SCÈNE XI
YELVA, MADAME DE CÉSANNE, FÛEDORA.
FOEiioRA, entrant par le fond. Madame, on m'envoie vous ebercher, on vous demande au salon... (Voyant Yelva.) Mais quelle est cette jeune filli!?
MAOAME DE CÉSANNE. Vuc infortunée que iious vcnoiis de recueillir, et ;i qui nous avons donné l'hospitalité.
FOEDoRA. Ah! je veux èlre de moitié dans votre bienfait! .. je veux la présentera M. Alfred. (Yelva fait, ainsi que madame de Césanne, un geste d'effroi.) Oui, M. AKred de Césanne; c'est mon mari, celui que je
vais épouser!., {.i madame de Césanne.) Madame
je veux dire ma mère, car vous savez que tout est déjà du'.posé; les vassaux, les paysans, sont dans le vestibule, les musiciens en tête; il ne manque plus i[ue mon cousin, qui n'était pas encore descendu au salon. (Pendant que Fa'dora parte, Yelva et madame de Césanne indiquent par leur pantomime les diverses émotions qu'elles éprouvent. A Yelva.) Vejiez , venez avec moi... .M. Alfred ne me refusera pas la première grâce que je lui demanderai; et vous ne mequitterez plus... Ne le voulez-vous pas?..
YELVA témoigne le plus grand trouble.
MADAME DE CÉSANNE. Excuscz-la, Cette pauvre fille ne peut ni vous entendre, ni vous répondre, elle ne sait ni le français ni le russe.
YELVA,
r(.)EDOBA. Ah! c'est dommage!., elle est si jolie, que
j'aurais désiré qu'elle fût de notre pays Mais c'est
égal, venez toujoui*, vous assislere?. à ce mariage
(Yelca s'éloitjnc avec effroi.) Eh bien ! qu'at-elle donc? {Souridul.) Vous avez raison, elle ne me comprend pas; il semble que je lui ai fait peur.
MADAME DE CÉSANNE. DaHs l'état de faiblesse où elle eslj un peu de repos lui est seul nécessaire. FOEDOiiA. En effet, elle a l'air de souffrir. MADAME DE CÉSANNE. Ail! c'cst qu'clIc cst bien malheureuse, elle est bien à plaindre , je le sais; tant de coups l'ont frappée à la fois!., mais Je connais aussi
de quels nobles sentiments elle est capable {Yelva
serre la main de madame de Césanne, comme pour lui dire qu'elle est tout à fait résignée.) et, après tant de Sacrifices et de souffrances, elle ne voudrait pas en un moment doiruire ce qu'elle a fait.
FùEDOiu. Oui! il faut qu'elle reprenne confiance; puisque la voilà avec nous, bientôt ses malheurs seront finis!
Madame de césaNne, regardant Yelva. Vous avez raison, encore un instant, un instant de courage, c'est tout ce que je lui demande; et tout sera fini.
VEi,VA essuie ses larmes , regarde madame de Césanne, lui prend la main, et semble lui dire avec fcrmflé : « Ce courage, je Taurai. » Elle aperçoit à gaiKhe une caisse de fleurs ; elle va en cueillir une , s'approche de Fadora, lui fait la révérence, et la lui présente. [Air de Léocadie.)
FOEDORA. Un bouquet pour mon mariage, pauvre entint! c'est elle qui la première m'en aura présenté; f.isse le ciel que cela me porte bonheur!
YELVA, f« ce moment, regarde sa parure de mariée, sa couronne et son bouquet d'oranger : elle soupire, et l'orchestre finit l'air de Léocadie: Voilà pourtant comme je sei'ais. A la fin de l'air, elle se jette dans les bras de madame de Césanne, qui la presse contre son cœur, en lui donnant les marques de la plus vive tendresse.
MADAME DE CÉSANNE, ô Fœdoro. Vcuez, venez, on nous attend. {Elles sortent par le fond.)