SCÈNE X
YELVA, sur un fauteuil, .MADAME DE CÉSANNE.
MADAME DE CÉSANNE. Dcpuis riiorrililc calaslroiiliiî <pii l'a séparée de ton guide, qu'es-tu devenue au milieu de ces déserts?
(romance DE LÉONIDE.)
VELVA lui indique qu'elle s'est trouvée seule, sans argent et presque sans vêtements; elle souffrait; elle avait bien froid; elle a marché toujours devant elle, ne rencontrant personne ; elle a continué sa roide ; elle marchait toujours, mourant de fatigue et de froid (Itefrain de la Petite Mendiante), et quand cllf rencontrait quelqu'un, elle tendait la tnain et se mettait éi genoux, en disant : « Prenez pitié d'une pauvre fille. •
MADAME DE CÉSANNE. 0 cicl ! obligée de mendier
Et quand venait lesoir?..etaujoui-d'imi, par exeni|ile, dans cette campagne éloignée de toute babitation?
VEI.VA fait signe que la nuit commençait a la surprendre ; qu'elle cherchait autour d'elle où reposer sa tête ; qu'elle n'apercevait rien; et, désespérée, elle était résignée à se coucher sur la terre, et à mourir de froid.
lorsque ses yeux sont tombés sur ce médaillon qu'elle avait conservé. {Air de la romance (/'Alexis ) Elle a imploré sa mère, l'a priée de la protéger.
MADAME DE CÉSANNE. Oui, ta uiére quc tu implorais devait te protéger.
YELVA. Soudain elle a aperçu une lumière (Musique douce), c'était celle du château; elle a marché avec courage, et, quand elle s'est vue aux portes de cette habitation, elle s'est traînée jusqu'à la cloche quelle a sonnée. (Air de Jeannot et Colin : Bc:ui\ jours lie notre enfance.) On est venu ouvrir, et la vodà dans les bra^ de sa bienfaitrice.
MADAME DE CÉSANNE. Oui, tu nc mc quittcras plus; et i)uoi qu'il arrive, c'est moi qui, désormais, veux veiller seule sur tes jours et sur ton bonbeur.
YELVA la regarde avec tendresse, puis avec embarras, et montrant son cœur et sa main, elle lui fait entendre qu'U n'y a plus de bonheur pour elle. Puis , tirant de son sein son bouquet de mariage qu'elle a coiiservé, elle lui demande par gestes : « Et celui qui m'aimait, « qui devait m'épouser... qu'est-d devenu?., oùestil?»
MADAME DE CÉSANNE. Cclui qui t'ainuiit; qui devait t'épouser?.. Alfred...
YELVA, avec émotion. Oui.
MADAME DE CÉSANNE. Yelva,oublion5-Ie... n'en parlons plus, surtout aujourd'hui.
YELVA, effrayée, lui demande par ses gestes : « Eilce qu'il est mort?., est-ce qu'il n'existe plus? »
MADAME DE CÉSANNE. Non, rassufc-toi, il vit, il existe.
YELVA témoigne sa joie.
MADAME DE CÉSANNE. Mais, je iic sais comment t'apprendre...