LE PRINCE, WILHEM
LE PRINCE, à Wilhem. Écoute ce que je vais te dire : tu remettras à chacune des dames d'iionueur de la [irincesse un de ces tiouquets pour le bal de ce soir, cl celuici, cette touffe de roses, (Cachant la lettre entre les fleurs.) sera pour la princesse : tu m'entends bien?
WILHEM. Oui, Monseigneur. Dirai-je de quelle part?
LE PRINCE. Eh non! {.Hontrant la lettre en souriant.) elle le verra bien. D'ailleurs^ quel autre que moi oserait...
wjLHEM. Et y aura-t-il une réponse?
LE PRINCE. Réponse? je n'en sais rien. Eh mais! je n'y aTais pas pensé. Il faut savoir ce que je demande. (Rouvrant la lettre.) Voyons. Hum ! hum ! il me semblait d'abord qu'il y en avait plus long. {Lisant.) « Grâce, grâce, « Madame; si vous saviez combien je vous aime, et com- « bien je suis mallieureux de vous avoir déplu! » De vous avoir déplu I Voilà de ces phrases que je craignais, et dont je lui parlais tout à l'heure; ça ne dit rien, et ça ne va pas au fait. (Continuant.) « Si je ne vous suis pas le « plus indifférent des hommes, si notre union ne vous « est pas odieuse, daignez m'accorder, après le bal, un « instant d'entretien. » {H s'arrête étontié.) Hein! moi qui lui reprochais d'être trop respectueux! il me semble, au contraire, qu'il me fait aller un peu vite. {Continuant.) « Si vous accueillez ma demande, laissez tomber tantùt « votre bouquet devant moi, et je comprendrai que Louise « me pardonne. » Allons, allons, voila qui est plus galant; parce qu'au fait, ce bouquet qui servira de réponse... C'est assez hardi, mais ce n'est pas mal, je suis content démon secrétaire. Après tout, qu'est-ce qne je risque? La princesse m'avait demandé un entretien; c'est celui-là que je lui indique ; et si on me refuse, si, comme je le crois bien, le bouquet reste en place, nous serons aussi avancés qu'auparavant; nous en serons quittes pour continuer une guerre d'observation. [Remettant la lettre dans le bouquet et le donnant à fVilhem.] Le sort en est jeté. Tu attendras ici la princesse sur son passage, et tu lui remettras ce bouquet sans rien dire.
WILHEM. Oui, Monseigneur.
LE PRINCE. Et il n'y a pas de réponse.
WILHEM. Non, Monseigneur. Et tenez, je croyons que v'Ià son altesse qui veniont de ce colé.
LE PRINCE. Eh, mon Dieu! déjà! Et le grand-duc qui m'attend ; courons le rejoindre. [Il sort par la porte à droite des spectateurs.)