‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 178 sur 809 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Le théilre rcpri5sente l'intérieur d'un prosbytèrCj dans le village de Castel diSangro. — Au fond, deux croisées. — Deux portes latérales. — Sur le devant du théâtre, i droite, une table et tout ce qu'il faut pour écrire.

MATHÉA, puis BOLBAYA et SCIPION.

{On frappe en dehors, à la porte de droite.)

MATHÉA, sortant de la porte, à gauche. On y va ! on y va! Vous êtes bien pressé!.. {Ouvrant la porte et voyant Bolbayci et Scipion qui paraissent.) Ah! c'est vous, signer Bolbaya, mon nouveau maître'?

Boi.BAVA. Moi-même! que tu fais attendre dans la montagne où un orage se prépare... (.i Scipion, gui est derrière lui.) Entrez, entrez, mon jeune compagnon... Vous êtes ici chez moi !

scipiox. Dans ce presbytère, au milieu des Abruzzes!

BOLBAYA. C'était à mon frère le curé, dont Mathéa ét;iH la servante. . car il y a près de trois mois que nous avons perdu ce pauvre frère !

MATuÉA. Qui vous ne veniez jamais voir!

BOLBAYA. C'est tout natuiel... Lui dans le sacré, moi dans le profane.. Et quoique dans la famille on eût l'iiir^ de me traiter d'imbécile, j'ai fait mon chemin et mafortuno dans les arts-

SCiPiON. Vous les cultivez. Monsieur''

BOLBAYA. Pas si bètc! je les exploite... Bolbaya, entrepreneur de talents lyriques, surintendant dus théâtres de la cour, place superbe, que Sa Ma.esté le roi de Naples vient de m'accorder, à la condition de renouveler toute la troupe pour U saison prochaine... Il ne manque plus qu'un seul sujet, une prima dona, et je retournais à Najiles !..

sciPioN. A travers la montiigne?

BOLBAYA. En quoi j'ai peut-être eu tort... car tout ce qu'on me r.iconte de la troupe infernale de Marco Tenipcsta le bandit!..

SCIPION. Le bandit!., non pas... Marco Tempc.ita est un intrjpidc contrebandier, que l'on dit invulnér.ible, parce que dans sa famille ils se succèdent tous de père en fils .. et le peuple croit que c'est tcrours le même. . Du reste, il ne fait tort à personne, quand on lui laisse débarquer et vendre ses marchandises... Mais, dans l'occasion, il fait bravement le coup de fusil avec les douaniers elles soldats de marine... Nous en savons quelque chose! DOLBAYA. .\ussi, cnchauté, mou jeune ami, de vous avoir rencontré... Vous allez comme moi à Naples?

SCIPION. Oh il me larde d'arriver!

BiiLBAVA, souriant. Quelijuo jolie Napolitaine f|ui vous attend'?

' SCIPION. Je l'espère!., car depuis un an je suis absent... {Faisntit quelques pas pour sortir.) et si vous voulez le permettre...

BOLiiAYA, le retenant. Nous repartirons ensemble... La pluie tombe dé.à .. Et je vous demanderai le temps de jeter un coup d'œil sur les pajiiers de la succession... Ce ne sera pas long. . je suis seul héritier!

MATiiEA, à part. Héla;! oui...

SCIPION. C'est pour cela quj vous avez passé par icf

BOLBAYA, D'abord., et puis pour une autre raison... A la dernière auberge où j'ai couché, au pied des Abruzzes, on a parlé tonle-la soirée d'une voix mélodieuse <|u , deiniis quelipie temps, se fait entendre sur dill'érents points de la montagne.

SCIPION. En vérité'?

BOLBAYA, Une voix qui est, dit-on, fort belle!., cartons les voyageurs s'arrêtent pour l'écouter, et cherchent à la suivre, au risque de se casser le cou dans les précipices!

SCIPION. Allons donc !

DOLBAYA. C'est, dit-on, au sommet de la montagne, aux environs du presbytère, que la sirène se fait entendre de. préf rence... Et comme je cherche partout une voix, et surtout une vois niagi(|uc, j'ai voulu aller aux informations.

sciPuiN. Et Malhea, votre servante, qui est du pays, vous Jira ((ue c'est une fable !

MATHEA. Une f.ible ! plût au ciel! mais, par malheur, ce n'est que trop vrai!

SCIPION. Par malheur! et pounpioi'? {Grand bruit au (/c/itir.)

inTiiEA. Ah ! mon Dieu!

SCIPION. Ce n'est rien!.. L'orage qui nous mcn.açait vient d'éclaler... Parlez toujours! {La ritourncl'e, qui a commencé avec force, ut par un bruit d'orarje, s'apaise tout à coup et accompagne presque en sourdine les couplets suivants.)

COUPLETS

MATUÉA.

PREMIER COUPLET

Quand vient l'ombre silencicuso, Quand vient le calme de la nuit,., ' VoiX lointaine et mystérieuse.

Dans la montagne retentit!

0 von», que sa douceur enivre.

Et cpii croyez l'atteindre, hélas!

Voyageurs, qui voulez la suivre.

Le lu'écipice est sous vos pas !

Fuyez l'enchanteresse,

Fuyez sa voix traîtresse ;

Le plaisir vous guida.

LA SIRÈNE

Li mort vous attuimlraj Car la sirène est là!

{On entend en dehors un chunt très-èloignê.) AU! ah! ah! ah! ah! ah!

ENSEMBLE

> MATIIÉA.

Ecoutez., la voilà....

Oui, la siicne c^t làl

BOLBAÏA.

Que veut dire cela?

Quoi! la slrtnc est là!

SCIPION

Douce voix que voilà !

[Montrant son cœiir.) Et qui m'arrivc là!

MATUEA.

DEUXIÈME COUPLET

,T'ai lu clans un auteur huliilc, Et nos vieillards les jiliis instruits Disent ([ue Najjle et la Sicile Des sirènes sont le pays.,.

Aussi, Messieurs, et par pruJcncCj Quiind vous arrivent de ces liuu.\ Une roulade, une cadence.

Joli sourire et deux beaux yeu\.,.

Fuyez l'einh intéresse, Fuyez sa voK traîtresse ; Le l'.laisir vous guida, Votre perte en viendra, Car la sirène est là!

{On fnfend att clehors ta même voix,, mais plus rapprochée.)

MATUEA.

Écoutez... la voilà!

Oui, la sirène est là!

BOLDAVA.

Que veut dire cela?

Quoi, la silène est là!

SCipiON.

Douce voix que voilà!

Et qui m'arrive là!

BOLBATA, à Scipion, qui cliaiwolle. Eh bien! qu'avezvous donc?

SCIPION. Rien!., mais cette voix... C'est bien étonnant, il me semblait...

BOLBAVA. Quoi donc?

SCIPION. J'en tremble encore!

BOLBAYA. Vous qui êtes si brave! il y a donc quelque chose?.. {En ce moment on frappe rudement -à la porte à droite.)

DOLBAVA, à Mathéa. N'ouvre pas !

sciPiON. Et pourquoi donc ?

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