CONSTANTIN, LA PRINCESSE
CONSTANTIN. Parlez, Madame, pourquoi cet ordre de me rendre ici aujourd'hui, à Carlsbad?
LA PRINCESSE, soitrtant. Eh mais... pour causer de vos affaires!.. [Geste d'étonnement de Constantin.) Croyezvous donc, Monsieur, que j'abandonne ainsi mes protégés! Vous avoir délivré des mines de Polowsk ou des conseils de guerre moscovites, c'est moins que rien!
CONSTANTIN. VouS tl'OUVeZ?
LA PRINCESSE. Cela ne vous donne ni une position ni un avenir I Que comptez-vous faire?
CONSTANTIN. Ne pouvaut plus servir en Russie... m'engager dans quelque régiment étranger et m'y faire tuer!
LA PRINCESSE. J"ai mieux que cela à vous proj oser : un établissement, un mariage honorable!
CONSTANTIN. A moi !
LA PRINCESSE. Une jeunc fille de bonne maison... qui me doit tout! Daria Doigorouki, ma proche parente et mon amie intime!
CONSTANTIN. Banni de mon pays, et jusqu'à ce que j'aie recouvré l'honneur de mon père, déshonoré moi-même, je ne puis allier mon sort à celui de personne !
LA PRINCESSE. Et SI ma protégée, à qui j'ai fait votre éloge, ne s'arrêtait point à de pareilles considérations et vous acceptait sur parole?
CONSTANTIN. Gràcc, princesse, ne vous raillez pas de moi.
LA PRINCESSE. Qui songe il railler? Celle que je vous propose est riche, jeune et bien faite. [Avec un soupir.) C'est quelque chose!
RÉCITATIF
CONSTANTIN, s'incUnant.
Pardonnez-moi... mais je refuse!..
LA PRINCESSE
Sans la connaître et sans la voir !.. pourquoi?
CONSTANTIN, aprés un moment d hésitation. J'en aime une autre!
LA PRINCESSE, souriant.
Allons! mauvaise excuse!
Une défaite!
CONSTANTIN
Non!
LA PRINCESSE
Alors confiez-moi Quelle est cette personne?..
[Voyant que Constantin garde te silence.) Eh oui, nommez-la-moi?
DUO
Ne suis-je pas une sœur, une amie?
CONSTANTIN
Non !.. nul ne doit la connaître ici-bas!
LA PRINCESSE, riant.
Ah! c'est qu'alors elle n'existe pas!
CONSTANTIN, vivemcnt.
Si! par bonheur !..
LA PRINCESSE, de même.
Eh bien, je vous délie De la nommer?
CONSTANTIN
M'en défier!
LA PRINCESSE, de même.
Eh oui!
Vous le voyez, je vous en fais <.léfi !
CONSTANTIN
M'en défier!., et si cet aveu même Vous fâche contre moi?
LA PRINCESSE, de jnêmc.
Faites-en donc l'essai!
CONSTANTIN, hésitant.
Eh bien.
C'est vous!
{Avec chaleur.)
Eh bien, celle que j'aime.
LA PRINCESSE, froidement.
Ce n'est pas vrai !
CONSTANTIN, hors de lui.
Comment, ce n'est pas vrai!
ENSEMBLE
LA PRINCESSE
Eh ! qui vous oblige A de tels aveux ?
Laissez là, vous dis-je.
Transports amoureux Et galanterie
Et tendres discours!..
Je suis votre amie, Même sans amours!
CONSTANTIN
Eh ! qui donc m'oblige A de tels aveux'' Sinon le prestige Créé par vos yeux!
Fatale magie Qui dure toujours!
Amour de ma vie Et mes seuls amours!
LA PRINCESSE, riant.
Je ne peux croire à l'impossible.
Je me connais trop bien, helas!
CONSTANTIN, avcc clialeiir.
Non, non, vous ne connaissez pas L'attrait, le charme irrésistible Qui partout s'attache à vos pas !
LA PRINCESSE, de même.
11 en est pourtant de plus belles!
CONSTANTIN, de même.
Qu'on oublie h vous écouter!
Et ce que l'on éj)rouve auprès d'elles C'est de penser à vous et de vous regretter!
ENSEMBLE
LA PRINCESSE
Qui donc vous oblige A de tels aveux?
Laissez là, vous dis-,je.
Transports amoureux Et galanterie.
Et tendres discours!
Je suis votre amie Même sans amours!
CONSTANTIN
Kh ! qui donc m'oblige A de tels avLU.v';' Sinon le prestige Créé par vos yeux !
Falale magie Qui dure toujours!
Amour de ma vie Et mes seuls amours!
CONSTANTIN, auec chaleur.
Quoi! vous ne croyez pas à vous, à vos mérites? A mon amour?
LA PRINCESSE
Ah! je désirerais Y croire... car tout ce que vous me dites. J'en conviens, me fait plaisir !
{Secouant la tête.) Mais...
CONSTANTIN
Quel témoignage? quelle preuve Vous faut-il donc?
LA PRINCESSE
Des preuves?... J'en voudrais Une seule!... très-simple et qui n'est pas bien neuve! Mais si je vous la dis. . ces feux exagérés S'apaiseront bien vite... et vous rcfuser-'z!
CONSTANTIN, vilement.
Cette preuve... parlez!... achevez, je vous prie!
LA PRINCESSE
C'est de m'épouser!
CONSTANTIN, poussant un cri de joie.
Moi: ...
(Prêt à se jeter à ses pieds.) Quel bonheur!
{Il s'arrête et s'écrie avec désespoir.)
' Non... non... non...
Je ne le puis! et vous aviez raison!
Vous, grande dame, et moi sans fortune et sans nom.,
Ils croiraient tous... ô nouvelle infamie! Ils me l'ont dit, du moins, et le diraient encor, Que je ne vous épouse, ici, que pour votre or!
ENSEMBLE
CONSTANTIN, hors de lui.
Oui, le ciel en fureur S'oppose il mou bonheur!
C'est moi-même, ô destin!
Qui refuse sa main!
Le devoir et l'honneur
^las! brisent mon coeur; H'sortijui me poursuit M'a proscrit et maudit!
LA PRINCESSE
Voilà donc celte ardeur Qui brûlait votre cipur!
Quand je vous offre en vain Ma fortune et mi main!
Pourquoi, plein dt; fureur.
Maudire le bonheur Qui brille, vous sourit Et pour jamais s'enfuit!
LA PRINCESSE
Je l'avais bien prédit! j'étiiis sûre, eu moi-même. Que vous refuseriez ..
CONSTANTIN, éperdu.
Parce que je vous aime!
ENSEMBLE
CONSTANTIN
Oui, le ciel en fureur S'oppose à mou bonheur!
C'est moi-même, ô destin!
Qui refuse sa main!
Le devoir et l'honneur Hélas! brisent mon creur; Le sort qui me poursuit M'a proscrit et maudit!
LA PRINCESSE
Voilà doue cette ardeur Qui brûlait votre cœur!
Quand je vous offre en vain Ma fortune et ma main !
Pourquoi, plein de fureur, Maudire le bonheur Qui brille, vous sourit Et pour jamais s'enfuit!