FERDINAND, LA REINE, CARLO
CHOEUR
Il dort, il dort!., que dans un doux repos Il rùve le l)onheur et l'oubli de ses maus! LA BEiNE, bas, à Carlo.
Quel changement, depuis troiymojs!
11 va mieux chaque jour !
LA REINE
Oui, le mal qui l'oppresse Semble se dissiper aux accents de ta voix!
CARLO
Plus d'accès de fureur!
LA REINE
Plus de sombre tristesse !
CHUEUR.
Il dort! il dort!., que dans un doux repos Il rèvo le bonheur et l'oubli de ses maux ! LA HEINE, bas, à Carlo.
Il veut même sortir et médite un projet Qui m'ellraie!
CARLO
Et lequel'?
LA REINE
Notre ennemi secret.
Le grand inquisiteur, sur lui cherche à reprendre Son empire!
CARLO
Et comment?
LA REINE
Au sermon solennel Qu'on prononce aujourd'hui Ferdinand doit se rendre ; Il l'a promis.
{On culend sonner dix licures; le roi s'éveille.)
LE GRAND INQUISITEUR, s'adressant au rot, ■Voici le sermon, sire!
LA REINE, à Carlo.
0 ciel!
CARLO, bas, à la reine.
Ne craignez rien!
LE ROI, se levant et s'appuyant sur le bras de l'inquisiteur.
Allons! payons!
{Carlo, qui est debout près du fauteuil de la reine et qui tient une mandoline, se met à en jouer et s'accompagne en chantant. Le roi s'arrête et écoute.)
CARLO, chantant.
PRi MIER COUPLET.
Qu'nvez-vous, comtesse?
Et pourquoi cette pAlcur?
IJ'ûii^vicnt la tristesse Qui flétrit tant de frairliiMir'f
Je crains pour voire \io!
Ahl je vous en supplie!..
Prenez ce médecin Napolitain
D'un savoir certain !
l'inquisiteur, au roi qui écoute.
Mais, sire, le sermon...
LE ROI
{.i Carlo.') Dans uu instant!. Aihéve la chanson!
CARLO, gaiement.
Signora Amnialata, Me voilà!
Cbai-nn dira :
C'est CuUalior, Il grau dottor.
Il salvalor Délie Douzelle!
A ces yeux Si langoureux !
A cette mine Si chagrine Hoveduto, Presto, presto.
D'où provient ce mal Fatal ?
Un ignoraut eitt ordonné De la rhubarbe et du séné ; Mais moi, j'ai pour guérir Su découvrir Un eUssir... - La joie et le plaisir!
l'inquisiteur.
Mais, sire, le sermon divin Est commencé!..
LE ROI
C'est vrai!. Nous entendrons la liu.
Hàtons-nous !
(Il va pour sortir.) CARLO, reprenant le motif de l'air.
Une rude épreuve M'a frappée en mon printemps!
Hélas! je suis veuve.
Et je n'ai que vingt-cinq ans!
Je regrette à toute heure
Le défunt que je pleure.
Et vais bientôt mourir
De ce martjr
Qui ne peut guérir!
Partons!
L INQUISITEUR, OU fO».
LE ROI
Plus rien que ce passage-là!
CARLO, gaiement.
Signora Ammolata,
LA PART DU DIABLE
USLO. Vous! ah! pardoD, Madiœe... patdoD, — Acte t, scène 7.
Ve lo giuro, Vi guariro !
Son Bellafior, Il gran dottor.
Il salvator Délie Donzello.
Ua mari Vous tut ravi.
Et la tristesse, \"ous oppresse.
Pour la bannir Et pour tarir Tant de douleurs Et tant de pleurs, Dn ignorant eût ordonné De la rhubarbe et du séné !
Mais moi, j'ai li pour vous
Moyen plus doux :
C'est, entre nous,
De prendre un autre épou\
Presto, presto, Un altro sposo.
LlNOllSITEUR.
Mais, sire, le sermon !
LE Boi, arec impatience.
Eh bien !
L'JNQIISITEIR.
Il estfmi!
LE ROI, froidement.
