‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 678 sur 783 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE COMTE, assis sur le canapé à gauctte, BOU VAFU), debout près de lui.

BOUVARD. Oui, monsieur le comte, l'elfet en est prodigieux, sympathique! J'en sais moi-même encore ému, attendri... Je l'ai raconté partout les larmes aux yeux!., aussi c'est un succès d'intérêt, un suces de femmes !

LE COMTE. En vérité !

BOUVARD. On ne parle dans tous les salons... daus tous les boudoirs, que de Votre action si belle et si louchante .. de votre désintéressement héroïque, d'autant plus étonnant que le siècle n'eifa pas l'habilude... et l'on se passionne de nos jours pour tout ce qui est bizarre et extraordinaire!

LE COMTE, se levant. Dis i)lutôt tout naturel... Je n'ai pris conseil que de mou àme... J'ai oLéi... à la voix de la conscience... à l'élan de mon cœur!

BOUVARD. Ah! monsieur le comte!

LE COMTE, à demi-voix, et changeant de ton. H faudra cependant veiller à ce que la pr^ sse en murmure quelques mots... dos initiales d'ab:)!d... On attribue à monsieur le comte trois étoiles... et puis demain... le

nom en toutes lettres... indiscrétion contre laquelle tious réclamerons.

EouvABD, souriant. Soyez tranquille... Est-ce que je n'étais l'as là! C'est déjà fait.

LE COMTE, vivement. Tu as été modéré, au moins.

BûLTARD. La modération du libraire-éditeur qui soigne son poète... un petit article plein de sentiment... on va m'en apporter une épreuve que je vous soumettrai. M.idemoiselle Desgaudets ases journaux... nous aurons les nôtres... et elle aura beau faire, vous serez ambassadeur... vous serez de l'Académie.

LE COMTE. Tu penses donc que j'y ai quelques droits?

BOL"VABD. Vous en avez même au prix Monthyon... car ou est pour vous au paroxysme de l'enthousiasme... Nous ne trouverons jamais de moment plus favorable... pour la vente, aussi je viens de lancer notre second vulume...

LE COMTE. Quoi, vraiment!

BouvARb. Je l'ai lancé! et je vous en apporte un exemplaire siir télin , avec des gravures, des vignettes, etc. Nous imprimons demain que vingt mille exemplaires ont été enlevés dans la journée, et j'annonce la sccon II! édition [lour après-demain... eile est prête!

LE COMTE. Très-bien!

BOUVARD. C'est notre tome trois, dont il faudrait s'occuper maintenant.

LE COMTE. J'y songerai... Quel dommage que ce général de Saiut-Avuld n'ait laissé que deux volumes de Mémoires...

BOUVARD. S'arrêter à ce combat de laMahoura, si pathétique... si intéres.saut !

LÉ COMTE. Tu es bien sûr qu'il n'y avait pas un troisième volume?

BOUVARD. Parbîeu! je l'aurais vendu à monsieur le comte comme les deux premiers... vingt mille francs!., cela en valait la peine!.. Enfin je verrai... Je vous chercherai d'autres Mémoires secrets et inédits... il y en a partout... {A demi-voix.) Monsieur le comté ne veut pas ceux de mademoiselle Corinne Desgaudets... elle me j.ropose de les acheter. Mémoires posthumes, à la condition dinventer quelques moyens pour qu'ils paraissent, malgré elle, de son vi\a!it!

LE COMTE. Corinne!.. Eh! non vraiment... c'est déjà trop de lavoir aujourd'hui à dîner.

BOUVARD. Elle vient chez vous?

LE COMTE. Il le faut bien!.. Jai s:on pèi'e qui est le subrogé tuteur de ma prétendue, et c'est si gênant d'avoir pour témoins de son bonheur... des amis qui n'en Sont |ias.

u> DOMESTIQUE, annonçant. Monsieur et tnademoiselle Desgaudeis !

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