‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 66 sur 783 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

HERMIiNlE, RAYMOND, LUCIEN.

HERMiNiE. C->mment, Monsieur, vous ne iléjcunez pas avec nous?..

RAYMOND, avec son chapeau et ses gants. Non vraiment !.. le vicomte de Saint-André a trahi, hier soir, mon incoijnito, et il faut que j'aille ce malin, avec le sous-préfet et les no-

tables de la ville, à trois lieues d'ici, poser la première pierre d'un phiire qui doit éclairer la côte... Impossible di> me soustraire à cet honneur, qui va me valoir quelques quolibets... N'est-ce pas, Lucien?., vousallez dire, vous autrt^>, que le ministère a beau établir des phares, il n'y voit pas plus clair pour cela...

LUCIEN. Mon ami, j'aurais voulu te parler...

RAYMOND. Est-ce à ce sujet?..

LUCIEN. Non, pour autre chose...

RAYMOND. Impossible, en ce moment... ces messieurs vont venir me prendre en voiture... si même ils ne m'aitciid.'.it déjà... mais je reviendrai pour dîner... un grand dirier, où j'aurai l'clite de la population... les titres sont connus... il faut en accepter les charg.'S... Mais ce suir... puur nous dédommager, [Frappant en riant sur l'épaule de Lucien.) le contrat que nous signerons...

LUCIEN. C'est justement à propos de cela... que je voudrais te faire part... d'une inquiétude... que j'ai.

nwMOND. Je devine... ta corbeilh: qui n'arrivc' pas... S :)is tranquille, tout était commandé avant mon déparf, et choisi avec un goût... Ce n'est pas moi qui m'ensuis chargé... c'est ma sœur... qui a présidé à tout cela!

LAGNY. — Imprimerie de VULIT et Cie. ~ Wo 3 —

LA CALOMNIE

LUCIEN. Quoi! c'est iiiudain(j({ui a eu cette romplaisami-?.. RAYMOND. Elle en a clé ravie ! les femmes aiment toutes ;ï se mêler des corbeilles de noce... [A sa srrur.) Et quand celle-là arrivera-t-elle?

HEfîMiME. Aujourd'luii, je le suppose; du moins on me l'a formellement promis... le premier magasin de Paris!..

RAYMOND. Ce n'est pas une raison d'exactitude... au contraire!.. N'importe... j'aime à y croire... cttantôl nous jouirons de l'eflet...

LUCIEN, à demi-voix. Oui., mais comme je te le flisais... je désirerais te parler?..

HEnMiNiE, faisant la révérence. Je vous demande bien pardon, Monsieur, j'étais arrivée avant vous.

RAYMOND. Quoi !.. mèmc en famille, on se dispute chez moi les audiences... Parlez vite... les dames d'abord,,, c'est de droit... (Lucien va s'asseoir sur un des fauteuils.)

HERMINIE. Deux mots sufliront... Je vois avec peine, Monsieur, rpie vous ne me rendez jamais justice...

RAYMOND. Si vraiment... j'ai pu te reprocher de l'étourderie, de la frivolité... jamaisd*» tort.s sérieux !.. etsi ch:ique jour ils m'attaquent dans mon honneur... ils ont du moins respecté le tien!.. C'est une joie et une consolation réservées à notre vieux père, ([ui n'en a plus d'autres...

HERMiME. Eh bien! Monsieur, s'il en est ainsi... vous savez ce que je vous ai dit hier?..

RAYMOND. Tu ui'as dit tant de choses., , HERMINIE. Pour cette nomination... dont j'ai promis de vous parler sans cesse, iptoi qu'il m'en coûte...

RAYMOND. Ça ne te coulera plus rien, tu n'auras plus cette peine... notre nouveau coUègui! est nommé... HERMINIE, avec joie, \\ serait vrai?..

RAYMOND. Et ce u'cst pfts toi» uiari... HERMINIE, avec colère. .\li! c'est une trahison !.. LUCIEN, avec étonnement et se levant. Comment!., il était sur les rangs?..

RAYMOND.Tul'entcuds!.. voilà Lucien... voilà nos amis (Uixnièmesqiii haïssent les éjwuiles à l'idée .seule d'une pareille prétenlion... et si j'avais pu i'accueillir un instant, ils s'y seraient opposés.

i.vciEy, avec chaleur . Oui, vraiment... pour ton homieur... RAYMOND. Je ne le leur fais pas dire... HERMINIE, à Lucien. Et moi, Monsieur, je me raintellerai ce mot-là...

RAYMOND, se rctoumant vors Lucien. A toi, iminte/iant... parle...

LUCIEN. Pas devant ta sœur...

HEBMiME. Je compri'nd.s... cncoiv quelque perfidie... quelque complut contre moi...

SGÈXl- IlL HERMINIE, RAYMOND, LUCIEN, BEIXEAU.

BELLEAU, entrant el s'adrcssant a liaymonil. .M. le .soupréfet... et toutes les autorités sont en bas, dans une c.ilèchc.Les voilà (|ui descendent et demaiulenl M. le ministre.

HAY.HONi». Je cours au-devant d'eux,.. (.1 Lucien qui veut le retenir.) Mon eh r ami, à mon retour, nous causerons... il ne faut jamais qu'un ministre se fasse attendre... ça donne le temps de dire du mal de lui...

hF.iiEKv, naïvement. Oli non! monsieur le ministre... ils n'oseraient pas... car eij arrivant, j'ai euteiilu M. le sousprefet qui disait aux autres : Taisez-vous donc, il est ici!..

RAYMOND, riant, à Lucien. A merveille!., ils avaient déjà

ciminencé... (A Bll-an.) Passe devant... dis-leur rpie je vais avoir l'avantage [Rn riant.) de les interrompre!.. (// sort par le fond.)

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