SCENE XII
LORD FINGAR et MALVINA, s'asseyant à gauche; \ICTOR ET SIR EDOUARD, hahiltès en mèiif.strels , longue barbe grise, et large toque qui leur couvre la moitié du visage : ils sont amenés par CAR\LL.
STBOiNN. Entrez, entrez.
Cabill. Oui, oui; n'ayez pas peur. {Apercevant Fingar, et Malvina, gui vient de baisser son voile.) Qu'estce que j'ai vu là?
sTnoi'NN. Silence, (Scoute sans regarder.
EDOUARD, bas, à Victor. C'est elle !
VICTOR, de même. Prenez garde.
I.ORD FiNGAR, à Strounn. Donne-leur cette bourse, et dis-leur de commencer.
simvm, passant entre eux deux et donnant la bourse à Edduard. Jongleurs, voici Milady et Milord qui vous lonl l'honneur de vous entendre.
VICTOR, à part. Ali ! Milord est de trop.
EDdUABD , qui a pris la bourse. Nous payer pour le tromper! il y a conscience; (La donnant à Carill.) tiens, prL'uds encore cela.
CARILL, à part. Et de deux! me voilà doit'.
MALVINA, à Edouard. Quelle est cette ballade dont nous avons entendu le prélude?
EDOUARD , déguisant sa voix. C'est un ancien fabliau du temps des croisades. (// s'accompagne sur la harpe.)
ROMANCE
Dans les beaux vallons de Clarence, Au fond de son noble castel, La dame d'un preux, ménestrel Exprimait, bêlas! sa soulfrance...
VICTOR, achevant l'air.
Quand elle entend, près de la tonr.
Un ménestrel disant ce ebant d'amour :
Pour la patrie
Quitter sa mie.
C'est un devoir;
Mais quel délire.
Quand on peut dire :
Vais la revoir!
ENSEMBLE
lOBD FINGAR, se levant, -et observant les ménestrels. De cet air la douce langueur Porte le trouble dans son cœur.
MALVINA
Est-ce un prestige? est-ce une erreur?
D'où vient le trouble de mon cœur?
EDOUARD
Moment d'ivresse et de bonheur!
Cachons le trouble de mon cœur.
VICTOR
Pour lui quel moment enchanteur !
Mais cachez bien votre bonheur.
STROUNN.
Il chante bien pour un jbngleur ; L'argent leur a donné du cœur.
CARILL, montrant la bourse.
Ah! c'est un habile chanteur!
Surtout quand ils chantent en chœur.
DEUXIÈME COUFLET.
EDOUARD
Il est enfin prés de sa belle .
Il tremble, il n'ose lui parler...
Mais à ses yeux il fait brdler Ce talisman qu'il reçut d'elle.
{Il tire de son sein une écbarpe bleue, qu'il tâche de faire voir à Malvina. Celle-ci, pensive et rêveuse, la tète appuyée sur sa main, ne jette pas les yeux de ce coté.)
Gage charmant, gage d'amour.
Que sur sou cœur il portait nuit et jour. LORD FINGAR, l'apercevant.
En croirai-je mes yeuxl Mon rival en ces heux!
VICTOR ET ÉDOUAHD.
Pour la patrie Quitter sa mie, C'est un devoir; Mais quel délire, Quand on peut dire :
Vais la revoir !
ENSEMDLP lORD FINGAR.
De la prudence... et dans mon cœur Cachons mon troubl.' et ma fureur.
MALVINA
Est-ce un prestige? est-ce une erreur?
D'oii vient le trouble de mon cœur?
EDOUARD
Moment d'ivresse et de bimlieiir!
Cachons le trouble de mon cœur.
VICTOR, CARILL ET sTRiiuNN, examinant lord Fingar. Quel coup soudain trouble son cœur?
D'où Vient sa secrète fur^'iir?
Oui, dans ses yeux est la fureur.
LORD FINGAR. C'cstbien. Vous êtes d'habiles ménestrels, qui serez récompensés comme vous le méritez ; mais il faut avant tout leur donner quelque repos dont ils ont besoin, {.i part.) Lequel des deux c.-.t mon rival? {A Strounn, montrant Victor.) Conduis celui-ci (fia*. ) dans le caveau de la tour. Mets-le sous les verrous, et reviens aussitôt.
STROUNN. Oui, Milord.
LORD FINGAR, passant prés de Carill et lui montrant Edouard. Conduis celui-là {A voix basse.) dans la prison du château. Euferme-le à double tour, et apporte-moi la clé.
CARILL. Oui, Milord.
LORD FINGAR. Adieu, nies braves gens, au revoir. Milady vous remercie ; et moi je vous promets, après la fête, une récompense toute particulière. ( Victor sort par la gauche, emmené par Strounn; et Edouard par la droite, emmené par Carill.)