‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 510 sur 809 · LA MARQUISE, TIMOTHÉE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, TIMOTHÉE

LA MARQUISE. Uu de SCS amis... je conçois mainte-

JAPHET

nant... et ses diseoiirs deee matin, et renfrctieii qu'il m'adeiiiaiidé! il avait intéivt à eonnaître ri à dùcinivrir les secrets (riiiir laiiiiili'... où son ami désiiv entrer.

TiMOTHKK, après avoir .salué. Me voici, uiadainc la marquise, exaet au rendez-vous.

LA MARQUisii. C'est bieii.

TiMOTiiÉE, à ta marquise. Pardon, Madame. ■ LA MARQUISE. Vous VOUS doutez, Monsieur, que le peu de mots que vous m'avez dits ce matin m'ont jetée dans un grand trouble.

TiMOTHÉE. Je le crois bien... aborder ainsi brusquement un pareil sujet... je m'en accuse.

LA MARQUISE. Et moi, jc VOUS remercie... le premier moment a été tout entier à l'etTroi... etle second...

TIMOTHÉE. J'en étais sûr, à des émotions plus douces, plus naturelles... et je ne vois pas pourquoi on s'en défendrait... qu'est-ce qui n'a pas été jeune, Madame? tout le monde l'a été... plus ou moins...

LA MARQUISE. Je VOUS rcuds grâce de tant d'indulgence... surtout me croyant coupable...

TIMOTHÉE. Madame...

LA MARQUISE. Mais je ne le suis pas, Monsieur...

TLMOTHÉE, à paît. Si elle me |)rouve cela...

LA MARQUISE. Ou, du moius, je ne le suis pas autant que vous pourriez le penser... des événements, des circonstances^..

TIMOTHÉE. Les circonstances... c'est ce que j'allais vous dire... elles n'en font jamais d'autres... sans les circonstances, il n'arriverait jamais de malheurs; aussi, croyez. Madame, que j'ai toujours fait la part des circonstances... une bonne part... bien large... ainsi, de ce côté, soyez tranquille. . .

LA MARQUISE. Jc ne Ic Serai qu'après m'ètre justifiée à vos yeux... car je sais maintenant le motif qui vous fait agir... je le sais... et la vérité que vous désirez connaître... c'est moi qui tiens aujourd'hui à vous l'apprendre...

TIMOTHÉE. Alors, nous sommes parfaitement d'accord... de plus, nous sommes seuls, ainsi, parlez !

LA MARQUISE. J'avais été élevée avec un tie mes cousins, Arthur Ephciston.

TIMOTHÉE. Ephelston... n'est-ce pas un lord... un pair d'Angleterre?..

LA MARQUISE. Oui, Mousicur...

TIMOTHÉE. Ancienne famille... immense fortune... Dieu ! que je suis content. . . ^

LA MARQUISE. Et de quoi? ■Kf¥-.

TIMOTHÉE. De ce qu'il était votre cousin... car un cousin jeune et aimable... vaut toujours mieux...

LA MARQUISE. Non, vraiment... car on l'aime... et quand il est destiné à une autre... quand il est forcé ci'obéir à un père inflexible...

TIMOTHÉE. Les pères ne sont ici-bas que pour notn; tourment... moi, qui vous parle, il y en a un ipii m'en a donné du tourment... et de la peine...

LA MARQIISE. Lc VÔtl'C?..

TIMOTHÉE, vivement. Jamais.. . de ce côté-là. . . je dois lui rendre justice... mais, continuez... Lord Ephelston...

LA MARQUISE. Se soumit à la volonté paternelle... il se maria! moi. je jurai de rester libre... je tins parole ; je refusai tous les (lartis, et ([uelques années après, lorsque, |)ar des événements trop longs à vous raconter-, lord Ephelston eut iierdu sa femme et son (ils, maître de sa main... il me l'olfrit.,. jc l'acceptai...

Ti.MOTHÉE. Jc ne vois pas alors les circonstances malheurcu.5es... dont vous parlez...

. LA MARQUISE, baissant les lieux. Confiants dans notre tendresse, dans notre foi mutuelle... nous nous regardions eonmie époux! pour -consacrer cette union... nous n'attendions que le temps voulu par les convenances du veuvage, lorsqu'un événi'ment affreux... lord Ephelston, blessé mortellement dans une partie de cba.sse...

TIMOTHÉE. Ah! mon Dieu!..

LA MARQUISE. Expira... sans avoir |iu réparer... nue imprudence que le soin de ma réiuitation mi^ foira de cacher à tous les yeux ..

TIMOTHÉE. Je comprends...

LA MARQUISE. Voilà ma faute, Monsieur... celle <|ue vous m'avez reprochée avec raison...

TIMOTHÉE. Je n'ai rien reproché... mais je pensais qu'une noble et généreuse dame, telle que vous... ne voudrait pas enlever plus longtemps à son enfant, son nom... son état.

LA MARQUISE. Vous ditcs vi'al... ma position dans W. monde me faisait chaque jour hésiter... ma's vos discours... votre sévère franchise m'ont éclairée sur mes véritables devoirs... je suis décidée à tout bra\er...

TIMOTHÉE. A la bonne heure...

LA MARQUISE. Acxpiermcs torts envei's mon enfant...

TIMOTHÉE. C'est tout cc quc nous demandons...

L\ MARQUISE. Et des demain, aux yeux de tous... je la reconnais pour ma fille ! . .

TIMOTHÉE. Votre fille !.. ô ciel!..

LA MXRQUiSE. Qu'avcz-vous doiic?..

TiMoiHÉE. Rien, Madame... rien... (.1 part.) C'était une fille !..

\.\ MARQUISE. Ne voulant me priver ni de sa vue, ni de ses caresses , je l'avais élevée près de moi, présentée dans le monde, comme ma parente , comme ma nièce... Cela ne suffit pas... jc le vois, maintenant siir- ! tout que d'autres vues... d'autres idées, dont elli' m'a parlé... et dont nous causerons plus tard... J'attends -M. Japliet, votre ami et notre avocat... il nous indiquera la marche à suivre... mais a\ant qu'il vienne, je cours près d'Esther... près de ma tille... tout lui avouer, et lui aiipr(Midre, Monsieur, que c'est à votre généreuse inter\ention qu'elle devra son nom, son rang et sa fortune, . . [Elle sort.)

Page 1