‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 761 sur 783 · SCÈNE It · texte numérisé non relu

SCÈNE It

Les précédents; RAOUL, se précipitant au milieu de la salle du bal.

RAOUL

Aux armes, mes amis!" on immole nos frères!

L'autre bord de la Seine est inondé de sang ! De^ assassins gagés les hordes memirii res

Seront ici dans un instant !

CHOEUR, entourant Raoul ou formant en désordre différents groupes et se parlant entre eu.v.

Non, non, c'est impossible; Non, nm, je ne puis croire à ce crime odieux, A cette ù'ahison horrible!..

RAOUL

Vainement ma raison veut démentir mes yeu\.

A la lueur de leurs torches funèbres

J'ai vu courir des soldats forcenés !

Ils s'écriaient au milieu des ténèbre^:

« Frappez! frappez! Dieu les a condamnés! »

J'ai vu tomber des guerriers sans défense.

De notre chef iasile est assailli,

Et leurs poignards altérés de vengeance

De raille coups ont percé Coligiiv !

CIIOELR.

0 forfait inouï! ,

RAOLL.

Ce noble front que la vic'.oire huitore, Ils n'ostiieiit sans pâlir le contempler vivant, El mort — ils l'insultaient!

{.Montrant son habit ensanglanté.'}

Amis, voilà son sang!

Miintenaiit doutez-vous encore?

{.Avec douleur et indignation.) Et ce .'^ont des Français! et ce sont des chrétiens Qui du trôu'- et du ciel se dirent les soutiens! Errant et Curieiiv, maudissant leur supplice. Des hommes el du ciel invo::juant la justice, Au Louvi'e je courais, à travers le danger, Implorer le roi Charlel.. 0 forfait!, anathème!.. Du haut de son balcon j'ai vu le roi lui-même Immoler ses sujels, qu'il devait protéger.

Partout le meurtre et l''iiicendie!

Partout lies prêtres en furie

Du ciel proclament le courroux!

Et la jeune fille en prière.

L'enfant sur le sein de sa mère,

Rien, hélas! n'échappe à leurs con|ts!

Veri'ons-nous couler sans défense

Ce sang qui demande vengeance?..

Il l'attend! il l'aura de nous!

{.ivec le chœur.)

Aux armes! à la vengeance!

Courons tous à la défense

Des martyrs et des héros!

Oui, rendons guerres pour guerres;

Vengeons la mort de nos frères

Dans, le sang de leurs bourre.uix!

RAOl L.

Courons au Louvre, ou Charles nous délie De nos serments, de notre foi!

Lui-même en nous frappant brisa .son sceptre inipie; Chef de nos meurtriers, il n'est plus notre roi!

CHOrXR.

Aux armes! à la vengeance!

Courons toiLs à la défense

Des martyrs et des héros!

Oui, rendons guerres pour guerres;

Vengeons la mort de nos frères

Dans le sang de leurs bourreaux!

[Les femmes, pâles d'effroi, .s'enfuient suivies de leurs pages et écuyers; les hommes tirent leurs épées el sortent tous en désordre par toutes les portes du salon. — Ij' théâtfe change. — Un cloître. — Au fimd un temple protestant dont on voit tes vdrau.v. A gauche une petde porte qui conduit dans l'intérieur du temple. A droit" une grille qui donne sur itn carrefour. Dis femmes huguenotes conduisant et portant leurs enfants travei'serd la scène en fuyant. Marcel, bli'sséj au m dieu des femmes et des enfants

LES HUGUENOTS

qui se pressent autour de lui, leur indique de la main la porte du temple.)

MARCEL

Là!., là... dans notre temple!., au i)ifcl du saint autel,

Nous mourrons tous en priant TEternel!

[L"s femmes et les enfants se réfuijienl dans le temple

qui est à gauche. Marcel tombe à f/enoux et prie.)

RAOUL, entrant par la grille à droite.

CVst toi, mon vieux Marcel, que j'ai cru reconnaître !

MARCEL, se relevant.

Ah ! je priais pour vous! Je vous revois, mon maître.

Llloigne toi... Pourquoi t'exposer à leurs coups?

MARCEL

xMaiIre .. c'est mon devoir de mourir près de vous.

RAOUL, le regardant.

Blessé! blessé!

MARCEL, avec résignation.

Qu'importe, en ce moment terni)le!

RAOUL

Je vengerai ton sang!

MARCEL

Hélas ! c'est impossible.

Mon maître, ilfaut mourir! les soldats, les bourreaux, Cernent de toutes paris un reste (]•■ lieros. DaiLS ce temple encor libre, lulasl dernier asile Des femmes, des enfants la fi/ule en pleurs s'exile. Pour mourir saintement! — Venez... pour tout effort, Il ne nous reste plus qu'à partager leur sort!

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