SCÈNE X
Les PRÉCÉDE^TS, CORINNE et .VLBERT, entrant par la
porte du fond, puis BOL'V.\RD derrière eux.
CORINNE, bas, à Albert qui lui donne la main. Allons! n'allez-vous pas vous effrayer... parce que 1 • notaire est là. Rassurez-vous? cela ne prouve rien encore.
DESGALDETS, à SU fdlc. Qu'est-cc dune?
CORINNE. Monsieur le notaire.
DESGALDETS, vivemcid et comme se rappelant. C'est vrai ! . .
LE COMTE. Le notaire !.. (^1 part.) à mon tour I
DESGALDETS. C"est l'heurc OÙ nous l'avions prié de venir; mais en ce moment...
COUINNE ET ALBERT, aVrCJOÎe. 0 cicl !
DESGALDETS, regardant A nton ia et le comte . Je pense . . . que sa présence serait inutile.
LE co.MTE. Et pourquoi donc?., veuillez, niou cher Bouvard, le prier d'entrer!
DESGALDETS. Comment?
ANiONiA, d'un air gracieux. C'est juste! pour lui faire nus excuses de l'avoir dérangé. {S'appruchant du comte.) Je comprends, monsieur le c mie, qu'après un tel désastre... il est impossible de donner suite à nos projets d'union...
CORINNE, (/ Albert. Que dit-elle?..
ANToNiA. Et riionneur même me tait un devoir de vous rendre votre parole.
ALBERT, bas, à Corinne. 0 bonheur ! {^Pendant les phrases précédentes Bouvard est rentré avec le notaire.)
LE COMTE, passant au mdieu du théâtre. .Messieurs, un évéïK ment imprévu, un malheur de famille, dont les détails seraient superflus et sur !■ (juel je gai"de le silence, un malheur, dis-je, vient de fia|iper ma belle et noble fiancée... J'apprends par .M. Desgaudets, le subrogé tiitt'ur, que sa pupille vient de perdre une partie de sa for. une...
coRRiNNE. bas, à son père, avec joie. Ruinée!., bravo; Autonia vous avait raconté mon plan...
DESGALDETS, de mcmc. Mais ilu tout...
CORINNE, de même. Alors, c'est donc de vous-même!
DESGALDETS, étonné. (Juoi donc?
coiuNNE, avec approbation, et lui faisant signe de se taire. C'est bien ! c'est très bien!
LE COMTE, qui a toujours observé du coin de l'œil le père et la fille, se dit à paît. Us s'entendaient' [A voix haute et avec noblesse.) Messieui"S... je demande qu'aujourd'hui, à l'in-lant même, on signe le contrat.
TOI s. Est-il po.^sible ! i fendant ce temps des dômes-
LE PUFF
tfiqUes ont apporté la tal)le au mûieu du théâtre et derrière les acteurs.)
LE COMTE, se retournant vers le notaire et lui montrant la table. Monsieur le notaire, mettez-vous là, de grâce! il me tarde de prouver à ceUx qui pourraient mal me juger [Regardant Corinne.} que, pour moi, les richesses ne sont rien et que la foi jurée est tout.
BOUVARD, criant. C'est admirable!., c'est du dernier beau ! [A Corinne.) n'est-ce pas... chez cet homme-là... toutes les grandes pensées viennent du cœur!
C0Ri>>E, à part. C'est à confondre !
BOUVARD. Demain, tout Paris le saura!
ALBERT. Ahl pour moi plus d'espoir!,. Regardant le comte.) Mais... c'est bien... c'est le trait d'un gjlant homme... .1 Desgaudets.) Et vous. Monsieur, qui ne croyez à rien...
DESG.xuDEts, ù demi voix. Je n'y crois [)a5 encore, quoique j'aie vu et entendu... et je ne sais pourquoi... j'ai idée qu'il ne signera pas.
ALBERT, montrant à Desgaudets le comte qui Vient de signer et qui présente la plume à Antonia. Tenez... qu'en dites-vous?..
DESG.UDETS, avec impatience. Je dis... je dis... 'Regardant sa fille et le comte.) que je n'y puis rien comprendre, mais que nous sommes tous ici, sous l't nipire d'un pUfT immense, mai? certain!., un putT...
CORINNE Par-devant notaire! {Antonia, qui a pris la plume en tremblant, hésite un instant, puis signe. En ce moment, Corinne, à moitié suffoquée, tombe dans un fauteuil; Albert cache sa télé dans ses mains, le comte se frotte les siennes; Desgaudets les observe tous avec défiance; Bouvard lève les mains au ciel en signe d'admiration — La toile tombe.)
FtK DtJ TBOISIÈME ACTE.