‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 264 sur 809 · MATHILDE, ALPHONSE · texte numérisé non relu

MATHILDE, ALPHONSE

MATiiiLDE, à part, un peu inquiète. aIi! mon Dieu, on nous laisse seuls.

DUO

Ain : Dipiacere mi baha il cor.

ALPHONSE) à part.

Près do ma. fcinmo Me voici dune... pour mon cœur doux instants!.. Alil qu'à ma flamrao 11 tarde, hélas! de n'avoir déjà plus soixante ans.

MATHILDE, à part.

Mon trouble augmente.

ALPHONSE

Q'avcz-vous doue?., quel eCTroi Prés de moi?..

MATHILDE

Non!., mais ma tante...

Je la croyais on ces lieux.

ALPHONSE

J'exaucerai vos vœux.

MATHILDE

Non, plus d'effroi!

Et, près de moi.

Que mon mari Soit mon meilleur ami.

ALPHONSE

Oui, sans effroi Rcsardez-moi :

Votre maii N'est-il pas votre ami?

{.ilphonne conduit iMnIhilde à la table, la fait asseoir, et s'assied auprès d'elle à sa gauche.)

ALPHONSE. Pcrmcllez f|ue je vous serve. (// verse le thé, et lui offre des fruits.) Ces petits soins ont tant de charmes : c'est un si grand bonheur d'être là, dans son ménage, de pouvoir s'occuper uniquement de «elle qu'on aime, ctqui vous appartient pour toujours. (Mathilde soupire involontairement. A part.) Ah î mon Dieu ! ce mot la fait soupirer. [Haut et inquiet.) Qu'est-ce que c'est, chère amie? quelle inquiétude, (|ucl cliagrin vous tourmente?

MATHILDE. Moî, Mousiour?

ALPHONSE. Auriez-vous dc'ijà des regrets? ou peutèlrc quelque autre souvenir?

MATHILDE. Quoi, VOUS pourrîcz penser?..

ALPHONSE. Quand ce serait vrai, il n'y aurait rien d'éluuuaul! cl je pardonne d'avance,

MATHiLUE. Bien vrai! cela ne vous l'àchcn'a pas?

ALPHONSE, (1 pirt. Ail! mon Dieu! {Haut, ao.'c Iroub'e ) Il y a doni (piel ]ue chos.;?

MATHILDE, timidement. Je conviens que je m'étais fait d'avance du mariage, et surtout de mon mari, une idée, un portrait...

.ALPHONSE. Qui me ressemble?

MATHILDE, rf" m<<me. Très-peu ! Je me figurais quelqu'un qui aurait à peu près vos traits, vos manierc'S, toutes les bmines qualités que j'aime en vous; in.iis toutes ces quaUlés-là j'auraisvoulu...

ALPHONSE. Eh bien?

MATHILDE. Qu'il Icî cùt dcpuis uioins longtemps, (//s quittent la t .ble, et viennent sur le devant de la scène. Mathilde se troare à droite du spectateur.)

ALPHONSE. Je coni|irends, qu'il fût plus jeune.

MATHILDE, vivem.i'nt. Oui, qu'il eût mon âge! et des yeux si expressifs, une voiv si tendre...

ALPHONSE, souriant. Enfin, un portrait do fantaisie, qui ne resscmblAt à rien.

MATHILDE. Si j jc cfois quc ccl.T rcssembluit à quelqu'un.

ALPHONSE, à part. 0 ciel!

M.wHiLDE. Quelqu'un que j'ai rencontré avant mon mariage.

ALPHONSE, vivement. Et vous osez!

MATHILDE , effrayée. Non, Monsieur, non, je n'ose pas! c'est parce que vous m'avez dit que cela vous ferait plaisir; car, sans cela...

ALPHONSE. En effet, vous avez raison, (yl /)(ir/."i .Maudite curiosité! (llaul.) Achevez, je vous en prie! Vous disiez que ce jeune homme...

MATHILDE. Ai-je dit un jeune homme? je n'en sais rien, car je l'ai si peu vu; trois ou quatre fois, à un bal que donnait un de nos voisins, un banquier de Uusseldorf.

