‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 398 sur 809 · AUGUSTE, SCIPION, VICTOR · texte numérisé non relu

AUGUSTE, SCIPION, VICTOR

sciPio>'. Toutes mes courses sont finies. J'espère que je n'ai pas perdu de temps. {A Victor.) Eh bien ! Victor, qu'as-tu donc? tu me parais changé?

VICTOR. Non, mon ami, jo t'assure.

sciPiON, d'un ton de reproche. Parbleu ! j'espère que je m'y connais. {Lui prenant le poids.) Ta main est froide, et ton pouls bat comme si tu avais la fièvre. Voyons, d'où souffres-tu? qu'est-ce que tu éprouves?

VICTOR. Moi, rien, te dis-je.

seipioN. Comment rien? est-ce que tu n'as pas confiance?

VICTOR. Si vraiment ; mais hier et aujourd'hui, j'ai beaucoup travaillé, et peut cire la fatigue...

SCIPION. C'est cela, un mal de tèle ; pour te dissiper, je t'apporte encore de bonnes nouvelles; car rcmirquez qu'il n'y a que moi qui vous en donne ; chez vous le baromètre est toujours à la tempête, et chez moi au beau fixe. Je sors de chez M. La Bernardière, un malade chez lequel mon professeur m'a présenté ; bel . appartement, et puis bon genre ; une porte coclièro, c'est la première fois que ça ni 'arrive : tout en causant avec lui, et en donnant ma consultation, je voulus tirer ma tabatière pour me donner un air capable, parce qu'une prise de labac, placée à propos, donne bien du poids à une ordonnance ; et dans ce mouvement, je fis rouler sur son lit le médaillon que Camille m'avait donné à raccommoder, et où est le portrait de sa mère, peint par Victor; à la vue de cette miniature, il fait un geste de sur|)rise ; il paraît que notre malade est connaisseur! — Monsieur, qui a fait ce porlrait? — Un de mes amis, un peintre distingué. — Et vous avez connu l'original ? — Oui, Monsieur. C'est frappant, ou l'hitôt c'était fi'aiipant de ressemblance, car la pauvre femme... Je lui raconte alors l'histoire de madame Bernard, notre voisine, et de Camille sa fille, que uods avons recueillie. Pendant ce temps, notre amateur no qiiitlail pas des yeux le portrait. Il est vrai que c'est d'un fini! — Mon cher docteur, m'a-t-il dit, vous et vos amis vous êtes de braves jeunes gens; et si je reviens do cette maladie, ma première visite sera pour vous. Vous entendez bien qu'il en reviendra, je vous en réponds, et j'ai idée que nous avons en lui un protecteur.

AUGUSTE. Tu crois?

scipiox. Parbleu ! un homme très-riche, un vieux garçon ; son valet de chambre qui avait mal aux dents et qui voulait m'altraper une consultation gratiiile, m'a raconté toute son histoire : c'est un parvenu qui n'a que diS parents fort éloignés, et qu'il connaît à peine; il est lui seul l'artisan de sa fortune ; et il en a bi'auconp, ainsi que du crédit. Avec sa protirtion, je p-uv me lancer, me fdire connaître, et réaliser le projet que

LA MANSARDE DES ARTISTES

je médite depuis si longtemps et dont jusqu'ici, mes amis, je ne vous ai pas parlé ; mais c'était tout naturel, tant i]ue j'étais étudiant en médecine, je ne pouvais pas songer à m'établir ; mais maintenant que je suis niéilecin, que j'ai un état, des espérances, rien ne m'empêche d'épouser celle que j'aime, et c'est Camille.

AUGUSTE, à part. 0 ciel !

VICTOR. Quoi ! tu es amoureux ?

scipioN. A en perdre la tète. Vous qui ne la regardez que comme une sœur, ça vous étonne ; mais moi, voilà longtemps que ça me tient : il ne faut pas croire que la Faculté soit insensible. (A Auguste, qui ne répond pas.} Eh bien! qu'est-ce qui le prend donc? te voilà comme Victor était tout à l'heure.

AUGUSTE. Moi, mon ami, tu te trompes, je te jure.

scipioN. Non pas, et voilà que vous m'effrayez, car ça offre tous les caractères d'une épidémie. [A Victor, montrant Aurjttstc.) Sais-tu ce qui lui a pris?

VICTOR. Oui, sans doute ; il est comme toi, il aime aussi Camille.

scu>io>'. Comment! il se pourrait?

AUGUSTE. Ali ! mon Dieu, oui ; je suis le plus malheureux des hommes.

scipiON. C'est moi qui le suis, moi qui lui enlève sa maîtresse ; car je ne pui-^ guère en douter, je parierais que c'est moi qu'elle aime.

AUGUSTE. Oh! si ce n'était que cela; mais c'est que j'ai idée, au contraire, que c'est moi qu'elle préfère, et tu ne vas plus m'aimer, tu vas me haïr.

SCIPION. Moi! peux-tu le penser? je m'en rapporte à son choix.

Air : Ce que j'éprouve en vous voyant. Qu'elle prononce, mes amis.

Mais quelque sort qu'on nous prépare, Que j.imais rien ne nous sépare.

Jurons d'être toujours unis.

TOUS TROIS

Jurons d'être toujours unis.

(En ce moment Victor passe entre Auguste et Scipitn dont il prend la main.) SCIPION, bas, à Victor, et montrant Auguste. Il faut, comme je l'appréhende.

S'il n'est pas payé de retour.

L'aimer encor plus dans ce jour.

Pour qu'ici l'amitié lui rende Tout ce que lui ravit l'amour.

SCIPION. Eh bien! Victor, qu'en dis-tu?

VICTOR. Que je suis content ; quoi qu'il arrive, il y aura un de mes amis qui sera heureux.

SCIPION. La seule cho.se qui m'embarrasse maintenant, c'est d'en parler à Camille ; je n'oserai jamais. •AUGUSTE. Ni moi non plus.

SCIPION . Une meilleure idée ; il faut que ce soH Victor qui parle pour nous.

VICTOR. Moi?

SCIPION. Eh ! oui, sans doute ; lui qui n'est pas amoureux, il n'aura pas peur, et puis il sera impartial.

VICTOR, à part. Ah ! je ne m'attendais pas à ce dernier coup !

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