SCENE XVIII
Les PRÉCÉDENTS, RINVILLE.
CHARLES. Quoi ! c'est là votre neveu Charles, ce inauviis sujet?
DEIIVIERE. Oui, Monsieur.
CHARLES. .\h çà! est-ce qu'il y en aurait un auire que moi qui aurait épousé Paméla?
RINVILLE, les regardant tous. Eh! mon Dieu! d'où vient cet accueil solennel?
EMMELINE. Vous alloz Ic savoir. Je dois à mon père et à VOUS, [Montrant Charles.) et surtout à Monsieur, de m'expliquer ici sans détour. Je vous aimais. Monsieur, du moins je le croyais, car j'ignorais mespropivs .s..Miliineiils, et surtout je ne vouscoiinai-sais pas; mais maintenuit je sais iiui vous êtes : après votre lâche eunduileet la feinte à laquelle vous n'avez pas craint d'avoir recours...
RINVILLE. Quoi ! vous S ivoz enfiii la vérité?
EMMELINE. Oui, Monsiciir, nous savons tout : voilà pourquoi je ne vous aime plus; je ne vous aimerai j unais.
niNviLLE. 0 ciel !
EMMELINE. El afiu quo VOUS soyoz bien sur de mon indifférence... si j'élève ici la voix, ce n'est pas pour Vous accuser, mais pour demander votre grâce. (.-1 M. Derviére.) Oui, mon père, désormais soumise à Vos volontés, je suivrai vos conseils, je vous obéirai en tout; mais, pour prix de mon obéissance, daignez pardonner à mou cousin; qu'il soit heureux avec celle qu'il a choisie.
caARLES, qui s'est attendri et qui tire son mouclioir. 0 ma bonne cousine !
BiNviLLE. Voilà que nous n'y sommes plus.
EMsnxiNE. Qu'il parte, qu'il ne nous voie' plus; mais q'i'd emporte avec lui et votre pardon et votre consj'itoinent à son mariiige.
LES PREMIÈRES AMOURS
mrivii.LE. Mon mariage! iiui a pu vous dire?..
EMMELiNE, pleumnt. Monsieur qui y était.
CHARLES, pkurant. Oui, Monsieur, j'ai tout dit; j'ai dit que f.liarles élait marié.
RiNviLLE, avec joie. Charles marié! il se pourrait! {Se jetant aux pieds d'Emmeline.) Mon cher beau-père, ma rlière Emmcline, que je suis heureux! Non, non, ne me regardez pas ainsi, n'ayez pas peur; j'ai toute ma raison : car celui que vous voyez à vos pieds a le bonheur de ne pas être votre cousin ; c'est votre amant, c'est votre époux, celui qui vous était destiné.
DERViÈRE. M. de Rinville?
BiNviLLE. Lui-même.
DERVIÈRE. Et mon fripon de neveu?
CHARLES, à genoux, à la gauche de M. Dervière. Par
DERviÉRfc. Eh quoi! mauvais sujet!
RiNVELLE. Comme j'avais pris son nom, jelui ai donné le mien en dédommagement.
CHARLES. Je vous dois du retour, car vous n'avez pas gagné au change.
EMMELiNE. Je Hc revieus pas encore de ma surprise. (À Charles.) Comment, mon pauvre Charles, c'était toi que je détestais ainsi? et vous. Monsieur, que je n'avais jamais vu ..
BiNviLLE. Vous croyicz m'avoir aimé autrefois.
EMMELINE. Je HIC suis trouipéc; j'ai pris le passé pour l'avenir.
VAUDEVILLE
Air du vaudeville de la Somnambule.
DERVIÈRE.
D'une passion chimérique
Tu reconnais enfin l'erreur; L'amour constant et platonique N'existe pas, et par l)onlii;iii\.
Pour nous rappeler notre aurore, Pour embellir nos derniers jours.
Le ciel permet qu'on aime encore.
Même après ses premiers amours.
RINVILLE,
Du système de rinconstance, Je m'applaudis en un seul point.
Jadis aussi, j'aimai, je pense.
Mais je ne vous connaissais point.
Et vous devinerez peut-être Ce que je perdais pour toujours, Si j'avais eu le malheur d'être Fidèle à mes premiers amours.
Ma femme, quoique l'honneur même,
Eut à Londres deux passions ;
Je ne suis venu qu'en troisième.
Tant mieux... c'est aux derniers les bons.
Car les Anglaises, je l'atteste.
Innocentes et sans détours.
Ont tant de candeur, qu'il en resto
Même après les premiers amours.
EMMELIME, aU pubUC.
En vain leur froide expérience
Veut m'êter mon illusion,
MalRré leur système, je pense Que la chanson a quelquefois raison!
Pour le prouver. Messieurs, je vous implore,
Revenez nous voir tous les jours, Alin qu'ici nous puissions dire encore :
On revient aux premiers amours.
LI' COIFFEUR HT LF. PERllUQUIFR.
PODDRBT. Où suîs-je? El qiiVîl-ce que je vois? — Sccne 8.
LE COIFFEUR ET LE PERRUQUIER
VAUDEVILLE EN l'N ACTE
Représenté, pour In preatière fols, à Paris, sur le thi-âtre du Gyuiuase draïuallque, le 15 Jiiuvlor 18CA
EN SOCIÉTÉ AVEC WM, UAZÊnKS ET SA I NT- L AU R [ ST.
l^rrsonnagrs.
M. DESROCHES, propriétaire.
MADEMOISELLE DESROCHES, sa sœur. ALCIBIADE, coiffeur.
POUDRET, perruquier.
JUSTINE, nièce de Poudret, et filleule de mademoiselle Desroches.
PETIT-JEAN, domestique de M. Desroches.
La scène ae t>aage à /'ans, a la place Royale,
Le théâtre représente un salon. Porte au fond. Deux portes latérales. A droite, uu guéridon recouvert d'un tapis de serge verte. A gauche, une table et tout ce qu'il laut pour la toilette.