Oh! nous pouvons redire alors ce couplet-ci; Répete-le, Carlo.
CARLO, gaiement.
Signera Ammalata, Ve lo giuro, Vi guariro !
Son Bellafio-, Il gran dottor.
Il salvator Délie Donzelle, Etc., etc.
LE ROI, à l'inquisiteur.
Pour réparer un oubli sans pareil.
Que moi-même je déplore. Aujourd'hui je prétends présider mon conseil. LA REINE.
Bravo, sire ! ,
lOG
LA PART DU DIABLK
L INQUlSlTEUn.
Ah! c'est pis encore!
ENSEMBLE
Signora Ammalata, Ve lo giuro, Vi giiariro !
Son BcUalior, Il gran JoUor Il salvator, Dcllo Donzello.
{I.c roi rentre dans ses ajjitartemenls. L'inquisiteur et les seigneurs et daines de la cour sortent par le fond.)
LA HEINE, souriante LVmpôclicr d'aller au sermon et le forcer d'aller au conseil!.. Depuis trois mois, Carlo, lu as fait des miracles !.. Et cependant le roi a encore un secret qu'il nouscaclio !.. Dos souvenirs doulourcu\ ou cruels qui l'agitent, et dont le retour produit sur lui un état nerveux, voisin de la di'mence !
c.^BLO. Et alors, ce qui diminue bien mon niérito, mes [ilus jolies cavatincs, mes plus beaux airs devicniiont im- ~puissants pour le calmer. Il n'y en a qu'un dojit lell'et jusqu'ici a toujours été immanquable.
LA REINE. Celui que tu chantais dan.s la forêt, le jour de notre première rencontre. . Et comment nous acquitter jamais envers toi, liotre sauveur'/
CAKL». Oh! ne parlez pas ainsi. Madame, vous qui avez condilé de vos bienfaits le m.dhoureux iiaysan, le pauvre organiste, qui l'avez admis dans votre intimité et élevé à un degré de faveur que personne ici ne peut s'expliquer ni comprendre.
LA HEINE. Je ferai plus encore! Au milieu de toutes les pompes qui t'environnent, et auxquelles tu es presque insensible, j'ai parfois surpris des larmes dans les yeux... je me suis dit t II pense il sa sœur !..
CARLO, vivement. C'est vrai!
LA REINE. Il souffre de son absence.
CARLO. C'est vrai!
LA REINE. Et puisque tu ne peux nous quitter d'iui instant, puisque tu ne peux aller à elle, elle viendra à toi.
CARLO. Est-il possible?
LA REINE. Je la fais sortir do son couvent, je l'attache à ma personiiL', elle vivra ici.
CARLO. Eh! quand donc?
LA REINE. Aujourd'hui!., ce matin. Mais écoute-moi bien !.. Nous somnijs soumis dans cette cour aux lois d'une rigoureuse étiquette. On murmure déjà de ce que toi, sans nom et sans titres,' tu as les entrées dans nos appartements. Que serait-ce si nous admettions p.irmi les fenimes' de notre maison une filf.- du peuple, une ouvrière?..
cablo, vicement. Ah! je ne dirai à personne qu'elle est ma sœur, je vous le jure !
LA REINE. Elle sera dona Théré.sa de Belmonte, c'est le titre que je lui donne et qu'elle gardera! La reine d'Es- •pagne peut anoblir.
CARLO, .l'inclinant. Ah! Madame...
LA REINE. Quant à toi, Carlo, puisqu'on tient tant ;\ connaître trs litres, nous te présenterons ilés demain à toute la cour comme notre premier maître de chapelle.
CARLO, avec impatience. El ma sœur. Madame, ma sœur!.. Vous daignez me dire...
LA HEINE. Que le grand-maître du palais, le,comte de Médrano, iiui m'est dévoué, a été la chercher ce matin à Notre-Dame-des-Bois, et je lui ai ordonné, pour la soustraire aux regards, de la conduire jusqu'ici par un escalier dérobé et par cette porte secrète où tu l'atlcudras... et tu l'amèneras dans mon appartement.
c.«L0. Je comprends. Madame, et II est d'autant plus utile de cach.^r son arrivée, qu'il n'y a peut-être qu'une seule personne qui pourrait la reconnaître, et cotte personne est justement au palais.
