SCENE V
LE PRtNCE DE NEUBOURG, LINSBERG, à la table, écrivant, WILHEM, entrant par une des portes du fond et tenant une corbeille de fleurs.
LE PRINCE. Ah ! c'est toi, Wilhem ; attends-moi. {Allant à Linsberg.) Allez toujours, je suis à vous; surtout rien de langoureux, parce que ce n'est pas mon genre.
M. DE LINSBERG. J'aimorais mieux que votre altesse daignât me dicter.
LE pniNCE. Non : j'ai beaucoup plus de confiance dans vos talents que dans les miens. J'oubliais de vous dire que la princesse m'avait demandé ce matin un moment d'entretien.
M. DE LINSBERG. Oui, je le sais.
LE PRINCE. Vous pouvcz lui rappeler cela. {A Wilhem.) Eh bien! mon garçon, mes ordres sont-ils exécutés'?
WILHEM. Vous le voyez. Monseigneur; et certainement des bouquets comme ceux-là dans cette saison, il y a de quoi faire de l'honneur à un jardinier.
LE PRI.NCE. C'est toi qui es celui du château?
■WILHEM. Non, Monseigneur, je ne suis encore que sonsjardinier, et je venons demander à votre altesse s'il n'y a pas moyen de supplanter sti-là qui est en chef et de me mettre à sa place.
LE PRINCE. Ah! tu as de l'ambition?
WILHEM. Oh! une ambition d'enragé! ça, je peux ben m'en vanter; j'en ai comme un chambellan ; v'Ii pas plus de quinze jours que maitre Pierre m'a fait entrer dans les potagers de son altesse, et je voudrais déjà me pousser dans les jardins d'agrément, les cascades, les labyrinllKS, parce qu'il n'y a que cela pour arriver.
LE PRINCE. Oui, je vois que tu es pour les chemins toi •
tueux; car il me semble que ce maitre Pierre qui t'a fait entrer ici est Ci,lui que tu voudrais supplanter.
WILHEM. Comme de juste ! v'ià quinze ans qu'il y est, et moi j'arrivons, c'est à mon tour.
TRIO
M. DE LINSBERG, qui pendant ce temps a écrit, se lève et présente la lettre au prince.
Voici ce que je viens d'écrire ; Monseigneur voudrait-il le lire?
LE PRINCE
C'est bien ; je m'en rapporte à vous : Ces billets se ressemblent tous.
(// prend le papier, et au moment où il va y jeter les yeux, il aperçoit la corbeille de roses que lient Wilhem, et, comme frappé d'une idée soudaine, il dit à M. de Linsberg, en lui montrant les roses.)
Eb mais!., voici, pour porter un message. Un confident et galant et discret!
U. DE LINSBERG.
Eb quoi ! votre altesse voudrait...
LE PRINCE, vivement.
Ajoutez les phrases d'usage.
Et fermez vite ce billet.
M. DE LINSBERG, s' approchant de la table, et tournant le dos au prince.
Ah! grand Dieu! quel projet!
ENSEMBLE
M. DE LINSBERG.
Cet heureux artifice PiUt réussir, je croi.
0 fortune propice !
Protége-moi !
WILBEH, au prince.
Pour que je réussisse Il m' faut d' l'appui, je ci'oi, Alil soyez-moi propice.
Protégez-moi !
LE PRINCE
Ce galant artifice Lui plaira, je le croi.
Amour, sois-moi propice, Protége-moi !
[Après cet ensemble, M. de Linsberg déchire la lettre qu'il vient de faire, et écrit à la hâte quelques lignes sur une feuille de papier qu'il ploie, et à laquelle il met un pain à cacheter.)
LE PRINCE, à Wilhem, Eh bien ! sans déplacer personne.
Je veux, Wilhem, te rendre heureux.
WILHEM
Si c'est possibl'! J'ai l'àme bonne, Et je ne demande pas mieux.
Aussi c'est sur vous que je compte ; Parlez, disposez d' mes talents.
{?,ï. de Linsberg s'approche, et remet la lettre au prince.)
LE PRINCE
C'est merveille. Mon cher comte.
Recevez mes remerciments.
ENSEMBLE
M. DE LINSBERG, avant de sortir et regardant toujours la lettre.
Cet heureux artifice Peut réussir, je croi.
0 fortune propice, Protege-moi !
WILBEM.
Pour que je réussisse Il m' faut d' l'appui, je croi.
Ah! soyez moi propice.
Protégez-moi!
LA NEIGE
LE PIimCE.
Ce palant artifice Lui lilaira, je le croi.
Amour, sois-moi propice, Piotégc-moi !
{Linsberg sort par le fond.)