SCÈNE V
ALFRED, TCHÉRlKOF, MADAME DE CÉSANNE.
(.Tchèrikof va m-dcvant de madame de Césanne , à ryia' il offre sa main.)
CHŒUR
Am de la contreilanso de la Daim Blanche. Mes amis, cliaiilons
Et fiitons Culte liiiureuse alliance.
Que ce soir nous célébrerons ; Unissons nos vœux et nos chants ; Prouvons, par nos jojeus. accents,
Que, suivant l'ordoiuiance, Nous sommes tous gais et contents.
[Une jeune fille offre des fleurs dans nne corbeille à madame de Césanne, qui lui fait signe de les mettre sur la table.)
TCHÉWKOF.
Quelle douce liarmonic...
C'est fort bien, mis amis; Chantez, je vous en prie j Vos accents et vos cris R.appellent en Russie L'Opérii de Paris.
CHOEUR
Mes amis, chantons, etc., etc.
{Le chœur sort.)
TCiiÉniKOF, à Alfred, avec un peu d'embarras. Combien je suis heureux, mon cher Alfred, de vous recevoir chez moi, ainsi que votre aimable famille; vous qui avez daigné m'accueillir il Paris, avec tant de grâce et de bonté! Et M. de Césanne, je ne le vois pas!
i\iAD.\ME UE CÉSANNE. Le côuite de Leezinski l'a reçu à son arrivée, et tous les deux se sont enfermés ensemble, ainsi qu'un lionmie de lui ([uej'ai cru aiieicevoir.
TCliÉunior, (i Alfred. Et vous avez, sans doute, présenté vos hommages à ma jeune cousine, à votre future?
ALi'UED, froidement, liais non, je ne crois pas. Il me tardait de vous voir, et de vous remercier de tontes les peines que ce mariage va vous donner.
TCHÉRlKOF. Certainement, la peine n'est rien ; et si vous saviez, au contraire, avec quel plaisir... [Aparl.) C'est étonnant, comme j'en ai... (.1 tacomlesse.) Vous ne trouverez pas ici le luxe et les plaisirs de Paris; je désire cependant que ci't appartenn'nt {Moniraiit la porte à droite.) puisse vous convenir.
MADAME DE CÉSANXE Je IC trOUVC SUpcrbc.
TCiiÉiUKOF. C'était celui de ma mère, dont vous voyez le portrait, [Montrant un ijrand portrait qui se trouve sur la porte à droite.] la comtesse du Tchèrikof, que j'ai perdue, ainsi que toute ma famille, dans l'incendie de Sniûlensk,
MADAME DE cÉSAisNE, ovec intérêt. Vraiment ! ah ! combien je suis fâchée de vous avoir rappelé de pareils souvenirs.
TCHÉiuKOF. Oui, oui; il faut les éloigner; d'autant qu'aujourd'hui, il faut être gai, n'est-ce pas, mon cher Alfred? il s'agit d'être gai.
MADAME DE CÉSANNE. Yous avcz raisonj car, d'après ce que j'ai vu en arrivant, tout est disposé pour ce mariage.
ALFRED. Oui, ce soir, à minuit; n'esl-il pas vrai? et c'est vous, mon cher cousin, qui serez mon témoin.
TCHÉuiKOF, à part. Son témoin! il ne maniiuait plus que cela. Voilà la seconde fois que je lui s /rvirai de témoin pour lui faire épouser celle que j'aime.
ALFRED. Eh quoi! vous hésitez?
TCHÉRlKOF. Du tout, cousin, c'est une préférence bien flatteuse; mais j'ai peur que cela ne vous porto pas bonheur.
ALFRED. Et pourquoi?
TCHÉRlKOF. Parce que ça nous est déjà arrivé, et que ça ne nous a pas réussi.
ALFRED. Au nom du ciel, taisez-vous.
MADAME DE CÉSANNE. Qu'cSt-CC doUC?
TCHÉRlKOF. Une aventure originale qu'on peut vous conter maintenant ; un mariage dont j'aiété le témoin, c'est-à-dire, dont je n'ai rien été.
ALFRED. De grâce...
TCHÉRlKOF. Ce n'est pas vous, c'est moi qui ai été le plus mystifié. Me donner la peine d'acheter une corbeille magnitique ; me faire courir tout Paris pour retenir moi-mèine trois fiacres jaunes et six chevaux de toutes li's ciuileurs ; et revenir ensuite au grand galiqi, seul, dans trois sapins, pour trouver, qui? personne; pour apprendre, quoi? rien; car la mariée était partie pour aller, où? je vous le demande.
MADAME DE CÉSANNE, à part. Grand Dieu !
TCHERIKOF.
Alu : Un homme pour faire un tableau.
Nous courons, mes Dacres et moi, Au temple, oCi partout je regarde.
Personne, liélasl et je ne voi Qu'un suisse avec sa hallebarde.
Pour l'hymen pas d'autres apprùts; Impossible (|u'il s'accomplisse...
Pour un mariage français, Nous n'étions qu'un Russe et qu'un Suisse.
Et le plus original. Monsieur vient me chercher querelle, in'accusrrde l'avoir enlevée, et nous avons manqué de nous batire.
MADAME DE CÉSANNE. Ouoi ! Alfi'cd, VOUS auricz pu soupçonner?..
ALiRKD. Eh bien! oui, malgré toutes les raisons qu'il m'a donnces, et auxipielles je n'ai rien trouvé à ri'p mdi'e, je n'ai jamais été bien convaincu; et deniièrcnient encore, ne disait-on pas qu'Yelva l'avait suivi, qu'elle était cachée dans un de sescbàtcaiix?
YELVA.
TCHÉRiKOF. Avoir une pareille idée d'un gcntilliomme moscovite! d'un honnête boyard!
ALFRED. Pardon. Ce n'est pas que je tienne à la perfide qui m'a trahi, et que j'ai oubliée! mais èlro trompé par un ami ! (Lui prenant la main.) Ne parlons plus de cela; qu'il n'en soit plus question. D'ailleurs, je me marie, je suis heureux, j'épouse votre cousine.