SCÈNE Ilï
Les précédents , tuujotirs à table ; MARCEL, paraissant à la port': du fond.
COiSÉ.
Quelle étrange figure ici vois-ic apparaître?
RAOUL
C'est un vieux serviteur, Messieurs, il m'a vu naître.
MARCEL, s'adressant a un des convives.
Sir Raoul de Nangis?
[On le lui montre.)
En croirai-je mes yeux !
Près de nos ennemis et buvant avec eux ?
[S'approchant de Raoul et à voix basse.) 0 mon maître!., niuii maître!
Dieu nous dit : « De l'impie évite le festin ! »
TOUS, riant.
C'est un saint d'Israël !
MARCEL
Dans le camp plnlistin !
RAOUL
Pardon, Messieurs, cnti-e un glaive et la Bible Mon aïeul l'éleva, ne jurant que Luther, Dans l'horreur de l'amour, du pape et de l enfer; Cœur fidèle, mais inflexible.
Diamant brut incrusté dans le fer!
(.4 Marcel qui veut parler.) Viens!., sers-nous et tais-toi!
[Plus sévèrement.)
Tais-toi!., s'il est possible! | MARCEL , se retirant à gauche à l'écart. \
[A part.) i
Moi, j'obéis!.. A peine, hélas! m'entendcail-il!
[Le regardant de loin.) Comment, sans lui parler, l'arracher au péril? DE NEVERS, à l/i table.
Amis, buvons à nos maîtresses, i
Buvons à leurs vives tendresses! I
MARCEL, à part.
Pour le Sauver, viens, ô div.n Luther, .Mêler ta voix tonnante à ces chants de l'enfer ! (,1 gauche, à haute voix' et priant.)
CORAL (t).
Seigneur! rempart et seul soutien
Du fadjle qui t'adore.
Jamais dans ses maux un chrétien j
Vainement ne t implore!
[Raoul, qui tenait son verrelevé, s'arrête et le pose sur la i table.) DE NEVEiîS, a Raoul.
Eh bien! buvez-vous?..
RAOUL
Non!
DE NEVERS, montrant Marcel en ria)it.
Quelle est, mon cher Raoul, cette sombre chanson?
RAOUL
Un cantique pieux, dont notre foi s'honore! C'est celui que Luther lit i)our nous protéger; Nos frères le chaulaient au moment du danger !
MARCEL, continuant le cantique.
L'éternel tentateur
S'arme aujourd'hui. Seigneur,
De ruse et de fureur :
Viens nous sauver encore !
cessé, se levant et regardant Marcel attentivement. Bravo!., plus je le vois, plus son air me rappelle Un soldat qui naguèir, aux murs do La rtochelle...
MARCEL
Vous mi; recounaissez ?
COSSÉ
Uni, vrai Dieu, je le croiî
(I) Le chant <Io rc coial est lo inèine que celui coinposé par Lut lier, ctqtK' 1.1 tiiUliUou a coiisjrvi; en Allemagne.
LES HUGUENOTS
Cette large blessure...
MARCEL, avec fierté.
Elle venait de moi !
RAOUL
0 ciel !
cossK, riant.
C'était de bonne guerre!
Poi.ir le le {)r(iiiYer... tiens... vide avec moi ce verre!
MARCEL, refusant.
Je ne bois pas!..
cossÉ , riant.
Avec Lin soldat de l'enfer.
RAOUL
E\cusez-le, Messiciii's.
UE KEVERS.
S'il ne boit pas, qu'il chante! RAOUL, voulant s'y opposer.
Eh! mais...
TOUS
il t'iiui fjne son maître v consente!
I! le faut!
MARCEL, passant au milieu d'eux.
Volontiers! je vais vous dire un air... Que nous chiuitions au bruit des tambours, des cym- Accompagué du pif, paf, pif, des balles! [baies,
Air huguenot.
PREMIER COUPLET
A bas les couvents maudits!
Les moines à terre !
A bas leurs riches habits !
Au feu leui' bréviaire!
Au feu leurs splendides murs,
Uepaircs impurs!
Les fiapistes ! terrassons les.
Frappons-les!
Qu'ils pleurent!
Qu'ils meurent!
Mais grâce... jamais!
DiJXIÉME COUPLET.
Jamais mon bras ne tit mbla Aux plaintes des femmes!
Malheur à ces Dalila
Qui perdent les âmes !
Brisons au tranchant du fer
Ces pièges d'enter!
Ces beaux dcmons, chassez-le^,
Frappez-les !
Qu'ds pleurent 1
Qu'ils meurent!
Mais eràce... jamais!