SCENE
RICHELIEU, LE M.\RÉCH.\L.
LE MARÉCHAL. Eh bien! mon ami, j'ai renvoyé tout le
monde, et je suis à toi. Mais je crains qu'on ne nous dérange; ma nièce peut revenir.
RICHELIEU. Tant mieux, sa présence ne nous sera pas inutile.
LE MARÉCHAL. Voyons doHC quelle est cette importante affaire pour laquelle il fallait à l'instant t'accorder un entretien.
RICHELIEU. Mon ami, je vais bien vous surprendre. Je suis amoureux.
LE MARECHAL. Cela ne me surprend pas du tout.
RICHELIEU. Très-amoureux. J'en perds la raison ; il faut absolument me guérir, et pour cela je me marie.
LE MARECHAL. C'est toi qui songes à te marier, mon ami ; si j'étais Richelieu, je ne me marierais pas.
RICHELIEU. Bah ! vous autres sages, vous réfléchissez trop; et à moins de se marier sans réfle.xion, on risque de ne jamais épouser. Ma future est charmante, c'est une veuve, elle est sage, vertueu-e; vous la connaissez beaucoup, et elle vous aime.
LE MARECHAL. Elle m'aime, dis-tu?
RiCHi-LiEU. Autant (ju'une nièce peut aimer un oncle.
LE MARECHAL, eVo^ne. Comment! c'est Julie! et tu me fais ton confident? Je te remercie; je ne croyais pas que ton usage fût de demander le consentement des parents.
RICHELIEU. Pouvais-je mieux choisir?
LE MARECHAL. Nou, et j'en s'tiis enchanté. Cependant ton choix m'étonne. Julie est un peu prude, et tes aventures ont fait tant de bruit dans le monde... Enfin, pui.sque tout est arrangé entre vous...
RICHELIEU. Ah! sans doute, tout est arrangé; il n'y a qu'une difficulté.
LE MARECHAL. Laquelle?
RICHELIEU. .Si je vous le dis, vous ne me croirez pas.
LE MARECHAL. DiS tOUJOUES.
RICHELIEU. Non, VOUS dis-je, vous ne voudrez pas me croire; mais madame de Guise n'a pas pour moi... Tenez, tranchons le mot : je suis à peu près certain qu'elle ne m'aime pas du tout. Vous m'avouerez que c'est jouer de malheur! Il n'y a peut-être dans Paris qu'une femme qui n'aime pas les mauvais sujets, et c'est celle-là dont je tombe amoureux, et vraiment amoureux; car je ris, je plaisante, mais je suis désespéré; et pour un rien je me ferais sauter la cervelle.
LE MARECHAL. Oh! je crois quc tu peux trouver quelque moyen moinssentimental.Danstousles cas,comptesur moi.
RICHELIEU. Quelle reconnaissance!
LE MARECHAL. Ce mariage réunit ce que j'aide plus cher. N'es-tu pas mon ami, mon fils? et ne te souvient-il plus de Fontenoi? Je crois te voir encore m'arra?her du milieu de la colonne anglaise; et morbleu : il y faisait chaud. Mon ami, si je te dus la vie, la France te dut le gain de la bataille, et ce sera la plus belle page de ton histoire.
AIR
Ces fiers gueniers de l'Angleterre, Devant nous je les ai v;,s fuir; Et leur sang a rougi la terre
Qu'ils voulaient asservir.
Déjà leur phalange altièru S'avance en bataillons épais; Déjà la trompette guerrière Proclame leur prochain succès.
Lorsqu'un héros raiène l'espéranCB Parmi nos escadrons épars.
Et la victoire qui balance D'Albion fuit les étendards.
Honneur ,i ce guerrier favori de Bellonc ! Dans nos r.mgs il est apparu ; Sur le centre de l.i colonne
A SI vo X l'arain tonne.
Et l'Anglais Cit vaincu.
Pardon, mais quand j'en [larle, je crois encore y être. La vieillesse vit de souvenirs.
RICHELIEU. Et la jeunesse d'espérances. Mais, moi, je n'en ai guère; car, s'il faut vous le dire, hier au soir nous nous sommes presque brouillés; j'étais fort piqué.
LE MARECHAL. Je VOUS raccommode. Que lui as-tu dit?
RICHELIEU. Je lui ai fait entendre qu'elle était très-coquette.
LE MARÉCHAL. Je VOUS réioiicilie.
RICHELIEU. Qu'elle n'était pas belle.
LE MARÉCHAL. Je HO m'en mêle plus. Fais comme tu l'entendras, car la voici.
LA CHAMBRE A COUCHER