‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 312 sur 809 · SIR EDOUARD, VICTOR · texte numérisé non relu

SIR EDOUARD, VICTOR

VICTOR , à la cantonade. Je suis à vous dans l'instant; tâchez de vous muinteuir .à la hauteur de la table; car, du train dont ils y vont, je crains bien de les retrouver... (Faisant le geste de rouler à terre, À sir Edouard.) Eh

quoi! seul ici, Milord? votre seigneurie me paraît sombre et rêveuse.

F-DouARD. Et ce n'est pas sans sujet. Apprends que cette jeune Irlandaise, qui fit en France une si vive impression sur mon cœur, cette Malvina de Morvcn, que nous cherchons en vain depuis trois mois...

VICTOR, vivement. Vous avez de ses nouvelles? EDOUARD. A l'instant même! elle est au pouvoir de lord Fingar, qui la nuit prochaine doit l'épouser! VICTOR, vivement. Tant mieux»!

EDOUARD, étonné. Comment, tant mieux!

VICTOR. Oui. vraiment! si ce n'était qu'une de ces expéditions vulgaires dont on est rebattu, je ne l'entreprendrais pas; non, Milord, je ne l'entreprendrais pas; il me faut à moi de ces positions tout à lait désespérées, de res coups h.irdis, étonnants, de ces intrigues bien nouées, bien serrées, en un mot, de quoi développer les moyens que j'ai reçus de la nature, et qu'ont rai'iris dix années d'expérience. Combien de temps me donnez-vous?

EDOUARD, Un jour!

VICTOR. Un jour !

EDOUARD. Un seul! car, d'après le testamont d'un oncle, demain, à minuit, Malvina doit être mariée, et si elle ne l'est pas, elle perd une fortune considérable qu'il n'est pas en mou pouvoir de lui rendre.

VICTOR. Bon! cela commence à merveille. Où est-elle'? EDOUARD. Je l'ignore!

VICTOR, étonné. Vous l'ignorez?

EDOUARD, avec impatience. Eh oui, sans doute. VICTOR, riant. C'est charmant! Vous n'avez pas le moindre indice sur sa retraite?

EDOUARD. Pas le moindre.

VICTOR. C'est divin! Soupçonnez-vous que ce soit dans Dublin?

EDOUARD. Je suis sûr, au contraire, que c'est dans un chitteau-fort, au milieu de nos montagnes; mais il y en a tant dans ces environs!

VICTOR. C'est admirable! et la belle est sous la garde... EDOUARD. D'un véritable cerbère qu'on ne peut ni tromper ni séduire.

VICTOR, gaiement. Eh bien! voilà qui me transporte, m'enflamme! Parlez-moi d'une pareille expédition ; je m'en charge, et je vous réponds du succès. EDOUARD. Mais comment parvenir en si peu de temps?.. VICTOR. C'est là le beau, l'admirable ! Si on pouvait attendre, on aurait toujours de l'esprit; le difficile est d'eu avoir tout de suite, à volonté. Mais avant tout. Monsieur, une seule question, qui va vous paraître bien commune, bien vulgaire, mais que les héros eux-mêmes sont obligés de faire avant d'entrer en campagne : sommes-nous en fonds?

EDOUARD. Plus que jamais; j'ai gagné cette nuit même trois cents guinées au lord Fingar; tu peux en disposer.

VICTOR. Comment! c'est avec l'orde votre rival que nous allons le combattre? Il est mort!

EDOUARD. Ah! si tu pouvais réussir!..

VICTOR, agité, et cherchant dans son imagination. Si je réussirai! j'imagine déjà... non, je n'imagine rien; mais laissez-moi réfléchir, {.ipercevant Jakmann, qui entre du fond, dans le salon à droite, en portant ^m plateau de liqueurs.) Rentrez au salon, où votre absence serait remarquée; retournez près de votre rival, redoublez de folies, et ne craignez rien ; je veille sur vous et sur lui. {Edouard tort par la porte à droite,}

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