‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 153 sur 809 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CHOEim d'Officiers, VARGAS, RAFAËL.

CHCEUR.

Des jours de la jeunesse Hàlons-nous de jouir !

Arriére la sagesse, En avant le plaisir!

{Les jeunes officiers entourent une table à gauche, sur laquelle ils jettent de l'or et roulent des dés.) VAKGAS, les regardant.

Ah! le tapis se couvre d'or!

KAFAEL.

Je veux te prouver sans réplique Quel pouvoir secret et magique Me guide et veille sur mon sort.

Comme enseigne, je viens de recevoir ma paie, Quarante beaux ducats, et je veux les doubler. {Lui présentant sa bourse.) Va les jouer!,, et que rien ne t'effraie!

vAHGAs, hésitant.

Quatre ou cinq seulement...

RAFAËL, lui tendant sa bourse. Prends.

VARGAS, prenant quelques pièces d'or.

Voyons que j'essaie !

Car son aplomb commence i me faire trembler?

{Il s'approche de la table à gauche et a l'air de deman -

der aux officiers la permission de jouer, que ceux-ci

lui accordent en riant. — Il place son argent. —

Chacun fait tour à tour rouler les dés.)

RAFAËL, au milieu du théâtre, regardant en riant le groupe qui esta gauche.

Vous que la siigesse importune.

Que l'aspect de l'or fait rùver!

Venez défier la fortune!..

Elle aime qui sait la braver!

Pour que nos jours gaimenl s'écoulent.

Que les dés roulent, roulent, roulent...

Espérer... c'est jouir.

Vivent les dés et le plaisir !

{Voyant Vargas qui quitte la table et qui vient à lui d'u7i air joyeux.) Eh bien! mon cher?..

VARGAS, riant.

Eh bien! que vous disais-je?

RAFAËL, riant.

Gagné!..

VARGAS, de même.

Perdu!

RAFAËL, avec colère.

Perdu!., cela ne se peut point!

' VARGAS

C'est pourtant vrai!

RAFAËL, se frappant le front.

C'est juste, et j'ai tort en ce point; Ce n'est pas toi! c'est moi que le démon protège. Et tu vas voir!

VARGAS, effrayé.

Comment!

RAFAËL, passant à la table.

Ces trente-cinq ducats D'un seul coup!

CHŒUR D'OFFICIERS

Nous tenons !

VMGJiS, à Rafaël, qui vient de jeter sa bourse sur la table.

Quoi! vous ne tremblez pas?

RAFAËL

Moi!., je tremble peureux!

S'approchant de la table pendant que chacun roule les dés à son tour.)

DEUXIEME COUPLET

L'ardeur qui dévore leur àme,

De la mienne vient s'emparer!

On dit que la fortune est femme !

Ses rigueurs la font adorer !

Gaiment que les heures s'écoulent.

Que les dés rouleut, roulent, roulent... Espérer, c'est jouir!

Vivent les dés et le plaisir!

{Sur la ritournelle du couplet précédent, on présente à

Rafa'él un cornet où sont des dés. — Il les agite et

les roule sur la table, puis .s'éloigne sans les regarder,

au moment où Carlo entre par la porte de droite.)

TOUS LES OFFICIERS, regardant.

Gagné! *

VARGAS, reprenant la bourse de Rafa'él et l'argent qu'il vient de gagner, le lui portant.

Qagné ! grand Dieu !

RAFAËL

Mais c'était immanquable !

Et tu vas voir encor!..

{Carlo entre dans ce moment par la porte à droite.) CARLO, à part.

Le malheureux, hélas!

Va tout perdre à la fois!

RAFAËL

Soixante -dix ducats!

' CARLO, l'arrêtant par la main.

Non, trente cinq!

RAFAËL, étonné.

Comment?

' CARLO

Et ma part!

RAFAËL, se grattant l'oreille.

Ah!., ah! diable!..

C'est ennuyeux!., mais c'est de droit, et les voici !.. (// les met sur la table )

VARGAS

Que faites-vous?

RAFAËL, à dcmi-i'oix.

C'est lui.

{On entend sonner midi à l'horloge du château.)

CHŒUR D'OFFICIERS

Messieurs, l'heure a sonné, partons!

VARGAS, Stupéfait et regardant Carlo despieds à la tète.

C'est lui !

RAFAËL

C'est lui!

ENSEMBLE

CHŒUR D'OFFICIERS

Des jours de la jeunesse H;\tons-nous de jouir!

' Arriére la sagesse.

En avant le plaisir!

VARGAS

Ruse et coupable adresse.

Que je veux découvrir!

Sinon, de sa faiblesse.

On va tout obtenir!

RAFAËL

Ce démon plein d'adresse Par moi va s'enrichir !

Aux dépens de ma caisse, La sienne va s'emidir!

(Les officiers sortent par la porte du fond.)

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