SCÈNE in
Les l'WicÉDEMs ; POUDUKT, flt'pc tme cafetière, une serviette et un plat à barbe.
poi'DnET, parlant en dehors. Eli hicn! ch bien ! i-'ost 1)011; si M. Desrui'lu's m'altciHl, il fallait dune le liii-e, je ne |iouv;iis pas le di;vini'r ; liiiiir èli'e |iei'rn(|iiier, on n'esl |i;;S sui'cier. (A iiiadeinoisclle Dcsroch-s.) Ma- Henii)iM'lie,j'ai bien l'honneur d'èli'e votre trè->liumlile servileur, si j'en suis capable.
MADEMOISELLE Dicsnociu-s , (t'uii air protecteur. Bonjour, lionjouf, Pondret ; comment va la santé?
pouDiiET. Ah! Madeniuisclle, ça va bien, quant au physique: (Montrant la' mâchoire et l'estomac.) tout ceci l'ait tW'S-bicn ses fonctions ; (Faisant le (jeste de la lioupiie). maisceci,ah! Mademoiselle, décadence lotale!
M ahemoiselle DESROCHES. Vous vous plaignez tnujdurs.
roiiDiiET. Voilà un mois que j'ai ehang-.} de local, et que j'ai loué une boutiiiuc dans la maison de M. Desroclics, et ça ne va pas mieux. Ah! Mademoiselle, les jierrnquiers sont bien bas ! ils sont bien bas les pauvres perru(iuiers!
MADEMOISELLE DESROCHES, souriant. Ce pauvre Poudrel !
roi;DRET. Plaigncz-moi, Mademoiselle, vousavczbion raison. Le monde est infesté de charlatans qui dénior.disent la coiffure pulilicpie. Les barbares! tout est tombe sous leurs ciseaux : les queues, les bourses, les crapauds, les boudins, les eatacouas, les chignons, les crêpés, les toupets et les poufs! voilà l'elfet des nouvelles inventions!
J^sTl^E. Mais enfin, mon oncle, si toutes ces belles choses là ne sont plus à la mode?
l'OEDRET. Je vous vois venir: vous allez Uic faire l'éloge des coiffures modernes ; je sais dans quelles intentions.
JUSTINE. Moi! du tout; mais culin...
pnuDRET. Taisez-vous, ma nièce, taisez-vous ; vous clés jeune. Ires-jeune, mais cela vous passera; cela vous passera avec l'àgc. (^lontrant mademoiselle Desrochcs.) Demandez à Mademoi-elle; votre inexpérience se laisse séduire par de nouvelles inventions : 17iu//e (/(' Macassar, l'eau do Vénus, le baun}e de la Mecque, et cent autres balivernes qu'ils ajipellent, je crois, des cosmétiques , et qui ne; font pas plus pousser de cheveux que dans le creux de la main. .\h ! si vous aviez usé de la moelle de bœuf, de la graisse d'ours et de la peau d'anguille! Voilà les vrais conservateurs du cheveu! Alors c'était le bon temps, c'était le bon teujps pour les perruquiers!
Air de la valse des Comédiens.
Jours fortunés, juurs d'Iionneur et do gloire.
Vous u'(}tcs plus !.. mais à mon triste coeur.
Tant qu'il battra, votre douce mémoire
Viendra toujours rappeler le bonheur.
Au lem|is .jadis, la poudre qui m'est chère
Dans tous les ranirs brillait avec éclat.
Elle parait l'élégant militaire.
Le jeune abbé, le grave magistrat.
11 m'en souvient! dans ma simple boutique,
Soir et matin se pressaient les clialans ;
Et sur leur chet arrosé d'huile antique.
Je bâtissais d'énormes catogans.
Dans tout Paris, dans toute la banUeue,
Mon coup de peigne alors était cité";
Quand je faisais une barbe, une queue.
J'ai vu souvent le passant arrêté.
Adieu la gloire, adieu les honoraires!
Tout est détruit ! nos indignes enfants
Ont méconnu les leçons de leurs pères,
Et de noire art sapé les fondements.
La catacoua s'est, hélas! écroulée.
Ils ont coujié les ailes de pigeons;
Et du boudoir la pommade exilée
Se réiugie au dos des postillons.
Ma vieille enseigne est un vain simulacre! J'ai vu s'enfuir tous les gens de bon ton ; Heureux encor, lorsqu'un cocher de llaoro A mon rasoir vient livrer son menton ! Jours fortunés! jours d'honneur et de gloira, Vous n'êtes plus! mais à mon triste cœur. Tant ipi'il batlia, votre douce mémoiro Viendra toujours rappeler le bonheur.
{On entend sonner.)
JiSTmE. Tenez, tenez, pendant que vous ôtcs à causer, voilà M. Desroches qui vous attend, et qui s'impatiente.
roi:DRET. J'y vais, j'y vais, monsieur Uesrodies. (Il reprend sur la table sa cafetière et sa serviette, qu'il y a déposées.)Ccs,l là une ancienne et bonne pralique! il n'a pas donné dans le charlatanisme de la Titus, celui-là : il a été fidèle à la poudre, et a conservé l'aile de pigeon dans son intégrité. {On sonne encore .) J'y vais. (.1 Justine.) Et vous, .Mad(niioiselle, qu'est-ce que vous faites là? descendez à la boutique, et restezy en mon absence.
MADEMOISELLE DESROCHES, à Juiii'ne. Oui, pctltC, dcS-
ci'iids t'apprèU'r, et fais-toi bien belle; tu n'a pas oublié que ce soir nous allons ensemble au .spect icle.
pouDRET. Quoi ! Madeinois(dle, vous lui faites cet honneur? (.1 Justine.) Sois traiwpiiUe, je vais en descendant farranger un chignon et un petit crêpé.
Ji'STiNE, murmurant entre ses dents. Je serai bdle! une coiflure gothique!
poiDRKT. Qu'est-ce que c'est?
jL'STiNE, Je dis que ça vous fera négliger une pratique.