKAW. J'y vais!

LisANKA. Voissi le pavillon que l'onm'a promis est prêt.

ROSKAW. Oui, et je reviens.

LisANKA. Car ma maîtresse doit arriver à onze heures... Quelli; heure est-il?

KOSKAW, préoccupé. Dix de pique. . (5e reprenant.) non, div heures!..

VOIX, en dehors. Roskaw! Roskaw I {Il va pour sortir par le fond, aperçoit Zizianow qui entre de ee côté, il s'arrête, le regarde et s'enfuit par la droite.)

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