SCÈNE Vil
YELVA, puis MADAME DLTILLEUL.
MUSIQUE
YELVA, restée seule , le suit encore des xjeux; puis, quand il est disparu, quand elle ne peut plus être vue, elle lui renvoie son baiser. Mailame Dutilleul entre dans ce moment.
MADAME DUTILLEUL. Eh bicii ! ch bisu! Mademoiselle, qu'est-ce que vous faites?
YELVA, (oi((p honteuse , ne sait comment cacher son embarras.
MADAME DUTILLEUL. Qu'est-ce quec'est que ces phraseslà? à qui était-ce adressé?
YELVA, par gestes. A personne.
MADAME DUTILLEUL. A personne!., à la bonne heure : mais il y a des gens qui pourraient prendre cela pour eux ; en russe comme en français ça se comprend si vite!., tout le monde entend cela, vois-tu; aussi il faudra prendre garde quand lu seras mariée, ce qui, du reste, ne peut tarder, et l'on vient déjà de t'apporter...
YELVA, par gestes. Quoi donc?
MADAME DUTILLEUL. J'étais là daus ta chambre, lors qu'on a frappé à la petite porte, celle qui donne sur
YELVA.
l'anlre escalier, el un monsieur m'a vomis ce que tu vas voir.
YEi.VA, par gc'stcs. Qu'est-ce donc?
MADAME DUTiLLF.iiL, rentrant tt rapportant Une Corbeille. Des parures iiia^^uifiques... une parure île m iriée. . je ne m'y trompe pas; quoiqu'il y ait Jjien longtemps pour la première fuis...
YELVA court à la corbeille, en tire îtn voile, puis tme couronne et un bouquet d'oranqer.
MAiuME iiuTiLLEiL. Cette loilette-là, c'est à moi de l'arranger. {Yelva s'assied devant ta ylace qui est sur la table de toilette; madame Dutilleul arrange son voile bt place son bouquet.)
Am de St. Botte,
Petile fille, à ton àgc,
Que ce bouquet est flatteur!
C'te fleur-là retiac' l'image
D' riniiocence et du bonheur.
Le miîme sort vous rassemble.
Et je crois qu'avec raison,
L'amoui- peut placer ensemble
Deux fleurs d' la même saison.
Je m'en souviens, à ton âge
Que c' bouquet m' semblait flatteur!
Il m'offrait aussi l'imaïe
D' l'innoccace et du bonbeur.
YELVA, pendant cette reprise, veut lui mettre, en riatit, la couronne sur la tête.
MADAME DUTiLLEi'L. Eli bien! quc faites-voui? des fleurs sur mes clievenx blancs!..
Du temps les traces perfides Devraient vous eu cmpùcber; La fleur qu' l'on met sur les rides Se flétrit, sans les cacher.
Ah '. ce n'est plus à mon âge Que c' bouquet parait flatteur; Las! il n'offre plus l'image D' l'innocence et du bonheur.
YELVA, pendant cette dernière reprise, place sur sa tête la couronne de fleurs, et apercevant sur la toilette un collier de perles, le prend vivement, et le montre à madame Dutdleul.
MADAME DUTiLLEix. Oui Vraiment, des diamants
ce pauvre AlIVed se sera ruiné... mais puisqu'il le veut, il faut qu'aujourd'hui ce rielie collier remplace ce simple l'uban noir. {Elle dénoue un ruban qui est au cou d'Yelva et auquel tient un médaillon : Ycloa veut le reprendre, et fait signe qu'elle ne doit point s'e7i séparer.) C'est le ])ortrait de ta mère, je le sais , et tu ne le quittes jamais; aussi tu le reprendras tout à l'heure, quand nous reviendrons de la mairie et de l'église.
YELVA sourit à ce mot... met vivement le collier, arrange le reste de la parure... et regardant la toilette de madame Dulilleul, lui fait signe qu'elle n'est pas prête, qu'il faut se dépêcher.
MADAME DL'TiLLEUL. C'cst Vrai, jc ne Serai pas prèle, et je ferai attendre ; ce cher Alfred est si vif, si impatient!
vixvA la presse, par ses gestes, de se hâter.
MADAME DUTILLEI'L. C'cSt boU, C'cst boU.
Air du Chapitre second.
Taisez-vous, liavarde.
Ce soin me regarde.
Et dans un inslant, Superbf et lirill.iirte.
Je r' viens triuinplianta Bénir mon enfant.
J' n'aurai [las, j'espère,
Grand besoin d'afours; Le bonheur, ma chère, Embellit toujours, {Même geste d'Yelva, qui la pousse vers la porte.) Taisez-vous, bavardi-.
Ce soin me regarde... etc.
Pour toi, c'est, je ga-'C.
Trop d' parol's... oui-da!
Mais c'est qu'à mon âge On n'a plus que ça.
Taisez-vous, bavard^'.
Ce soin me regarde.
Et dans un inslant, Superbe et bnllaute.
Je r'vien» triomphanto Pies de mon enfant.
Adieu, mou enfant.
Adieu, mon enfant.
(Elle entre duui ta chambre à droite.)