SCÈNE m
SCOPETTO, PEGCHIONE.
pEccnioNE. Tu as de bonnes nouvelles? ^
SCOPETTO. Au contraire, mon vieux Pecchione... Je te le dis à toi seul, le plus ancien lieutenant de mon père... ça va mal!., mais il ne faut pas les décourager... ni nous non plus !
PECcniONE. Et l'affaire du duc de Popoli?
SCOPETTO. Manquée!
PECCHIONE. L'acte n'hait donc pas bon?
SCOPETTO. Si vraiment... le coquin de tes umis qui te l'avait livré savait bien ce qu'il faisait!
LA SIRÈNE
prccmoNi:. 11 vaut alors cinq cent mille piastres pour le moins.
SCOPETTO. Oui, mais le duc préfère le ravoir à meilleur marché... moyennant cinquante chasseurs calabrais qui m'attendent au rendez-vous!
PECcnioNE. Alors, pas moyen de traiteravec cet hommelà... et il faut en avoir vengeance.
SCOPETTO. Laquelle I
PECCHioNE. Chercher partout Maria Versani.
SCOPETTO. Si elle existe ..
PECCHIONE. Et lui remettre ces titres, pour ruiner notre ennemi.
SCOPETTO. En attendant, des détachements nombreux battent la montagne dans lous les sens... Avec le peu de monde qui nous reste, impossible de lutter... Mon père lui-même, le vieux Marco, s'il vivait encore, nous conseillerait la retraite... et il faut y décider nos compagnons!
PECCBIONE. Jamais ils ne consentiront à partir, avant d'avoir repris les cinq cent mille piastres, fruit de leurs travaux... et pour ma part, je ne quitterai pas les Abruzie» que je n'aie eu la vie du commandant de la tartane l'Etna, cause de notre ruine!
scoPETio. De ce coté-là, sois tranquille !
PECCHIONE. Je me le suis réservé... car c'est moi qui commandais le brick qu'd a fait échouer... et qui seul me suis échappé du désastre!
SCOPETTO. Je te dis que c'est un comple réglé... ce soir il n'existera plus!
PECCHIONE, ai'CC humeur. A la bonne heure! mais ce n'est pas la même chose !
SCOPETTO. Tu n'es jamais content!., notre cargaison a été transportée, non pas à N.iples. .. mais au palais du duc de Popoli, situé au bord de la mer... à l'embouchure de la Pescara... et, avant de quitter le pays, il n'est pas défendu de tentrr, sinon par la force, au moins par la ruse, les moyens de pénétrer dans le palais du gouverneur, et de lui ravir notro bien.
PECCHIONE. Ah! je le plaçais déjà au-dessus de ton père, et de ton grand-père, Marco Tempesta, roi des contrebandiers... mais si tu fais une action pareille. .
SCOPETTO. C'est bien! c'est bien!.. Di|d|)oi... ma sœur est-ellexentrée'?
PECCHIONE. Pas encore..
SCOPETTO. L'avez-vous entendue ce soir?
PECSHIONE. Oui, dans la direction du presbytère... et puis la voix a cessé.
SCOPETTO. C'est ce que je lui avais recommandé.
PECCHIONE. Si nous partons, viendra-t-elle avec nous?
SCOPETTO. Non! ici dans cette auberge, dont elle me croit maître, c'était possible... mais s'il faut recommencer nos expéditions maritimes et commerciales... N'importe ! même en nous séparant, je défends de nouveau, songez-y tous, que personne lui révèle qui nous sommes !
PECCHIONE. Et pourquoi?
SCOPETTO, ai'«c embarras. Pourquoi!., certainement... c'est un bel état que le mitre... et il y a des jours où j'en suis lier... Mais tout le monde n'est pas de même... et quand, après bien des recherches, j'ai pu remplir la promesse que j'avais faite à mon père... Quand j'ai retrouvé chez de braves gens, ma sœur Zerlina, pauvre et honnête fille, qui ne parlait que de Dieu et de ses devoirs... Tu ne comprendras peut-être pas ça, Pecchione?..
PECcniONE, froidement. C'est possible.
SCOPETTO. Moi, je ne pouvais me rendre compte de ce que j'éprouvais... parce que, d'avoir passé la moitié de sa vie chez un curé, et l'autre moitié avec vous autres, ça vous met du décousu dans les idées... Enfin, j'étais mal à mon aise, et malgré moi, je baissais les yeux devant celte petite fille! .c
PECCHIONE. Et ça ne te rendait pas furieux contre elle?
SCOPETTO. Non! parce que moi, vagabond et bohémien,
qui ne connaissais pas les joies de la famille, j'étais si heureux de pouvoir dire : Ma sœur... {A Pecchione.) Tu ne comprends pas encore ça ?
PECCHIONE. Non!
SCOPETTO. Je vais te paraître bien absurde!., mais j'ai besoin qu'elle m'estime et qu'elle m'aime... Voilà pourquoi je voulais la rendre heureuse, l'enrichir, la marier à un honnête homme... sans que ni lui, ni elle connussent qui j'étais.
PECCHIONE. Allons donc!
SCOPETTO. C'était mon idée!.. Et c'est pour elle seulement que je regrette ma part dans notre fortune... cent mille piastres qu'elle aurait eues... car pour moi... (Ecoutant, et entendant chanter au-dessus d'eux) Silence! c'est elle!.. Prends quelques-uns de nos compagnons... {Lui montrant une ouverture à droite du spectateur.) Sortez par le haut des rochers et voyez si rien ne nous menace ! {Pecchione sort par la porte à droite.)
SCOPETTO, dans Tauberfle, ZERUH.K parait surla roule supérieure, en chantant; puis elle s'arrête pour cueillir quelques fleurs, et en forme un bouquet.
^ PREMIER COUPLET
Prends garde Montagnarde, Que regarde Un vieil amoureux !
Son àme Qui s'enflamme, Veut pour fumnie Fillette aux beaux yeux !
{Faisant avec sa main le geste de compter des e'cus.) On prétenil qu'il a de ça, Et Ion pèie en voudra! .
Et moi, je ihs tout bas.
Que de lui je ne veux pas !
Ah! ah! ah! ah!
Ah ! ah ! ah ! ah !
(.4 la fin de ce couplet, Zerlina disparaît un instant ■ et entre par la porte de gauche, toujours en chantant.)
DEUXIÈBE COUPLET.
Sévère Centenaire Et colère.
Il gronde toujours!
Qu'importe, Qu'il apporte Somme forte.
Au lieu des amours!
{Mettant la main sur son cœur.) Gennaio n'a que deçà...
Mon cœur le préféra !
Remportez vos ducats.
Le bonheur ne se vend pas!
Ah ! ah ! ah ! ah !
Ah! ah! ah! ahl
SCOPETTO, à Zerlina, qui lui a donné le bouquet qu'elle tenait à la main. Merci, ma sœur, merci de tes bouquets et de tes chansons... sans toi, celte pauvre auberge, au milieu de la forêt, recevrait peu de voy,agêurs... mais, en suivant ta voix, on se perd dans la montague... on arrive ici... pas d'autre gite... on y soupe, on y p:issq la nuit... et c'est tout bénélice pour l'aubergiste!
ZERLINA. C'est juste, frère... Mais parfois vous m'envoyez sur un point élevé de la montagne, en me disant : Chante à telle hjure, pondant quelques instants... et il n'y a pas là de voyageurs, au contraire... car vous me recommandez de disparaître au moindre bruit, et de me soustraire à tous les regards... Pourquoi?
LA SIRÈNE