ALPHONSE, avec joie. Qu'entend.s-je ! et son nom?

MATHILDE. Ah! mon Dieu, Monsieur, vous devez le connaître, car, d'après quelques mots qui lui sont échappés, j'ai toujours pensé depuis qu'il devait élre un de vos parents, et sans doute votn; neveu.

ALPHONSE. Ah! que je suis heureux!

MATHILDE. Et dc quoidouc?

ALPHONSE

Aiu : A soixante ans.

.le peux trembler qu'un autre ne vous aime; Mais un neveu !.. ,ie le vois sans clia^'rin ; Car mon neveu, c'est un autre moi-même. Ce qui me [ilall, il le trouve divin, Et ce que .i'aiiue, it l'adore soudain!.. Aussi, mes biens et mes trésors, ma chère. Tout ce que j'ai de mieux en ce niomont. Tout, après moi, lui revient... il le prend;

Et je vois sans trop de colère

Qu'il commence de mon vivant.

MATHILDE. Vraiment! si je l'avais su! moi qui craignais de vous en parler.

ALPHONSE. Au contraire, ne me laissez rien ignorer. Racontez-moi tous les détails; dites-moi ce que vous pensez de lui.

M.WHiLDE. Beaucoup de bien; d'abord, il vous ressemble beaucoup; et un jour que nous causions en dansant, car on danse pour causer, il me dit qu'il s'appelait Alphonse de Brnchsal, qu'il habitait ordinairement Berlin, mais qu'il serait heureux de se fixera Dusséldorf, de m'y revoir...

LE VIEUX MARI

ALPHONSE. Voilà tout?

M.vriiiLDE. Oui, M'insieiir.

Ai.pnoNSK, lentement et la regardant. C'est singulier; je croyais rju'il vous avait pris la main et qu'il l'avait serré,'.

MATiiii.MK, Iroub'ée. Coninient? c'est vrai. Monsieur, je l'avais oublié. (A paît.) Ali ! mon Dieu, couimi' il faut pi cnili'o garde avec les maris. {Ilanl.) (Jiii donc a pu vous apprendre?..

AL^no^s^;. Voyez, Matliildo, comme il faut tonjoois dire la vérité ù son époux. Tout ce que vous venez de nie raconter, je le savais d'avance et de mon neveu lui-même.

MATiiiLDE, Ah! c'est bien mal à lui, c''cst bien indiscret; je ne l'aurais pas cru, et je n'avais pas btsoiti de cela pour l'oublier; car, je vous l'ai dit, Munsienr, j'y pensais si peu, si peu, que cela ne valait pas la peine d'en parler; seulement, et d'après ce qu'il m'avait dit de lui, de sa famille, il me semblait que cela annonçait des intentions, et j'attendais toujours qu'il se fil présenter chez nous; lorsqu'un soir on annonce M. de Bruchsal. Ce nom fit battre mon cœur; je levai la tète, mais ce n'était point lui. {Saissant tes yeux.) C'était vous. Monsieur; l'accueil que je vous fis d'abord, vous ne le dûtes, j'en conviens, qu'à mes souvenirs, à cette ressemblance; mais plus tard, vos bontés seules ont appelé ma confiance, mon all'ectidii; vous savez le reste, (i'iveinent.) Voilà la vérilé, .Munsienr; vous connaissez le fond de ma pensée; et je vous jure désormais de n'en pins avoir une seule qui ne soit pour vous.

ALPHONSE. Ah ! ma chère Mathilde !

Air de Délia.

A ton bonheur je consacre ma vie.

BATHILDJ.

De SCS bontés que mon cœur est ému !

ALPHONSE

Par tes attraits mon àme est rajeunie.

MATUILDE.

D'où vient ce trouille à mes sens inconnu?

ALPHONSE

Et toi, MatliilJe"? et toi, m'aimcras-tu î

MATHILDE

Oui, je crois que jo vous aimo Comme... un mari...

ALPHONSE

C'eet bien pou !

M.iTHlLDE.

Prenez garde! je vais même Vous aimer comme un neveu.

ALPHONSE , à ses qcnovx. Ah ! je n'y résiste plus, Mathilde; ma bieu-aimée, apprends donc...

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