LA RE NE. Et qui donc?
. CARLO. Don Rafaèl, mon prjlégé!.. celui à ijiii, il y a troismois,vous avezdaignéaccorilcrcc grale d'enseigne ..
LA REINE. Que je lui avais d'abord refusé... cl je vois encore son é'.onnemcnt..
CAULo, à part. Je crois bien!
LA REINE. Eu recevant ce brevet.
CARLO, à part. Qu'il a cru venir de l'enfer. (Ilnnt.) Du reste, don Ra''aid d'Estuniga s'est bravcmcut conduit... le jeune et timide élève en théologie s'est battu comme un lion; et lo message honorable dont sou géiéral l'a chargé près de Voire Majesté...
LA REINE. Oui, nous l'att-ndons ce malin.
c.'.RLO. Tout cela prouve ipi'il mérite bien quelque récompense.
LA REINE, lui montrant de la main des papiers qr.i sont sur la table, à gautlie. J'y ai déjà songé; mais toi qui no demandes jamais rien pour toi... tu l'aimes donc bien?..
CARLO Oui, Madame... car il aime ma STur.. il l'ainiu réellement... et quoiipr'il no puisse jamais ètie mon frère... m.dgré moi et sans le vouloir, je l'aime comme tel...
LA REINE. Silence!., on vient!
SCENIi II.
G.\ULO, LA REINE, un Huissier, annonçait.
l'iiuissieb. Don Rafaël d'Estuniga , enseigne au r;giment de la reine!
LA reine, qui s'est assise sur un fautetiil, à r/auclte, aij-mt Carlo debout à sa droHe. Qu'il approche!
RAFAËL, mettant un ijenau en terre. J'apporte à Votre Majesté les dèpèdies do mon général.
LA REINE, Et c'est VOUS qu'il a chargé d'une mission aussi importante, vous un simiile enseign ...
RAFAËL, timidement. Oui, Madame.
LA REINE. Cela n'est pas juste i — Relevez-vous, capitaine Rafaël !
RAFAËL, étonné. Qu'entends-je! {Levant les yeux, et apercevant Carlo revêtu d'hubits majjnifiques, dthout, à côté de la reine, il pousse un cri.) Ah! (4 part) \smolée! *
LA REINE. Qu'avez-vous donc?
RAFAËL, balbutiant. Le trouble, rétonnemeut... (.i part.] C'e^t-à-dire, non. . cela ne m'étonne plus!
LA REINE, prenant le brevet et un autre papier des. maint de Carlo. En voici le brevet que vous avez milité ; et de plus, pour son équipement, un jeune capitaine peut avuir besoin de quelques centaines do piastres... ce bon sur le trésor vous prouvera que... nous y avons songé. {Elle lui donne un second papier.)
RAFAËL, s'inclinant. Ah! Madame...
LA REINE, Adieu, capitaine... adieu! (Elle sort.)
RAFAËL, stupéfait. Je ne puis en revenir encore... un brevet de capitaine... un bon sur le tiésor! me voilà riche maintenant; je poux chercher par toute l'Espagne et découvrir colle que j'aime!..
CARLO, à;)a)f. Enlever ma sœur!.. imprudoLit!.. {Haut, et tendant la main i Un instant... Et ma part?
RAi-AtL, étonné. Comment?..
CARLO. J'ai tenu mes promesses, à toi de tenir les tiennes. {Lui montrant le brevet et le bon sur le trésor.) Ce que tu voudras, l'un ou l'autre !
RAFAËL. C'est juste!.. C'est dommage... mais un gentilhumme n'a que sa parole. [Itet/ardant le brevet.) A moi la gloire... {Donnarit le bon à Carlo.) A toi la richesse!. .
CARLO. Adieu! capitaine. Adieu! {Il présente la main à Carlo )
CARLO, sans lui donner la main, qu'au contraire il retire. Adieu! adieu.
LA PART DU DIABLE