SCÈNE It
Les précédents; RAOUL, se précipitant au milieu de la salle du bal.
RAOUL
Aux armes, mes amis!" on immole nos frères!
L'autre bord de la Seine est inondé de sang ! De^ assassins gagés les hordes memirii res
Seront ici dans un instant !
CHOEUR, entourant Raoul ou formant en désordre différents groupes et se parlant entre eu.v.
Non, non, c'est impossible; Non, nm, je ne puis croire à ce crime odieux, A cette ù'ahison horrible!..
RAOUL
Vainement ma raison veut démentir mes yeu\.
A la lueur de leurs torches funèbres
J'ai vu courir des soldats forcenés !
Ils s'écriaient au milieu des ténèbre^:
« Frappez! frappez! Dieu les a condamnés! »
J'ai vu tomber des guerriers sans défense.
De notre chef iasile est assailli,
Et leurs poignards altérés de vengeance
De raille coups ont percé Coligiiv !
CIIOELR.
0 forfait inouï! ,
RAOLL.
Ce noble front que la vic'.oire huitore, Ils n'ostiieiit sans pâlir le contempler vivant, El mort — ils l'insultaient!
{.Montrant son habit ensanglanté.'}
Amis, voilà son sang!
Miintenaiit doutez-vous encore?
{.Avec douleur et indignation.) Et ce .'^ont des Français! et ce sont des chrétiens Qui du trôu'- et du ciel se dirent les soutiens! Errant et Curieiiv, maudissant leur supplice. Des hommes el du ciel invo::juant la justice, Au Louvi'e je courais, à travers le danger, Implorer le roi Charlel.. 0 forfait!, anathème!.. Du haut de son balcon j'ai vu le roi lui-même Immoler ses sujels, qu'il devait protéger.
Partout le meurtre et l''iiicendie!
Partout lies prêtres en furie
Du ciel proclament le courroux!
Et la jeune fille en prière.
L'enfant sur le sein de sa mère,
Rien, hélas! n'échappe à leurs con|ts!
Veri'ons-nous couler sans défense
Ce sang qui demande vengeance?..
Il l'attend! il l'aura de nous!
{.ivec le chœur.)
Aux armes! à la vengeance!
Courons tous à la défense
Des martyrs et des héros!
Oui, rendons guerres pour guerres;
Vengeons la mort de nos frères
Dans, le sang de leurs bourre.uix!
RAOl L.
Courons au Louvre, ou Charles nous délie De nos serments, de notre foi!
Lui-même en nous frappant brisa .son sceptre inipie; Chef de nos meurtriers, il n'est plus notre roi!
CHOrXR.
Aux armes! à la vengeance!
Courons toiLs à la défense
Des martyrs et des héros!
Oui, rendons guerres pour guerres;
Vengeons la mort de nos frères
Dans le sang de leurs bourreaux!
[Les femmes, pâles d'effroi, .s'enfuient suivies de leurs pages et écuyers; les hommes tirent leurs épées el sortent tous en désordre par toutes les portes du salon. — Ij' théâtfe change. — Un cloître. — Au fimd un temple protestant dont on voit tes vdrau.v. A gauche une petde porte qui conduit dans l'intérieur du temple. A droit" une grille qui donne sur itn carrefour. Dis femmes huguenotes conduisant et portant leurs enfants travei'serd la scène en fuyant. Marcel, bli'sséj au m dieu des femmes et des enfants
LES HUGUENOTS
qui se pressent autour de lui, leur indique de la main la porte du temple.)
MARCEL
Là!., là... dans notre temple!., au i)ifcl du saint autel,
Nous mourrons tous en priant TEternel!
[L"s femmes et les enfants se réfuijienl dans le temple
qui est à gauche. Marcel tombe à f/enoux et prie.)
RAOUL, entrant par la grille à droite.
CVst toi, mon vieux Marcel, que j'ai cru reconnaître !
MARCEL, se relevant.
Ah ! je priais pour vous! Je vous revois, mon maître.
Llloigne toi... Pourquoi t'exposer à leurs coups?
MARCEL
xMaiIre .. c'est mon devoir de mourir près de vous.
RAOUL, le regardant.
Blessé! blessé!
MARCEL, avec résignation.
Qu'importe, en ce moment terni)le!
RAOUL
Je vengerai ton sang!
MARCEL
Hélas ! c'est impossible.
Mon maître, ilfaut mourir! les soldats, les bourreaux, Cernent de toutes paris un reste (]•■ lieros. DaiLS ce temple encor libre, lulasl dernier asile Des femmes, des enfants la fi/ule en pleurs s'exile. Pour mourir saintement! — Venez... pour tout effort, Il ne nous reste plus qu'à partager leur sort!