‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 180 sur 809 · SCÈNE m, SCOPETTO, SCIPION^ MATHÉA · texte numérisé non relu

SCÈNE m, SCOPETTO, SCIPION^ MATHÉA

SCOPETTO. Quoique, dans la circonstance présente et pour me réchauffer l'estomac, ua bon verre de vin n'eût pas été de refus!

MATHÉA, ouvrant une petite armoire. Vous l'aurez!

SCOPETTO. De son vin? je n'en yeuï pas!

MATHEA. Non! non! il est à mol... c'est sur mes économies...

SCOPETTO. C'est cUfTérent.., si toutefois le camarade veut trinquer avec moi !

SCIPION, s'asseyant vis-à-vis de lui, de l'autre côté de la table. Volontiers!

SCOPETTO, remplissant les deuo) verres et élevant le sien, qu'il regarde. Je ne suis pas comme maître Bolbaya, moi... et sans lui demander son nom ou son pays, dès qu'un verre de vin se présente, je lui donne l'hospitalité . (// l'avale.) Eh! mais, Dieu me pardonne!..

SCIPION. C'est du lacryma-cliristi!

SCOPETTO. Et du meilleur!

LA SIRÈNE

MATHEA. Je crois bien... deui bouteilles que j'avais là on rùseivc depuis dix ans!

sciPiuN. Pour qui donc?

M.wiiEA. Pour l'enfant delà maison... pour celui que j'ai élevé!

scoPEiio. Vous, ma brave femme?

MATHEA. Oui, vers le temps où les troupes du roi Joachim forcèrent les contrebandiers à quitter la montagne... Un soir, la veille de Not'l, nous trouvâmes à la porte du presbytère deux jolis enfants dans le même berceau, comme qui dirait deux jumeaux .. La (ille, M. le curé ne pouvait s'en cliarger... et il fallut bien la porter à Naplcs, à rhosjiice des Orphelines... Mais le garçon, M. le curé voulut être son parrain, et l'éleva lui-mùme... ou plutôt eo tut moi... Pauvre Francesco... il était si gentil... il brisait tout... un vrai diable!.. Mais un si bon coeur!., il nous aimait tant!.. Et un jour, il avait à p.ine douze ans, il nous fut enlevé...

sciPiiiN. Par qui '!

M.4THEA. Ail! il n'y a pas de doute... Par Marco Tempesta et sa bande, qui venaient de reparaître dans le pays... Aussi, je donnerais tout ce que je possède pour le voir pendre, lui et les S'cns!

scoPETTO. Et, depuis, vous n'avez plus entendu parler de ee. Francesco ?

MATHEA. Si, vraiment!.. Tous les ans, la veille de Noël, il arrivait ici, pour moi et mou maitre, des présents magnifiques avec ces mots : A M. le curé, de la part de son filleul!.. Mais, depuis deux années, plus de uouvelles!.. preuve c|u'il n'existe plus... Et, malgré cel.i, M. le curé a mis dans son testament qu'il donnait à Francesco, son tilleul, s'il reiiaraissait, la nioilié de sa fortune I [Regardant Scopetlo, qui essuie une larme à la dérobée.) Ça vous fait pleurer'?

scoPETro. Moi! pourquoi pas?

• MATUEA. Et, de plus, il m'a dit : Tu lui remettras toimême, comme gage de ma béné-dictiou, que je n'ai pu lui donuer... ce portrait!

scopETio, te prenant vivement et le regardant. Le sien!

M.iTHÉA, continuant. S'il en est digne!, et si, comme je l'espère, c'est un honnête homme !

SCOPETTO, lui rendant le portrait. Tiens! tiens!.. {Comme un homme qui cherche à s'étourdir.) Et nous, camarade, buvons! {On entend sonner dans la chambre à gauche.)

MATHEA. Ah! c'est l'autre héritier!., le seul maintenaut. (Criant.) Me voilà, Monsieur! me voilà! {Elle sort par la gauche.)

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