SCÈNE IV
ZERLINA, SCOPETTO, entratit par le fond.
C'est horrible à dire... et pourtant!
SCOPLTTO. Tous nos ballots sont faits... Il ne s'agit plus
ENSEMBLE
mainlcuant que du départ... (Apercevant Zi'rlina.) Ah!
ZERL1N,4.
le voila'?.. Je suis à toi... yu'as-tii à me dire?
Oui, malgré moi-même.
ZERLINA, timidemenl. Je voulais vous jtjrler de... de...
Déshonneur extrême.
Je n'ose pas proiioncei" son nom '.
Je t'aime 1 je t'aime;
SCOPETTO. C'. si comme si tu le nommais. . Eh bien'
IMême en cet instant,
ZERLINA. Eh bien ! je conçois à présent pourquoi vous
Pour toi d'épouvante
me disiez hier de ne plus y penser... Un mauvais sujet ..
Et d'amour tremblante,
un conticbandier!
Ma terreur augmente!
SCOPETTO. AU! si ce n'était que cela, on pourrait encore
Par pitié, va-l'en !
l'excuser!
Va-t'en ! va-t'en !
ZERLINA. Vous CTOyCz''
Si tu m'aimes, va-t'en ;
SCOPETTO. Il y a tant de gens (pii font la contrebande^.
SCIPIUN.
. faute de mieux!
Délice suprême 1
ZERLINA. N'est-ce pas?
C'est bien pour nioi-niêmo,
SCOPETTO. Et qui rentreraient dans le bon chemin... s'ils
Pour moi qu'elle m'aime!
le pouvaient.
Trop heureux instant!
ZERLINA. C'est ce que je me dis Il faut de l'indul-
D'amour, d'épouvante, , m
gence! ■
Je la vois tremblante !
SCOPETTO, arec émotion. C'est bien! Tu es bonne... tu
Ma tendresse augmente
en seras récompensée... El quand tu auras un bon mari.
Avec son tourment!
de la fortune, un titre, ne p.irle jamais de ton frère... ja-
SCIPION
mais., mais pense à lui quelquefois!
Et si j'étais innocent'?
ZERLINA Toujours'. lou;oursl.. (.ivee embarras.) El
ZERLINA, avec joie.
lui, à qui vous ne pensez pius!
Ah! qu'entcnds-je?
SCOPETTO. Si, vraiment! Je vais de ce pas h sa prison.
Et comment?
pour assurer son bonheur et sa liberté...
sciPiON, s'arrêtanl , et à part.
ZERLINA. Vous!., est-il possible?.. Mais ce n'est donc
Ah! mon serment! mon serment!
pas un crime de faire évader un contrebandier?
ZERLINA
SCOPETTO. Du tout!
Parlez! parlez!
ZERLINA. Ue lui donner les moyens de fuir?
SCIPION
SCOPETTO. .\u contraire !
Ah! par un sort étrange.
ZERLINA, avec joie Eh bien! alors, mon frère, mon
Je ne le puis encor... et ce soir seulement!..
frère!., n.' prenez pas cette peine!
ZERLINA, d'un air de reproche.
SCOPETTO. Et pourquoi?
Moi je vous dirai tout. Monsieur, et sur-le-champ !
ZERLINA. C'est déjà fait!
Adieu donc !
SCOPETTO, à part. 0 ciel!
SCIPION, près de partir, revient prés de la table, à
ZERLINA. C'est moi qui viens de lui rendre sa liberté!
gauche.
• SCOPETTO. Malédiction! courons!
A ton frère un mot auparavant !
ZERLINA, le retenant. Oli! il est déjà loin!.. Mais ras- "
(/ï se met à la table et écrit. P*ndant ce temps, Zer-
surez-vous... eu parlant, il m'a bien promis, comme vous
lina reste debout près de lui.)
disiez tout à l'heure, de devenir un honnête homme, pour
ZERLINA, pendant qu'il écrit.
être digue de moi el de vous... Et la preuve, c'est que
Oui, mais à votre tour, ah ! je vous en supplie !
voici une lettre qu'il vous a adressée, [tille lui remet la
Prenez un autre état .. menez une autre vie...
lettre de Scipion.)
Faites tous vos efforts, désormais, pour changer...
SCOPETTO. Eh! que peut-il me dire?.. (A Zerlina, qui
Pour vivre en honnête homme, et pour vous corriger,
s'approche pour écouter.) Non, non, éloigne-toi! (Li-'
Siuon pour vous, du moins pour moi, dont les alarmes...
sant, à part ) u Je sais que Zerlina est votre sœur !..
(Eclatant en sanglots.)
« N'importe!., je l'aime, j'eu suis aimé!.. Vous vouliez
Ah! je n'y tiens plus!
« hier me la donner en mariage, je vous la demande au-
SCIPION, se levant de table.
« jourd'hui. » (S'arrètant, arec émotion. ) La sœur du
Zerlina !
contrebandier., capitaine Scipion, c'est bien ça!.. Et
Ma Zerlina! sèche tes larmes!
malgré le tort que nous a fait sa fuite, il sera duc et elle
ZERLINA
duchesse... si je ne suis pas pendu !.. (Continuant de lire,
Je ne puis... car je le sens là...
à part.) n J'ai tenu mon serment, mais aux yeux de Zer-
« lina, el aux yeux de tous, il me tarde de me justifier!.. »
ZERLINA
(A part.) Pauvre jeune homme!. C'est tout naturel!..
0 délire extrême !
(Continuant.) « Je ne veux le faire, cependant, que
Oui, malgré moi-même.
« lorsque vous ne risquerez plus rien... Hàtez-vous donc
LA SIRENE.
« ilo [lai lir, ot quand ilix lniiri^s suniiiroiit, sn , cz loin Jii « chAloau (le Poijoli!.. » [Arec aiiHdlhin.) M'iMoiiinci! m'C'loigner !.. cela lui est facile à clin;! Mais les moyens' de départ qu'il nous a enlevés... sa tartane, sur laquelle je comptais!
ZE11I.1NA, à Scopelto, avec étonnement. Mou frère! mon frère!., à quoi penseï-vous!
scofLiTO, préoccupé. Je pense... je pense... que c'est un brave garçon... Non! un diable incarné, dont je veux faire la forlune... et ([ui semble ppiiulre ;i ticlic de renverser la mitre ! [On entend parler en dehors, à (/aticlie) Dieu ! quelle voix!.. Celle de Monseigneur!.. (A lerlina.) Va-t'en! va-l'en!
ZERLiNA. Du tout! je ne vous quille pas!., car vous m'ctlruyez. . On dirait que vous perdez la tèle!
scopETTO. Il n'y a iieut-ùtre pas de quoi!.. Va-t'en! te dis-je, ou je ne te marie pas !
ZERL1N.4, poussant im cri. Ah! je m'en vais ! [Elle sort en courant var le fond.)