‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 314 sur 809 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

VICTOR, JAKMANN.

JAKMANN. C'est fini, je n'en reviendrai jamais; passe pour le jour; mais à cette heure-ci...

VICTOR. Qu'y a-t-il donc, brave Jakmann?

JAKSIANN. Il y a, qu'après le petit repas que nous venons de faire, je comptais bien passer dans mon lit le reste de la nuit; pas du tout; Milord, mon maître, qui a achevé ses dépèches, m'a ordonné de me tenir prêt à partir sur-le-champ, et je vais prendre mon costume de voyage.

VICTOR. Pour faire une commission dans la ville?

JAKMANN. Ah! bien oui; il m'envoie dans les montagnes.

VICTOR. Dans les montagnes, dis-tu'? (A pari.) Serionsnous sur la trace? {Haut.) Quelque mission d'amour?

JAKMANN. Je n'en sais rien; j'aimerais mieux faire dis lieues en plaine, que trois dans le haut pays; des ravins, des défilés, des |récipices, et à chaque rocher qui s'avance je crois voir un voleur.

VICTOR. Tu n'es pas brave.

JAKMANN. Ce n'est pas mon état ; je suis payé pour avoir des jambes, et non pour avoir du cœur.

VICTOR. C'est juste. Et l'endroit où il t'envoie, n'est-il pas un cbàteau-fort?

j.tKMANN. Oui ; à trois lieues d'ici ; le château de Dombar.

VICTOR à part. Je le tiens ; nous y voilà, impossible que la veille de ses noces il n'écrive pas à sa belle. (Haut.) Et tu vas de ce pas au château de Dombar?

JAKMANN. Oui ; et à celui de Blakston, et à celui de Butland, et à Saint-Dunstan.

VICTOR. Ah! mon Dieu! comme en voilà! et comment s'y reconnaître? Répèle-moi un peu cela; car ce sont des noms si barbares, que ça fait mal à prononcer.

JAKMANN, soupirant. Et à y aller! ça fait bien plus de mal encore! j'en ai une courbature, rien que d'y penser. Songez donc que le chUeau de Dombar est à trois milles d'ici, au nord, Blakston au midi, Butland entre les deux, et Saint-Dunstan encore par-delà; en tout, quinze à dishuit milles, qu'il faut avoir faits à midi; voilà pourquoi je pars de suite.

VICTOR. Et tu ne cherches pas à deviner, tu ne soupçonnes pas le motif de ces diverses commissions?

J.4KMANN. Ah! bien oui; c'est assez de les faire; s'il fallait encore savoir pourquoi, ça serait une fatigue de plus. Moi, on me dit : va, et puis je vais; mais en conscience, je vais trop; et Milord peut se vanter d'avoir trouvé en moi le mouvement perpétuel. Adieu, monsieur Victor. (Il sort.)

SCElXE VIII.

VICTOR, seul. Bon voyage. Moi, qui m'amuse à interroger cet imbécile, il ne peut me dire que ce qu'il sait, et il ne sait rien. {Tirant un calepin et écrivant.) Dombar, Blakston, Butland, Saint-Dunstan ! il est sur que Malvina est enfermée dans un de ces châteaux; mais lequel? et qui pourrait me l'apprendre? il n'y a que lord Fingar... Le voici.

LES DEUX NUITS

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