LE MARÉCHAL, RICHELIEU
LE MARECHAL. J'ai VU rentrer Julie; elle était bien émue. Je n'ai pas osé l'interrogei'.
RICHELIEU, en confidence. Elle vient de me faire une déclaration.
LE MARECHAL. Comment! une déclaratiou d'amour?
RICHELIEU. Non, de guerre. Elle me liait, mj déteste, et me détend de reparaître devant ses yeux.
LE MARECHAL, étonné. Ah! lu as obtenu tout cela?
RICHELIEU. Ce n'est pas tout; elle est dans une colère épouvantable
LE MARECHAL. Tant pis.
RICHELIEU. Tant mieux. Je crains moins la haine d'une femme que son indifférence.
LE MARECHAL. Mais qu'as-tu fait pour irriter ainsi Julie contre to.?
RICHELIEU, froidement. Presque rien. C'est une gag. uie que je lui proposais. J'ai [larie avec elle que demain elle m'aimerait, m'adorerait, et m'épouserait.
LE MARECHAL. Elle en a ri.
RICHELIEU. Elle s'est fàchéc, parce qu'elle a bien vu que je gagnerais, et que c'était peu délicat à moi de parier à coup sûr; je me suis fâché au.ssi, et nous nous sommes séparés.
LE MARECHAL. Et la gageuie tient-elle?
RICHELIEU. Plus que jamais. Et je vous en avertis pour que vous ayez soin de tout préparer pour demain. Mon cher oncle, tous ces apprêts de noces, les billets de paît, IjS publications, que .sais-je'' tout cela vous leg.irde : je vous connais; et grâce à vos soins, vous aurez tous les embarras du mariage; nous n'en aurons que les plaisirs.
LE MARECHAL. Mais, mou cher ami, lu es fou.
RICHELIEU, vivement. Oui, je suis fou de juie, de bonheur. Ce soir l'aveu, demain le contrat ; vous y signez, vous nous donnez îa moitié de votre fortune.
LE MARECHAL. Comment! comment!
RICHELIEU, foi/jOMrs très-vivcment . Eh! sans doute, vous avez cinquante aiis; supposez que vous alliez jusqu'à cent, vous voilà à la moitié de votre carrière; vous n'avez [ilus besoin que de la moitié de votre bien
LE MARECHAL. Mais peniicts...
RICHELIEU. Quoi! je vous donne jusqu'à cent, et vous n'êtes pas content! Ah çà! vous danserez à la noce?
LE MARECHAL. Mais, écoutc-moi donc!
RICHELIEU. Etes-vous fàché de danser?
LE MARECHAL. Au Contraire, mon ami; mais avant d'être de la noce, veux-tu me pei'inettre d'être de la gageure? Mille louis que tu ne réussis |ias
RICHELIEU. Je les tiens. Mais c'est ]ieu que la vlcloiie soit décisive, il faut (ju'elle soit prompte, et je ne vous demande qu'une deini-lieure.
LE MARECHAL. Qu'une (leini-heure! et iiarqml moyen?
RICHELIEU. Il est iieut-ètie un peu extraorrliuaiie; ma s soyez sûr (pi'il est conforme à l'honneur, sinon Riclielieu ne l'emploierait pas.
LE MARECHAL. Je tlcnicure siupéfail. Ali çi! répète-moi donc un peu. . Comment! aujourd'hui même, malgré sa colère!..
LA GHAMIJRE A COUCHEH.
RiCHELiEC. Elle m'aimera ; et dans une dem -heure vous en aurez la preuve.
LK MARECHAL. Eli! quelle prouve encore?
BiciiELiEi". Parbleu! toutes celles que vous voudrez. Voukz-vous qu'ici même elle m'accorde un baiser?
LE MAEÉCHAL. Un baiscr!
RICHELIEU. Eh! pourquoi pas? à un époux... Et puis vous serez là.
LE MARECHAL. Commcnt, je serai là!
RiCHELiEii. Sans cela, pouvez-vous croire que je uie permellrais... Il faut que tout se passe sous vos yeux; est-ce qu'un mariage peut se faire sans témoin? {La pendule sonne minuit.)
DUO
niCBELIEU.
Regardez bien, roili minuit.
(// lui montre la pendule.) Lorsque sonnera la demie, Dans ce lieu rendez-Tji:s sans bruit.
LE MlRÉCIllL.
Allons, c'est une T'illene,
KiCBELiEU, frotdtment, : Vous le terrei.
LS MinÉCBlL.
Je le verrai.
RICHELIEU, gaiement.
Vous 'e verrez, je ^Mgnerai.
Tuiii cède i mon empire ; ('o.iiijie l'é.-ar je iiourrai dire :
Je suis venu, J'ai vu, j'ai vaincu.
LE UinÉCQÀL.
Mais son sang-Truid finit par me coiifDMdre. Ici... dans c l apparl ■ment !..
IiICQELIBD.
Vous vous rendrez secrèleuienl.
LE .UtnÉCHAL.
Ma foi, je ne sais que rê|iondre.
Monsieur le c 'nquéranl, Recevez mon roiii|iiimcnt.
RICIIELIâD,
Tout cède à mon empire, etc.
LE MIRBCBAL.
Puis-je conGer à ma nièce Qu'à son pari je m'inléresse?
RICUELIZU.
Eh non, que tout reste entre mus :
Cachons-lui note intelligence, Une pareille confidence .\ccroîtrait encorson courroux.
LE IORÉCBÀL.
.Mais puis-je au moins passer < li>'7 elle F.t lui souhaiter le bonsoir?
RICBELIED.
M.iis surtout, à nos luis fidèle, Ne lui laissez rien entrevoir; F.t quand vous aurez dit bonsoir, Vous gagnerez votre demeure.
LE MARÉCBàL.
Je regagnerai ma demeure.,,
RICUELIED.
Et puis, dans une demi-heure.,,
LE MAHÉCBAL.
Et puis, dans une deiui-heure...
RICBBLIEU.
Ici, dans cet appartement... LE MARbCBÀL.
Ici dms cet appartement. „