SCENE m
Les précédents, hors LE CAPITAINE.
{Àti moment où il rentre datts la maison à droite, de la cour à gauche sort un brigadier de gendarmerie qui semble descendre de cheval.)
ANDIOL
Ah! c'est un brigailior!
LE BRIGADIER, s'asscgont à une table devant l'auberge. Allons, une bouleille!
Et dépêchons, car il fait chaud.
ANDIOL
Vous venez..
LE BRIGADIER
De Marseille, Tout d'une traite, au grand galop.
ANDKIL
Aussi vite! el pourquoi faire?
LE BRIGADIER, débouchant la bouteille qu'un garçon vient
d'apporter.
Et que t'importe à toi?.. J'ai pour monsieur le maire Des ordres trts-précis, un papier important...
MARIE, s'approchant de lui vivement.
Qui concerne l'armée?.. En a-t-on des nouvelles?
LE BRIGADIER
Non, pas depuis les grandes.
MARIE
Et lesquelles?
LE BRIGADIER
Celles de Marengo !
UARiE, ingénument.
Je ne siis rien.
LE BRIGADIER
Vraiment!
{Fouillant dans sa poche ) J'ai là le bulletin des dernières campagne-s, Il n'est pas ueut.
MARIE, voulant le prendre.
Donnez.
ANDIOL, s'en emparant.
A quoi bon?
MARIE
Et comment Se fait-il que jamais au sein de nos montagnes Nous n'en ayons reçu de nouvelles ?
ANDIOL, à part.
Oui-da !
J'avais mis bon ordre à cela.
MARIE
Lisez, mon père !
TOCS.
Oui, lisons!
ANDIOL, regardant le papier.
Il a deux mois de date.
TOUS
Il n'imporle, écoutons!
ANDIOL, /isant le papier.
AIR
Lentement à travers la plaine Repoussant nos soldats épars.
De ses feux l'armée autrichienne Nous foudroyait de toutes parts!
Au nombre cédait la vaillance.
Et nos soldats au champ d'honneur En s'écriant : Vive la France!
Tombaient sous le fer du vainqueur.
CHŒUR
Pleurons les enfants de la France Tombant sous le fer du vainqueur.
ANDIOL, continuant.
Soudain dans l'air un cri s'élaurc :
C'est Desaix! Desaix qui s'avance!
Entendez-vous ces sons guerriers?
L'air s'en émeut, la terre tivniblo Sous les pas de ses gienadiers!
Le premier consul les rassemble :
Serrez vos rangs, marchez, soldats.
Li victoire suivra vos pas!
CHŒUR
Honneur aux enfants de la France!
La victoire suivra leurs pas !
ANDIOL, continuant.
Infanterie, Cavalerie, L'honneur rallie Tous nos soldats !
Leur sang bouillonne.
Le clairon sonne.
L'airain qui tonne Guide leurs pas.
Croyant ressaisir sa proie.
En vain l'ennemi déploie Ses immenses bataillons; Par une charge rapide. Sur eux un chef intrépide A lancé ses escadrons.
Infanterie, Cavalerie, L'honneur rallie Tous nos soldats !
Leur sang bouillonne.
Le clairon sonne, L'airain qui tonne Guide leurs pas.
Vive l'honneur! vive la France!
L'ennemi fuit, chacun s'élance !
Dans l'air s'agite leur drapeau :
Gloire aux vainqueurs de Marengo !
CHŒUR
Honneur aux enfants de la France!
La gloire a suivi leur drapeau!
Et la patrie à leur vaillance Doit encore un succès nouveau.
MARIE, à sonpére, en lui montrant toujours le bulletin. Mais paile-t-on de ceux qui, dans cette bataille. Se sont distingués?
ANDIOL, retournant la feuille.
Oui, vraiment.
{Parcourant ) Tout le jour et sous la mitraillii Sont demeurés constamment Généraux, colonels... Ah! la liste est de taille, Cela n'en finit plus.
MARIE
Mais parmi les noms connus..
ANDIOL, continuant à lire.
i( Le capitaine Edmond, de la demi-brigade « Du Var... »
{Il s'arrête.)
TOUS
C'est du pays! Edmond! c'est un ami.
{A Andiol.) Achevez, achevez...
MARIE
Mon cœur en a frémi...
ANnioL, continuant.
« Qui venait d'obtenir la veille un nouveau grade... »
MARIE
Un nouveau grade!.. Ah! qu'il doit être heureux! ANDIOL, continuant.
K A l'attaque du village c< S'est élancé le premier.
M.tRiE, avec effroi.
Ah! grands dieux!
Eh bien?
ANDIOL, s'arrêtant, et à part.
Non, je ne puis en croire encor mes yeux
MARIE
Eh bien?
ANDIOL, déchirant le bulletin avec dépit. Je ne saurais en lire davantage.
LE SERMENT
[Avec une douleur ftinle.) A ma fille (épargnons ce triste événement.
MARIE
Non, je veux tout savoir.
Blessé mortellement!
Il n'est plus !
MARIE, accablée, et se soutenant à peine. Blessé mortellement!
(On s'empresse autour d'elle.)
CHŒUR
Ali! quel malheur pour le village!
Il n'y comptait que des amis!
Par SCS vertus, par son courage, Il élait l'honneur du pays!
ENSEMBLE
ANDIOL, à sa fille.
Tout est prêt pour ce maiiago; De lui ma fortune dépend ; Pour un pcre ayez le couraije D'oublier ici votre amant.
MARIE
Blessé mortellement!
Blessé mortellement!
[Les gens du pays entrent dans la maison à droite, et les marchands qui ont ployé leur bagage entrent avec leurs voitures dans la cour de l'auberge; en ce moment Edmond parait sur les rochers qui sont au bord de la mer.)